LEBRUN
Au pied de celte lettre le troisième Consul avait ajouté de sa main :
« Cette famille de Bouchaud appartient à votre départemerït. J'ai connu les pères. Vous vous souvenez des deux Chabanon (|ui ont été fort estimés tous deux par leurs talents aimables et par la douceur de leurs mœurs (2). »
Trois ans après, l'Empire était fait. On vit alors
- spectacle assez nouveau sous le soleil de France
- on vit les plus grands noms de la société de l'an-
n Arch. dc|iart. de la Loirc-Inféricure. Communiqué par M. .Mord. ■■■) Id.
6o LAMARTINE
cien rég^ime se rallier au gouvernement de Napoléon : les bourgeois, en haine de l'anarchie révolutionnaire, les nobles, avec l'arrière-pensée que le soldat couronné qu'ils appelaient dédaigneusement Buonaparte était charg-é par la Providence de faire aux Tuileries le lit de Louis XVIII.
La famille de Julie subit le charme, comme tant d'autres. Nous avons dit que le conventionnel Chabanon avait été nommé préfet d'Aurillac au début du Consulat. M. de Bergey se rallia, lui aussi, à l'Empire et en fut récompensé immédiatement par sa réélection au Corps législatif. Malheureusement, il avait perdu sa femme quelque temps auparavant, et Julie avait ressenti plus que personne la cruauté de cette perte qui la faisait deux fois orpheline (i). Est-ce le chagrin que lui causa la mort de sa tante qui la jeta tout à coup dans un état de langueur maladive, ou bien avait-elle pris à Saint-Domingue le germe du mal qui devait l'emporter dans la force de l'âge, et ce mal sourd agissait-il déjà en elle ? Ce qu'il y a de sûr, c'est que le physicien Charles (2) fut frappé de son air de souffrance quand il la demanda en mariage.
Elle habitait alors beaucoup moins à Paris qu'à Saint-Paterne, près de Tours, où son oncle possédait une magnifique propriété dite la Grange-Saint-Martin, et c'est là qu'après toutes sortes de péripéties, occasionnées uniquement par la mauvaise volonté de son père, elle devint M'"*^ Charles (3).
(i) M°" de Berçey était née Louise-Amélie Bartailler.
(2) Jacques-Alexandre-César Charles naquit à BeaugCQcy le 12 novembre 1746. Il était fils de Charles ("Jacques-Alexandre), conseiller du roi et son procureur en l'élection de Beaugency, et de dame Marguerite- Claude Humery de la Boissière.
(3) La propriété de la Grançe, ou la Grange-Saint->[artin, située commune de Saint-Paterne et, par extension, commune de Neuillé-Pont-
JL1.IK IIOLCIIAUD DES llKlltlTES 6l
Avant d'avoir réuni tous les documents de celte notice, je me demandais où l'illustre savant a\ait bien pu rencontrer « cette bonne Julie », comme il disait en parlant d'elle, car je savais pertinemment (pie la chose n'avait pu se faire à Saint-Denis ou à Ecouen, contrairement à ce que Lamartine a raconté dans Raphaël. Lamartine a voulu dépister les chiens en nous servant l'histoire arrivée à Bernardin de Saint- Pierre, lequel avait soixante-trois ans, soit cinq ans de plus que (iiiarlcs, (piand il épousa Désirée Pcllepore, cpii était du même ài^e que Julie.
Si j'avais su (ju'un frère de Charles, Salomon Charles, dit de Talmours, avait été procureur du roi à Saint-Domini,rue, lorsque Bouchaud des Ilérettes et de Ber;jey y avaient des [)ro[)riélés, je ne me serais pas figuré un seul instant que le physicien avait pu
Pierre, dépendail, jus(ju'eii 1702, lie !a Prcvoté d'Oi!, de i'éi^Iiso SaiiU- Martin de Tours. A'endue cuinme bien national, le i4 août i7r).{ pour la somme de 7O.700 livres à .M- Mictiel-Louis de Bers^ey, adininislra- Icur du df'-parlcmeiit d'Indre-et-Loire, elle passa, à la mort de ce dernier, arrivée à Tours le 23 mai 181 1, aux mains de .M, Seine-Fran<;ois IBoissiv, inspecteur de l'enreçistrement et des domaines à Tours, et appartient aujourd'hui à M. Babin, ingénieur en chef des Ponts et Chaussi'cs à Lorient, que je tiens à remercier ici de ses précieuses communications.
Elle se composait alors d'une maison de mai'lre avec chapelle, maison de fermier, cciiries, cour, basse-cour, jardins de maître et de fermier ; le lout en un tenant rcnfernu' de murs cl haies, avec portail d'entrée, soixante-quinze arpents de terre labourable autour des dits bâtiments, six arpenis de prft en trois pièces, avec une allée et une pièce d'eau d'une contenance de 30 ares ûo cent, autour de laipieile étaient plantés des ormeaux, trois arpents de pâture renfermé, six arpents d'autres patureaux, un jeune taillis d'environ six arpents en une pièci' et quatre ar]>ents d'autres bois taillis en deux pièces, le tout en un tenani.joiLTnant les terres de Fortres, du Vivier et de Lucerne, la veuve Rambouri^ et autres ; plus /| arpents de pré appelé le Pré-aux- Loups, situé paroisse de Neuille-Pont-1'ierre.
