‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 14 sur 72 · Epilogue. — La tombe d'Elvire · texte numérisé non relu

Epilogue. — La tombe d'Elvire

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L'Amour pur.

Amour pur, chaste fleur, rose que dans l'Eden Au cœur vierge d'Adam Jéhova fit ('clore, Est-il vrai qu'aujourd'hui le vulgaire t'ignore Et que tu ne seras qu'un beau mythe demain .'

Elvire. à nos regards, t'incarnait hier encore, Mai- elle avait aime d'un amour trop divin !... Sur la foi de trois mots échappés de sa main, Quelqu'un dit gravement : Ce feula déshonore!

Et moi qui sais comment un sentiment païen, Par la grâce d'en haut, peut devenir chrétien Dans les cœurs que la flamme amoureuse dévore,

J'ai dit : Non. ce feu-là vient du ciel, c'est le feu Oui brûla de lout temps les mystiques pour Dieu, Dante pour Béatrice et Pétrarque pour Laure.

Ârromanches [Calvados], 1 7 juillet 1$

Lamartine avait vingt-six ans quand il fit la rencontre à Àix-les-Bains de Julie Bouchanddes Hérettes.

C'était un beau jeune homme, de taille élevée et de grande tournure, avec quelque chose d'éthéré dans la physionomie, qui rappelait la figure de Raphaël (1) et faisait songer aux vers fameux d'Ovide:

Os homini sublime dedil cœlnmqne tueri Jussit, et erectus ad sidéra lollere vultns.

(1) Auguste Barbier, dans un beau sonnet sur Raphaël publié par lui dans la première édition d'// l'ianto et remplacé depuis par un autre qui ne le vaut pas, disait du peintre d'Crbin :

Ovale aux cheveux bruns sur un beau col monté.

11 me semble que, la couleur des cheveux mise à part, ce vers peut s'appliquer également bien à Lamartine.

ELVIHK 8r

Regardez ses porlraits d'alors : son Iront el sa >ée sont déjà dans les astres.

Je ne crois pas qu'une tête plus divine se suit profilée jamais, dans le cadre merveilleux de la vallée d'Aiw sur le fond bleu du ciel de Savoie.

Il y a vraiment des sites prédestinés. « Olez 1rs falaises de Bretagne à René, dit Lamartine, les savanes du désert à Atala, les brumes de la Souabe à Wrrther, les vagues imbibées du soleil et les mornes suant de chaleur à Paul et Virginie, vous ne comprendrez ni Chateaubriand, ni Bernardin de Saint- Pierre, ni Gœthe (i). » Et moi je dirai : Otez le lac du Bourget à Raphaël, vous ne comprendrez plus Lamartine. Non seulement ils s'harmonisent ensemble, comme un portrait avec la toile qui lui sert de fond., mais ils s'identifient en quelque sorte au point d'être inséparables l'un de l'autre. Je me demande même pourquoi l'on n'a pas encore débaptisé ce lac pour lui donner le nom du poète qui l'a rendu immortel.

Ce n'était pas la première fois que Lamartine visitait ces beaux lieux. Il avait traversé la vallée d'Aix cinq ans auparavant, quand il partit pour l'Italie. Il était même allé en pèlerinage aux Charmettes, avec Aymon de Virieu, son Eurvale et son Pylade, mais il avait vu la maison de Jean-Jacques avec les yeux d'un homme qui n'avait pas vécu, sous l'impression et comme à travers le mirage d'une première lecture. " Grands Dieux! quel livre! comme c'est écrit! disaitil de hi Nouvelle Héloïsel Je suis étonné que le feu n'y prenne pas!... Je voudrais être amoureux comme

(i) Raphaël, p. i3.

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Saint-Preux, mais je voudrais écrire comme Rousseau (i) ! » — Pour écrire comme Rousseau, il n'avait besoin que d'aimer. Or, depuis sa sortie du collège de Belley, il n'avait quitté Màcon, Saint-Point. Milly, les terres de sa famille, que pour aller passer deux ou trois jours au Grand-Lemps, chez Virieu, à Bienassis, chez l'ami de ce nom, à Lyon ou à Dijon chez des parents où il était plus ou moins libre. Sa mère, qui n'avait cessé de le couver des yeux, tenait à le garder à portée de son aile. Et il n'avait là d'autres distractions que la marche à travers champs à pied ou à cheval, les parties de chasse ou les livres (2). Ah! les livres!... c'est inouï ce qu'il en dévora pendant sept ou huit ans dans sa solitude studieuse. Je ne connais qu'un grand écrivain qui en ah autant consommé dans sajeunesse, c'est Lamennais. Mais les lectures deLamennais

(1) Corresp. de Lamartine. — Lettre à Aymon de Virieu, Màcon, septembre) 1810.

