I.LVIKE i.'jy
titre ou son grade, s'avise d'accuser quelqu'un d'un crime imaginaire, malheur au profane qui aura le coud'élever la voix pour le défendre ! loute la congrégation lui criera haro, au nom d'une discipline idiote, de la religion qui rougit du rùle qu'on lui fait jouer, uu de la lettre qui plus que jamais tue Yesprit. Car. pince temps de libre examen et de libre opinion, nul n'a le droit de penser autrement que ceux qui font partie d'un grand corps constitué ou qui ont la prétention de représenter L'opinion publique. Et plus l'avocat de l'accusé trouvera d'arguments solides, plus il apportera de preuves en faveur de son innocence, plus il aggravera son cas devant le tribunal chargé de prononcer en dernier ressort. X'a-t-on pas vu naguère un malheureux Israélite inculpé de trahison en haine de sa race, convaincu par deux fois d'avoir écrit un bordereau qui était sûrement de la main d'un autre?
Et voilà pourquoi j'ai frappé si fort et pourquoi, malgré tout, le pour expier d'Elvire aura d'ici longtemps — publiquement tout au moins — aux yeux des fils de Y Aima mater le sens judaïque que M. Doumic lui a donné.
M. Emile Faguet m'amuse quand il dit le plus sérieusement du monde que je suis seul à ne pas croire à la culpabilité de Mme Charles ! Comment serions-nous deux, quand la critique — je parle, bien entendu, des journaux qui comptent — est exclusivement exercée par des normaliens ?
Mais, quoi qu'd pense de mon plaidoyer en faveur de cette charmante femme, j'ai conscience de n'avoir point fait de tort à sa noble et chère mémoire. La pierre de scandale que j'ai jetée dans la mare aux grenouilles en a fait réfléchir plus d'un. Je connais un académi-
l'j. LAMARTINE
cien — et M. Emile Faguet aussi — qui, après avoir lu les articles de M. Doumic, s'était empressé de plaider coupable, et qui, depuis qu'il a pesé mes arguments « ridicules ou bouffons », ergote, hésite et n'ose pas conclure. M. Doumic lui-même a mis une sourdine discrète a son grelot fêlé, et, comme pour se faire pardonner sa hardiesse, s'est réfugié dans l'équivoque.
Non, je ne suis pas seul à croire sincèrement à la vertu d'Elvire. Si jamais je publie le dossier des lettres que m'a values cette thèse, on verra que, bien loin d'avoir prêché dans le désert, ma protestation a trouvé de multiples échos. Il est vrai que c'a été surtout dans le cœur des femmes !
« Quel sophisme absurde, m'écrit l'une d'elles, de prétendre que la question de savoir si Mme Charles est tombée ou non doit nous être parfaitement indifférente. Cette question, au contraire, intéresse au plus haut point la morale et la littérature, puisqu'elles sont si étroitement unies dans l'œuvre de Lamartine, qu'on ne saurait les disjoindre sans leur causer, et à lui aussi, un préjudice considérable. S'il était acquis, en effet, que Mrae Charles n'a pas été l'Elvire sans tache que nous avons admirée et honorée jusqu'à ce jour, non seulement cette figure unique serait jetée à bas de son haut piédestal, mais encore les ouvrages qu'elle a inspirés, depuis les Méditations jusqu'à Raphaël, perdraient la meilleure, part de leur caractère en perdant leur sincérité. »
Conclusion : les professeurs de morale et de littérature devraient y regarder à deux fois avant d'interpréter un texte sujet à controverse dans un sens contraire à la tradition.