La Grange-Saint-.Marlin est à /» kilomètres des gares de Saint-Paterne et Neuillé.
C'est à La Graoge-Saint-Martin, que Racan allait rendre son hommaçe féodal au suzerain ecclésiastique du pays, le Prévôt d'Oé. (Cf. la thèse de .M. Louis Arnould sur Racan, p. 58G.)
02 LAiMARlINE
faire la connaissance de Julie sur les bords de la Loire, entre Saint-Paterne et Tavers, où lui-même possédait une maison de campag-ne (r). Rien de plus naturel, en effet, que ce Charles de Talmours, après les événements de Saint-Domingue, soit venu habiter Paris auprès de son frère, qu'il ait continué à entretenir des relations d'amitié avec de Bergey et Chabanon, et que Julie ait rencontré chez lui ou chez eux le savant qui devait être un jour son mari.
Mais que ce soit ainsi ou autrement que Charles ait connu la jeune créole, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il fut séduit par sa beauté et par sa grâce et que, de son côté, elle éprouva pour lui une sympathie très vive, malgré l'énorme différence d'âge qu'il y avait entre eux. Telle Désirée Pellepore pour Bernardin de Saint-Pierre. 11 faut dire aussi que Charles avait une physionomie des plus agréables et qu'il ne portait pas ses cinquantehuit ans. Il y a de lui, au musée de la ville de Cluny, un portrait au pastel qui doit être ressemblant, car il s'accorde assez bien avec celui que Lamartine nous a tracé dans Rapliaël : les yeux sont bleus, riants, expressifs, le front est haut, les cheveux blancs, rares sur le sommet de la tête, s'cnvolant en ailes de pigeon sur les tempes. Les lèvres sont minces, bien découpées, spirituelles, prêtes à décocher le trait. Vêtu d'un habit de soie de couleur grisâtre, il tient à la main droite un jonc à boule d'ivoire. Certes le personnage
(i) La maison de Charles à Tavers appartient aujourd'hui à M. Jules Lemaître, qui y passe toutes ses vacances, u Elle n'est pas belle, ce n'est qu'une grande maison de paysans. Mais il y a, au premier, une chambre assez vaste, avec une large fenêtre, d'où l'on voit de beaux prés et, à l'horizon, de l'autre cùlé de la Loire, la ligne bleuâtre des bois de Sologne. » (Le Temps, du 9 juillet 1889. Billel du malin, de M. Jules Lemaître.)
JULIE BOLCHALU DES lIKUElTtS 63
était loin d'être repoussant i i), et c'est une rcniarcjne à faire que les jeunes lilles ont assez de coût pour les hommes ^i^^és, surtout (]uand elles sont un peu maladives. Il semble qu'elles éprouvent plutôt le besoin de se donner un protecteur à lame paternelle, et c'est bien aussi un peu comme pères que Charles et Bernardin se présentèrent à Julie et à Désirée. Mais ils avaient l'un et l'autre aux yeux de ces charmantes créatures un prestige qui les rajeunissait et les rendait plus dësiraltles. Si Bernardin de Saint-Pierre était l'auteur de Paul et Virginie, Charles avait conquis, dès 1788, une telle renommée par^ses voyaçes aériens que, vin^t ans après, on parlait encore tles chapeaux à la Mofilçoltière, des rubans et des cravates à la Charles et à la I\oberl,dont il avait amené la mode. Et plus d'un fredorjiiail encore dans la bourijeoisie du temps la fameuse chanson qui avait couru par toute la France ;
L'autre jour, quiltanl mon manoir, Je tis rencontre, sur le soir, D'un ^lobisle de liaul parasce.
Il s'en allait tout bonnement Chercher un lit au firmament.
El moi, je lui dis : bon voyai^el
Dans sa poche un bonnet de nuit, Pour la lune un mut de crédit.
Bref, notre physicien sut çagner le cœur de Julie avant môme de demander sa main. Il fut moins hetireux du c^ilé du père. A l'entendre, le bonhomme était un vieil original qui répondait assez exactement au
(i) Charles avait rtc très séduisant dans sa jeunesse; il y a de lui à la Bibliothèque de Versailles un joli portrait au pastel fait par Joseph Boze, quelques années avant la Flévolution. Il y en a un autre à la Farollc des s<:iences de Caen,(iui ressemble beaucoup a cehii de Versailles. C'est ce dernier que noas avons reproduitdans la première édition de ce livre.