îillet 1808, il écrivait de Mâcon à Guichard de Biena--i- : « Veux-tu savoir la vie que je mène à Saint-Point ... A uue heure, comme au bon vieux temps, on se rassernbleet l'on dine ; après le dîner, une heure de conversation : quelquefois on joue, et moi, prenant un livre dans ma poche, mon fusil sous mon bras et mon Azor avec moi, je m'esquive soit dans la forêt, soit dans la prairie, je choisis un endroit ombraav et (rais, je m'asseois et. quand mou chien dort, à côté de moi, que rien ne trouble mon petit asile, je lis Le soir, mes lectures sont un peu plus lesrères que le malin sans être jamais futiles ; c'est alors que je suis un peu content et que je répète ces vers d'Horace :

Nunc velerum libris, mine somno et inertibus horis

Dacere sollicitas jucunda oblivia vitse.

{Corresp., t, I, p. 20).

Quand il revenait à Màcon, c'était pour se renfermer dans son cabinet de travail, lire, écrire, effacer, traduire, corriger, commenter, critiquer,

■hauffer. « Heureux, disait il, si je puis découvrir quelqueinstruits, avec lesquels je puisse causer de tout ce que j'aime !... »

(Corresp., t. I, p. 29, 3o .

« Jamais homme n'a autant lu et relu que moi, non seulement en ce ternps-là, mais jusqu'à aujourd'hui, écrivail-il en i863. J'ai été et je. suis encore l'éponge qui a bu et rendu toute l'encre versée dans le monde par les écrivains de tous srenres. de tous siècles, de tous pays. »

(Lamartine par lui-même, p. 80.)

i:i viivi.

étaient moins bigarréeset plus solides. Il lisait surtout les ouvragesqui parlaient à son esprit. Lamartine préférait ceux qui parlaient à son imagination et à son cœur: Ossian, Pope, Jean-Jacques, Chateaubriand, Milton, Drvden, Alfieri, Shakespeare. Tu moment, il avait voulu prendre un bain de Mpntaigne, il s'était jeté dans les Essais jusqu'au cou, mais il n'avait pas tardéàen sortir, trouvant ce bain trop glacé. Ledoute n'eut jamais de prise sur lui, il était né pour croire :

0 Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe !

En fait de passions, je parle ici de celles qui sont mauvaises, il ne connaissait guère jusqu'à vingt ans que le jeu. Encore ne pouvait-il s'y adonner qu'à Lyon ou à Paris, durant les courts séjours qu'il était amené à y l'aire. Cependant, comme il avait des camarades qui avaient déjà yoùté à l'amour, l'idée lui vint un jour d'y goûter lui aussi (i). Et le voilà follement épris tout à coup d'une jeune fille de Mâcon. Le pire, c'est qu'il l'eût épousée,si on l'avait laissé faire. Maissa mère avait d'autres desseins et savait qu'il faut que jeunesse se passe. Elle crut prudent de l'expédier en Italie. Hélas! c'est au cours de ce voyage qu'il connut Graziella, la petite cigarière de Naples. L'amourette ne dura pas longtemps : deux mois à peine. C'était / pour lui ouvrir le cœur. Quand il revint d'Italie, un poète était né. Il revint par la Suisse pour suivre les traces de Saint-Preux, qu'il comprit pour la première fois. Et après avoir vu Montreux, Yevev, Chil-

i II va «ans dire qu'il avait eu comme tous le-; jeunes s:cns a des connaissances d'un certain çenre », mais, comme il l'écrivait, lei3 mars 1810, à Guicbard de Biena?si> c'était a bon pour la conversation et pour s'amuser au théâtre ». Jusqu'à sa rencontre avec Graziella ^décembre 1811) on peut dire qu'il n'avait pas aimé.

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