type de Western du roman de Fielding- (i). Cela voulait dire qu'il était ivrog-ne et brutal, mais que, à l'exemple de ceux qui crient très fort, il était plutôt faible et facile à emmaillotter. Ivrogne! en vérité j'ai de la peine à le croire, et je me demande où Charles avait appris à le connaître sous ce vilain jour (2), Ce n'est pas, je suppose, pendant le mois qu'il passa à la Grang^e-Saint-Martin à faire sa cour à Julie! A présent, Bouchauddes Hérettes était si malheureux que, lorsqu'il était à table, il noyait peut-être son chagrin dans son verre : le vin blanc de Tourâine est si capiteux! Quant à sa brutalité, je ne vois pas sur qui il aurait pu l'exercer. Ce n'était toujours pas sur sa fdle : il aurait trouvé à qui parler dans la personne de son beau-frère, et Julie était si douce qu'elle l'eût désarmé toute seule!... Non, j'aime mieux croire que Charles, dans le document que j'analyse (3), a fait payer à son beau-père « ses terg-iversations, ses repentirs et ses variantes », car, pendant cinq semaines, il semble qu'il ait pris plaisir à secontredire d'un jour à l'autre. « Western, disait Charles, promet sa fille dans un an, jure, sacre, renie Dieu et au bout de la
(i) Le roman de Tom Jones, qui avait été traduit aussitôt après son apparition, avait eu presque autant de succès en France qu'en Anç^leterrc. Lamartine en parh dans une de ses lettres à Aymon de Virieu et Julie devait l'avoir lu quand elle fit sa rencontre à Aix, car j'ai vu, dans l'inventaire dressé après la mort de son mari, qu'il était dans sa bibliothèque avec toute une série de romans plus ou moins oublies aujourd'hui . (3) Je dois cependant déclarer ici, par respect pour la vérité, qu'il existe dans son dossier, aux Archives départementales de la Loire-Inférieure, une note de police qui le représente comme un pilier de cabaret. Cette note, qui paraît lui avoir fait le plus ç^rand tort, est ainsi conçue : <( On ne connaît à Nantes qu'un SebasiienBouchaudqui tous les soirs fait sapartie au Cafféde foi [sic) où ilçaçne ou perd un louis. «(Communiqué par M. Morel. )
(3) Lettre de Charles à M. de Vindé, publiée par M. Anatole France dans sa brochure sur VElvire de Lamartine, p. 12.
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mèinc [iliiasi' il prend la main de sa fille en pleurant, la met dans celle de son ami : Hé bien, là, je vous la donne, ma fille, la voilà, elle est à vous. A présent n'en parlons plus! » Et le lendemain c'était à recommencer. Bouchaud trouvait sans doute que, malgré toute sa science et sa belle renommée, Charles était im peu mùrpour Julie et qu'elle avaitle temps d'attendre un mari dont l'àge fût plus conforme au sien et qui fût son mari pour de bon. Mais Julie n'était plus une enfant; elle savait très bien ce qu'elle faisait, et son oncle, qui la soutenait de toute son autorité dans sa lutte contre son père, n'avait jtas manqué de dire à ce dernier qu'une fille sans dot ne doit pas se montrer trop difficile et que la sa^^esse lui commandait d'accepter pour gendre le vieillard illustre qui[)rcnait Julie pour ses beaux yeux (i). Tant et si bien que liouchaud céda. Le contrat de mariag-e avait été si^né à la Grange-Saint-Marlin, le 9 messidor an XII (2g juin iSo^i.Le G* jour de thermidor (25 juillet), le
(i) Il résullc, en cttct, du contrat de mariaicc passé devant >['Arcliambaiill de Bfaune, notaire à Tours, qu'il ne fut constitué aucune dot à Julie, el (|iieson a|)port personni'l tut purfineut fictif. L'article quatre porte qu'-- • le futur se marieavcc ses biens compos'-s de meubles et effets de nature niubiliere dont iia duniK- connaissance à la fulureet au sieur fon père, le tout l'valuc i)ar le futur à la somme de 120.000 francs ». — L'article cinq dit que « la demoiselle future apporte au présent mariasc la somme de 120.000 francs, laquelle somme le futur reconnaît que la dite ilemoisclle future lui a remise aujourd'bui en billets de la Banque de France et dont il se charijce, laciuellc somme, ladite demoiselle future a déclaré lui provenir de divers b-nélices résultant de diverses spéculations par elle faites, n — Les futurs se faisaient donation mutuelle, entre vifs et irrév.'jcable, de la totalité des biens mobiliers et immobiliers (ju'ils [K)Sséderotil au jour de leur dérés, ladite donation devant être réduite conl'ormémerit à la loi, dans le cas où des enfants naîtraient du mariaçr-. ,(;ommunif|iié jjar .M'- Ruffm. notaire à Tours, siicrcsseur de M" Arcliambaull de IJeaune.) A la mort de Julie, f-barlcs déclara à l'Enrei^istrement qu'elle était déci'-dee abintcsiale, sans lortune el sans parents el qu'elle s'était mariée sans contrat.. S'an.s /br/une, c'était exact, mais gana parents c'était aussi {nux (juc sans contrat de mariage, puisque son père vivait encore et ne mourut que quatre ans après elle.
LAMAKTINE
mariage fut célébré à la mairie de Saint-Paterne et le lendemain à l'église de cette paroisse (i) — ce qui prouve que les tergiversations du bonhomme avaient effectivement duré près d'un mois (-2).
Cet grand acte accompli, Charles prit avec sa jeune femme la diligence de Paris et s'arrêta à Orléans pour la présenter à son frère, qui était curé de la paroisse de Saint- Paterne (3); peut-être s'arrêta-t-il également à Beaugency, sa ville natale, pour lui faire les honneurs de sa petite maison de Tavers et jouir d'elle à son aise dans la paix tranquille des champs. Ce qu'il y a de sûr, c'est que moins de quinze jours après, "suivant la promesse qu'il leur avait faite, de la Grange- Saint-Martin, la veille de son mariage, il racontait aux Morel-Vindé, ses amis, qui étaient en villégiature à la Celle-Saint-Cloud, toute l'histoire de sa conquête. On devine avec quelle fierté, quand on sait que, de son propre aveu, « Julie valait bien plus que toutes les peines que sa possession lui avait coûté (4) »•
Et le fait est qu'elle était ravissante. Tant que nous n'avions d'autre portrait de Julie que celui du roman de Flaphaël, on pouvait se demander si Lamartine ne l'avait pas idéalisée et embellie à plaisir, pour justifier
(i) Le mariage reliçieux fut célébré à Téglise de Saint-PatcrTie par M. Mermier,curé de cette paroisse, qui n'avait pas voulu prêter serment à la constitution civile. (Note du curé actuel.)
(a) Je ne donnerai pas ici la teneur de ces deux actes : tout l'intérêt du contrat réside dans les deux articles cités plus haut, et celui de l'acte de mariage dans la date et le lieu de naissance de Julie que nous connaissons déjà et dans les noms des témoins que nous connaissons éçaleraent, savoir : M. Michel-Louis de Bergey, oncle maternel delà future, son fils François-Louis de Bfrçe}-, sa fille Louise-Adèle de Bcrgey. épouse de M. André-François-Kené de Cosne, M. de Cosne susnommé, et d'autres parents et amis.
(3' Charles-Jules-(^ésar Charles, curé de Saint-Paterne d'Orléans, de 1781 à i8i3, puis chanoine de la cathédrale, mourut le 22 mars iSaS.
(4) Cf. lElvire de Lamartine, par A. France.
JLLIK lutLi.HA» U DES UÉRETTES 67
à nos veux l'ainour immense qu'elle lui avait inspiré. Mais à présent que nous possédons son image \ raie, authentique, force nous est bien de reconnaître que le poète ne nous avait pas trompés. Elle devait avoir vingt-cinq ans quand elle posa devant Elouis. Elle en avait trente-deux quand elle rencontra Lamartine. Si, dans cet espace de sept années, son visage ouvert et souriant s'était creusé, amaigri, sous l'effort de la maladie qui la minait, ses grands yeux ardents veinés de brun, ses joues blanches et roses et ses lèvres rouges avaient gagné en pâleur et en mélancolie ce qu'ils avaient [)erdu en vivacité et en fraîcheur. Ce qu'elle avait de moins beau, c'étaient les cheveux qui étaient un peu gros sans être crépus, mais |comme elle avait le front petit, ce défaut disparaissait sous leur crinière qui, lorsqu'elle se frisait, lui faisait une sorte de casque, et leurs reflets d'aile de corbeau, en accentuant son type de créole, rehaussaient encore l'éclat de son attirante beauté.
On pense bien qu'avec de tels charmes naturels celte fille d'Haïti fut adulée, fêtée, courtisée dans la société parisienne. Mais elle n'en concevait aucun orgueil et, bien loin de rechercher les succès mondains et les occasions de briller, elle mettait plutiH une sorte de coquetterie aies éviter, sinon à les fuir. Après avoir fait le tour des salons de Paris, que le nom seul de Charles lui avait ouverts, elle rentra discrètement chez elle, gardant le parfum capiteux de sa grâce exotique pour la petite société choisie qu'elle recevait dans l'intimité, rue Neuve-Grange-liatelière, d'abord, et puis rue des Petits-Augustins, où elle demeura jusqu'en 1816, date où son mari fut logé à l'Institut (i).
(i) Comme tll«; ('tail irùi lellrée, elle s'était liée daos les premières
08 LAM.VUTINE
Il faut dire aussi qu'elle était beaucoup plus sérieuse que son âg-e, et que sa santé délicate, tout autant que la situation et la vieillesse de Charles, lui commandait de s'observer plus qu'aucune autre (i).
Le 2 mars 1806, Charles écrivait à M™*^ de Vindé : <( Je n'espère pas. Madame, qu'il nous soit possible de nous rendre demain à votre invitation. Julie est aujourd'hui souffrante et ne quitte pas le coin du feu. Si demain elle allait mieux, elle irait sûrement vous embrasser. Quant à moi, vous pensez bien que je n'oserai pas me présenter seul chez vous, vous me reprocheriez encore, comme l'autre jour, de délaisser déjà ma femme. »
Deux ans plus tard, le i3 juin 1808, il mandait encore à M™'' de Vindé que la santé de Julie était un peu meilleure, « depuis qu'elle prenait des bains de barèg-es (2) ».
Ces Morel- Vindé étaient non seulement leurs voisins, rue Grande-Batelière, c'étaient encore leurs meilleurs amis. Le mari, qui était un parisien de vieille roche, avait joué un rôle assez en vue au commencement de la Révolution. Appelé, en 1790, en sa qualité de conseiller au Parlement, à présider le tribunal du
années de son mariage avec M. de Fontanes, qu'elle avait rencontré dans le salon de M^^ Suard. C'est Lamarliiie qui nous l'apprend dans ce passage de son étude sur Chateaubriand : « Je dirais bien pourquoi M. de Fontanes me fut contraire : premièrement, il écrivait en vers, tt moi aussi, de là une involontaire rivalité. Secondement, il avait été lié avant moi avec la personne que j'idolâtrais. Il dut le savoir et en conserva quelque amertume. Je ne le connus jamais. » {Souvenirs et Portraits, t. II. p. 96.)
(i) « La crainte de paraître" exagérée ou sensible hors de propos, écrivait-elle un jour(i8i6) au baron Mounier, fait retenir comme cela beaucoup de mouvements qu'au fond je crois bons, mais auxquels ou no peut se laisser aller qu'avec d'anciens amis. Comprenez celui-là, Monsieur, et qu'il vous fasse perdre le souvenir de tous les autres. »
(2) UElvire de Lamartine, par A. France.
JCLIE BOUCHAUD DES HEKETTES 69
qiiarlior dos Tuileries, il avait exercé ces fonctions jusqu à la fuite de Varennes,mais il les avait résignées à ce moment-là et s'était retiré de la vie publique pour s'occuper exclusivement de lettres et d'au^riculture. C'était, en elFet, un ai;ronome des plus distingués. Ayant hérité une fortune énorme de M. et M""" Paignon-Dijonval, ses grands-parents, il en avait employé une bonne partie à cultiver scientifiquement sa terre de la Celle-Saint-Cloud et il avait consigné ses observations dans une série de brochures qui se lisent encore avec autant de profil que d'agrément. Je signalerai entre autres celle cpii a pour titre : Conjectures sur l'e.ristence de (piehjiies animaux microscopiques comme cause de plusieurs maladies des moutons (Paris, 181 2) et la Xotice sur la (juèrison du chancre contagieux de la bouche des bcles à An"/i(? (Paris, 1 817). Pasteur devait les connaître. Quelques années aupai'avant il s'était essayé en littérature dans des onvrai^es qui aujourd'hui lui vaudraient l'approbation de i'Académie des sciences morales et politiques, peut être même le prix Monthyon. Son Essai sur les inœurs de la fin du xviri'' siècle (1794) est excellent; sa Morale de l'enfance ou Quatrains moraux à la portée des enfants et rangés par ordre méthodi(/ue, est meilleure encore. De i7<)0 à 1828, ce petit livre n'eut pas moins de onze éditions. J'aime moins ses romans de l^rimerose (1797), de Clémence de Lautrec (^1798) et de Zélomir ('iHor 1, quoiqu'ils soient écrits dans un style sitnple et naturel. Cliénier disait de Z/7ow//' qu'il respirait une morale pure. Sans doute, mais on voudrait autre chose dans un livre d'imai,Mnation,et l'afïabulalion de ce roman est à mon sens un peu n.iïve.
Quoi qu'il en soit, si les ouvrai^es d'un homme reflètent son caractère, M. Morel de Vindé devait être un homme fort açréable. Sa femme devait être charmante aussi, si l'on s'en rapporte au tableau de Gérard, daté de 1798, que possède M. de Nancillac. ]\fme (Je Vindé y est représentée debout, de face et grandeur nature, vêtue d'une robe de satin jaune. Le visage est riant, les yeux bleus, les cheveux bouclés sortent d'un bonnet blanc du matin, le cou est entoun; d'une queue de renard, la main droite, fine et potelée, est posée au bas de la taille qui est plantureuse, et la gauche est abandonnée dans celle de sa fille Claire qui, vêtue de blanc, tête nue, les cheveux nattés, la regarde amoureusement de trois quarts, sur une chaise de style Directoire où elle est assise devant un piano. La mère porte à peine quarante ans et la fille paraît en avoir seize. Glaire était donc à peu près de l'ât^c de Julie. Cela seul expliquerait pourquoi celle-ci montra tout de suite beaucoup de goût pour M™<' de Vindé. Dans les commencements, M"^^ Charles partageait sa vie extérieure entre les Vindé et les Suard. A la longue, elle marqua visiblement ses préférences pour les Vindé, ce qui est à son éloge. M™= de Vindé adorait son mari, qu'elle poussa à l'Institut par M'"® Charles; M™*^ Suard, qui avait tant de raisons d'être fière du I sien, s'en était peu à peu détachée et même elle s'amu- j sait à le tourner en ridicule fr). On connaît le dialogue qui s'établit un jour entre eux. — « Je ne vous aime plus, disait M"»* Suard — Ça reviendra ! répondait
(i) Les Suard habitaient place de la Concorde, no 6. — M""e Suard, née Panckoucke, passait pour avoir eu une intrigue avec l'abbé Arnaud, collaborateur de son mari, et pour avoir été cause de la niort de Condorcet en l'obligeant à quitter sa maison de campagne de Vaugirard, où elle lui avait d'abord donné asile.
Jl I.IK BOLCHALU DES IIKI\i;rrES
le mari. — C'est que j'en aime un aiilre ! — (".a se [Kissera. » M'"" Sua?<l avait tlil la chose à qui voulait l'enteudr ', et l'ou eu faisait des gorî»-es chaudes un peu partout. Ce propos était-il arrivé aux oreilles de Julie? C'est firohahle, et je serais bien étonné qu'elle eiU a[)|)roiivé la coiiduile de M""' Suard, car, sans être béj^ueule, elle était assez prude, et, quoique mariée à un homme qui aurait pu être son père, elle lui rendait en res[icct et en atlection tous les soins qu'il avait pour elle. Quoi qu'il en soit, il vint un jour où ses visites à M'"* Suard lui pesèrent, ce qui généralement est le commencement de la fin. Elle écrivait quelques années plus tard au baron Moiinier : a J'étais allée pour mes péchés chez M""® Suard, où je me suis ennuyée mortellement. Je suis bien décidée à n'y plus retourner (il »
Kn ce temps-là, je parle des premiers jours de la iiestauration, le baron Moiinier (2) était devenu, je ne sais comment, le correspondant habituel de Julie, on pourrait même dire son chevalier servant. Quand elle avait à recommander en haut lieu les jeunes cens au.\(juels elle portait un intérêt tout particulier, comme MM. de Loménie, de Saint-Morys (3), de Landriève,
I) Cf. l'ElvIre de Lamartine, par A. France.
•i] Fils de Joseph Mounier, dc'[iiitc à la Constiluanle, Edouard Mouiiier avait »-t*'- nommé, en i8u''». auditeur au Conseil d'Etat.
Deux ans après. l'Empereur l'attacliu à son cabinet en qualiti- de traducteur des journau.x elran:jers, auxappointements de 5o.ooo francs par ao. Nommé ensuite baron de l'Empire, il obtint le poste d'intendant des bàtimenl.s de la Couronne, fju'il i;arda sous la Reslauralioii. .Après la chute de Charles X. il se rallia à la monarchie de Juillet et mourut pair A". France, le ii mai i8/t3.
.3 .M, de Sainl-.Morys était fils d'un conseiller à la Grand'Chambre du parlement de l'aris, (]ui fui tui'-à Ouiberou en 179O. Il était lieutenant dans la compairnie des tîardes du corps du duc de Noailles, en même temps que M de I..oménie de .Marmé. neveu de Julie, quand, à propos de la revendication de ses biens, qui avaient été vendus nationalement,
LAMAHTINF.
elle s'adressait généralement à lui, sachant qu'il avait l'oreille de M. de Vaudreuil, de M. de Barante, de M. Rayneval, voire de Monsieur, frère du roi, et, comme le baron Mounier élait de ceux qui appréciaient les bonnes grâces d'une jolie femme, il s'employait de son mieux pour la satisfaire.
« Je ne saurais trop vous remercier, lui mandait-elle le i6 novembre i8i5, de l'accueil aimable que M. de Barante (i) a fait à M. de L[andriève]. Dès qu'il lui a prononcé votre nom, il l'a comblé. Il lui a dit qu'il n'avait rien à refuser à une personne à laquelle vous vous intéressiez, que vous éliez son ami le plus cher, qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour vous être agréable. M. de Lfandriève] est sorti de chez lui pénétré, et il n'oubliera jamais non plus que moi la bienveillance qu'il faut que vous lui ayez accordée pour lui valoir une réception aussi parfaitement obligeante.
« Ces Messieurs ont convenu que M. de L[andriève] adresserait un nouveau mémoire à M. de Barante plus explicatif que le premier. J'ai l'honneur de vous l'envoyer pour que vous veuillez bien l'appuyer par un mot. M. de Landriève est convaincu que la grande affaire de la Direction lient au billet que vous ne refuserez pas d'écrire. Je vous le demande avec la confiance que je dois à votre intérêt.
<( M. de Landriève me prie de vous dire qu'il serait heureux de vous voir, mais qu'il sait tous vos moments si occupés, que la discrétion le retient. Je vous le mènerai cependant un jour pour avoir le plaisir
il eut un duel avec le colonel Dufoy,qui le blessa mortellement, le 21 juillet 1817. Cet événement tra^^ique lit en son temps un bruit énorme.
(i) M. de Barante élait alors conseiller d'Etat, secrétaire général à l'Intérieur et député En 1816, il fut nommé directeur des Contributions indirectes.
JLI.IE BOUCHAI n OES lIKaETTES
de VOUS dire avec lui couibien je suis reconnaissante cl touchée. »
Va vers la même é[)Oiiue, encore :
« J'ai déjà refusé, monsieur, d'aller avec M'"" de Tilly voir ce joli ballet. Je l'ai fait sans eftort ; le sj)ectacle nritis[)ire toujours le même éloignenient . Mais qu'il est loin d'eu être de même de la perspeclivede passer quatre heures avec vous et votre aimable femme ! C'est une jouissance que je sens vivement, quejfjue part que je la ^oùte, et je m'étonne moimême d'avoir le courage de m'en imposer la privalion. Il le faut cependant. Il faut tenir à quelque chose dans le monde et ne pas plus oublier, je crois, les promesses qu'on se fait à soi-même (\uq celles que l'on fait au.K autres. Remerciez mille fois M"'« Mounier de sa bonté. J'irai la voir demain matin pour me consoler de ne pas la voir ce soir. Pour vous, monsieur, je ne vous vois plus; c'est un [)arli pris. Je suis forcée de dire comme M™® Suard : J'espère que vous croyez à mes rci^rets.
« Point de réponse de M. de Maletesle. Nous avons cependant une bonne lettre de M. de Vaudreuil,mais je ne sais qu'espérer rjuandje vois que rien ne marche et qu'on parle pourtant de l'organisation pour la (in du mois. Je suis assez tiiste de tous ces mécomptes dont je me prends au sort et non [)oint à vous, vous le croyez bien. Je crois que vous m'avez servie connue l'eût fait mon frère si j'avais le bonheur d'en avoir un. Maisje suis habituée à ne réussira rien. Je ne sais absolument que faire de mon pauvre Loménie. Je vous assure que j'ai souvent de la vie plus que je n'en peux porter.
« Pardun de vous écrire sur ce ton. Je me reproche
de rembrunir vos idées, à vous à qui le bonheur sourit (i). »
Quels étaient ces MM. de Landriève et de Loménie à qui Julie s'intéressait si viv^ement? J'aurais été aussi en peine de le dire que M. Anatole France, avant d'avoir trouvé le dossier de Loménie aux archives du ministère de la Guerre. Car c'est là seulement que, dans ces temps derniers, j'appris toute son histoire. Et cette histoire n'était pas gaie. Ayant eu !e malheur de perdre sa mère à l'âge de trois ans, il en avait quinze quand son père mourut à son tour. C'était en 1807. Mais Julie, qui se souvenait de la manière dont elle avait été élevée et qui n'avait pas d'enfant, se dit qu'elle pouvait bien faire pour le fils de sa sœur ce que son oncle et sa tante de Berge}^ avaient fait pour elle. En 1810, il fut admis, grâce à la recommandation de M. de Bergey (2), comme élève pensionnaire à l'école de Saint-Cyr. Mais à la chute de l'empire sa carrière militaire faillit être brisée. Licencié en 18 15, il n'aurait probablement jamais été réintégré dans les cadres s'il n'avait eu pour le protéger que des gens de l'opinion de son grand-oncle maternel. Mais il était par son père le petit-neveu de M. de Vaudreuil (3). Julie fît agir auprès de lui non seulement par M. Mounier, mais encore par le duc de Noailles,
(i) L'Elvire de Lamartine.
(2) M. de Bergey habitait en i8o4 rue du Faubour^-Saint-Honoré, n° 455, et en i8o5, rue Jacob, i2i5.En 1806 il est porté sur l'almanach impérial comme habitant à Tours, rue et hôtel Conty.
(3) Josepli-François-de-Paule, comte de Vaudreuil, était né à Saint- Domingue le 2 mars 17/10. I! fit la guerre de sept ans comme aide de camp du prince de Soubise et comme officier supc'rieur de la gendarmerie. Parvenu au grade de lieutenant général, il fut nommé grand fauconnier de France et eut beaucoup de succès à la cour. En 1782, il accompagna le comte d'Artois au siège de Gibraltar. Après le 12 juillet 1789 il quitta la France avec ce prince, se renûit avec lui à Turin et l'accompagna ensuite dans différentes contréesjusqu'à son retour en i8i4.
JULIE BOUCHAt'U DES lll.I\ETTES 7O
firinre de Poix, qui cominandail nue compaguie des
irdes du corps (i).
Le 20 mars 181G, le duc de Xoailles demandait au minisire de la 4,''uerre l'autorisai ion de prendre M. de Loménie de Marmé, lieutenant à Fex (î" régiment d'infanterie à pied, pour aide de camp. Par mnllieur, ce jeune officier était astreint, aux termes de Tordonnance royale du «) décembre 1810, à subir un nouvel examen sur les connaissances techniques exigées des ofticiers sortis de l'école de Saint-Cyr. Le ministre de la çuerre ne put déférer au désir du prince de Poix, qui l'admit alors provisoirement dans les j^ardes du corps. Il était temps, car M. de Vaudreuil mourut au mois de janvier 1817 et Julie au mois de décembre suivant.
Cinq ans après, M. de Loménie épousait M"'- Thaïs Landriève-Desbordes, fdie du maire d'Arlannes, et de Marie-Claire Legardeur de Tiily, dont Julie avait fait la connaissance chez son oncle de Bergey, à Tours. Car t(;us ces réfugiés de Saint-Domingue étaient des Tourangeaux de naissance ou d'adoption. La famille l-.indriève-Desbordes, qui portait d'azur à une croix d'argent accompagnée en pointe d'un croissant de môme, était originaire du Limousin.
Mais dès la première moitié du dix-huitième siècle, nous la trouvons établie en Touraine, où elle acquit en 1774 les fiefs de la Turbellière et de Méré, situés sur la commune d'Arlannes, et en i77(j la terre de Ponldu-Ruau.
11 fut alors riommij pair de France et gouverneur du Louvre. Il mourut dans celte charçc en janvier 1817.
m Elli-.« rivait un jo.ir à M.Mounier : « Je vais àqualrc iicurcs cliez .M. "!• t'..:\ .ivcc M C. (flliarlcs) ou M. de Laiidrièvc. » (LcUre sans
dalc [>a..l.-- ii.,r Al \i.:i;,,:. ! >;.ii.-. I
Le grand-pèro de Thaïs, Pierre-Paul Landriève des Bordes, écayer, garde du corps du Roi, comparut en 1789 à l'assemblée de la noblesse de Touraine,
Son père fut maire d'Artannes de 18 19 à 1821 et en 1887.
Quant à sa mère, elle appartenait, elle aussi, à une vieille famille dont deux branches furent implantées en Touraine vers le même temps que les Landriève : les Leg-ardeur de Beauvais et les Legardeur de Tilly. Elle était issue de cette dernière.
La fortune des Landriève était considérable, mais comme ils avaient eu coup sur coup trois filles à doter (i), ils avaient profité de la Restauration pour se pousser comme tant d'autres dans des places bien rétribuées.
Et c'est à cela que s'employait « cette bonne Julie » qui, née sensible et compatissante, n'était véritablement heureuse que lorsqu'elle pouvait faire quelque bien autour d'elle.
Mais si le plus clair de ses journées — quand sa santé lui permettait de sortir — se passait à solliciter en faveur de ses proches, la meilleure part était encore consacrée à son mari, dont elle suivit jusqu'au bout les belles expériences physiques, et à la petite société choisie qu'elle recevait le soir dans l'intimité. Sous l'Empire, c'étaient principalement des savants, amis et collègues de Charles; sous la Restauration, des parlementaires plus ou moins libéraux comme Lally-Tollendal, Laine, Mounier, Rayneval,
(i) Thaïs Landrièrc-Desbordes avait apporté en dot à M. de Loménie une somme de 24.000 fr. en aro-cnt; ses espérances étaient évaluées à 70,000 francs. (Note du maire de Tours, du 18 septembre 1822. — Archives du minislëre de la Guerre.)
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voire M. de Donald (lui, venu le derniei', remplit tout de suite auprès de la jeune malade le rôle si délicat du médecin île l'àme.
Je n'ai pas dit, en ellet, que Charles était franchement vollairien et que Julie, dont l'éducation s'était ressentie des événements révolutionnaires, jiartageait en matière relig-ieuse à peu près sa manière de voir. Cependant, je ne crois pas, comme le prétend l'auieur de linphiirl, qu'elle ait poussé l'irrélig^ion jusqu'à l'athéisme. Son état d'àme, en 181G, était plutôt celui que Lamennais combattit si vig^oureusement dans >on livre sur V Indifférence. Nous avons vu que Charles avait un fièie curé de Saint-Paterne d'Orléans, à qui il avait donné asile en 179;"), lorsque, pour se faire jiardonner sans doute son serment à la constitution civile, il eut refusé de prêter le serment de haine à la rovauté. Julie avait eu éijalemeut deux curés dans la famille de son jx'-re (i). Ils n'avaient donc ni l'un ni l'autre aucune raison d'en vouloir à l'Eglise catholique dans laquelle ils étaient nés, et à fjui ils avaient demandé, pour se conformer à la tradition, de bénir leur miiriaçe. Mais le vent révolutionnaire, en étei- L^nanl dans tontes les églises de France la lampe qui brûlait jour et ruiit devant les tabernacles, avait éteint du même C(>u[» dans leurs âmes la petite veilleuse que la foi de leur mère y avait allumée, et ils étaient arrivés jusqu'en 18 1() sans éprouver h; besoin de se rapprocher de Dieu.
Telle était, selon moi, la mentalité de Julie liouchaud des Iléretti.-s, rpuind elle lit la rencontre de I.;iin:i!!ii|f '.iir h'S bnid- du bif du l 'i iiii"('( .
(i; Cuuiuller le laLlcau jji'iicalo:^iiluc.