L.VMAUTINE
qu'il composa son ode au Lac, le plus beau chanl d'amour qui soit sorti d'une âme humaine.
Mais il se garda l)ien de l'envoyer à Julie. Outre que ce chant d'amour n'était au fond qu'un chant de mort, le Lac, dans sa première version, contenait deux strophes qu'elle aurait certainement blâmées et qu'il a supprimées depuis (i), estimant avec raison qu'elles profanaient par leur accent trop réaliste le souvenir attendri de celle qui les avait inspirées. N'importe. Les Méditations poétiques étaient nées, et avec elles
dant je ne serais pas fâché de savoir où il l'a prise et sur quels documents il s'est appuyé pour la fixer ainsi. Je remarque, en effet, que, dans le manuscrit, la pièce du Lac est simplement datée d'Aix-les-Bains, septembre 1816, et je remarque aussi dans sa Corresjwndance que Lamartine quitta Aix le 17 ou le 18 septembre pour se rendre au Grand- Lemps, chez son ami de Virieu, d'où, en effet, il écrivait le 2.3. S M. Rej'ssié s'est basé là-dessus pour déterminer la date de la composition du Lac, je crois qu'il s'est avancé beaucoup et qu'il serait plus sage de dire que cette pièce fut écrite dans la première quinzaine de septembre.
^i) Voici ces deux strophes :
Elle se tut : nos cœurs, nos yeux se rencontrèrent. Des mots entrecoupés se perdaient dans les airs, Et, dans un lonç transport, nos âmes s'envolèrent Dans un autre univers.
Nous ne pûmes parler; nos âmes affaiblies Succombaient sous le poids de leur félicité. Nos cœurs battaient ensemble et nos bouches unies Disaient éternité.
M. Emile Faguet dit [Revue latine du 26 décembre; que ces deux strophes dominent tout le débat et le domineront toujours. Ou'ontelles donc de si extraordinaire? Est-cela première fois que deux amants, dans un commun élan de tendresse passionnée, s'embrassent à pleine bouche, à la clarté des étoiles, et restent sur ce baiser — comme sur une promesse? Il suffit de réfléchir une minute pour voir qu( les choses ne durent pas aller plus loin. N'oublions pas, en effet, que ce baiser fut échangé sur le lac, dans une barque montée probablement par un ou deux rameurs?... Tout cela, voj-ez-vous, c'est de la rhétorique. Nous savons d'ailleurs que le Lac a été fait de pièces et de morceaux. Telles strophes (la G" et la 7*=) furent esquissées à Beauvais, quand Lamartine y était en garnison. Qui sait si les deux strophes citées plus haut s'appliquaient exclusivement à M^s Charles? C'est surtout avec les poètes qu'il ne faut jurer de rien. Même quand ils sont sincères, ce qui semble jailli de leur cœur n'est souvent sorti que de leur innagination ou de leur mémoire !
'( celle poésie élevée, religieuse, ce nouveau nioiule de l'àme «iécouvert l'an I''" de l'ère chrélienne », comme l'écrivail un jour Villemain à Lamartine (i). Mais à la pièce du Lui' « perreclion inespérée, assemblage profond el limpide, imaye une fois trouvée et reconnue par lous les canirs », suivant l'heureuse expression de Sainte-Beuve (2), il manquait précisément la note chrétienne qui est la note orig^inale des Mcdiiati'ons. Celte note, Lamartine ne tarda pas à la faire entendre. Après avoir com[)osé au mois de septembre (1817) VOde aux Français (3), et VOde au Génie (ju'il dédia à >L de Bonald sur la prière de Julie, il était revenu à -Milly auprès de sa sainte mère, plus malade du cœur (ju'il ne l'avait jamais été. Là, dans une solitude complète, tout en écrivant à ses amis des lettres désespérées au sujet de celle dont il attendait la mort chaque jour {\), la relii^ion s'empara définitivement de son àme et lui inspira, aux approches de la Toussaint, l'éloquente poésie de l'Immortalité (5).
(i) Lettres à Lamartine, novembre 1828, p. 55.
(a) Notice sur Lamartine dans les Portraits littéraires.
(3) Cf. sa Cnrresp. Lettre datée de Bon riçoln, jeudi soir, octobre 1817.
( V/ C'est ainsi iju il écrivait le 24 octobre à M"" de Canonise, sa confiili>nte : • Hifi\ n'a chaniç<- qu'en pis dans ma déplorable situation : la ''me le plus au monde se débat depuis sept semaines > d'une artVeuse ai:;onie,ct je suis ici dans l'absolue im- .. , - ^ .■ auprès d'elle et dans les plus durs embarras de iout L'curc et pour elle et pour moi. » El le 8 novembre : « Puisque mes peines el mes souffrances vous intéressent si vivement par la triste res- «'■:ni)!aDce qu'elles ont avec les vôtres, apprenez donc qu'elles sont toujours les mémi-5 : rien n'a chance qu'en plus mal dans la santé de la peiMinne dont je vous ai parlé, et je ne puis à chaque courrier attendre que la confirmation de mon malheur ou recevoir les détails d'un état pire r|uc la mort : elle serait un bienfail pour tous deux et j'en suis à cet excès de la désirer pour elle cl pour moi. » (Corresj)., I. I, p. 280.)
;5 On lit dans ses Souvenirs et /jorlrails, t. III, p. i5: > Il iM. Ho-
pi.^. — ••. lit alors, avant que j'écrivisse moi-même des vers, un poème
rlitlitè (te l'urne (piil me récitait dans nos promenades.
' Il a jamais été imprimé, mais ces vers me sont restés toute la
Cette fois rien ne s'opposait à ce qu'il envoyât cette Méditation à Julie (i), d'autant qu'il l'avait composée à son intention (2) et que Julie venait de se donner tout entière à Dieu. Un mutin donc, elle la reçut à Paris, où elle avait été transportée quelques jours auparavant. Et c'est évidemment sous l'impression de celte lecture qu'elle écrivit à Lamartine la lettre suivante :
« Lundi, 10 novembre 1817.
<(. Je souffre de vous dire si tard que je vais mieux. L'absence totale de force en est la cause ainsi qu'un nuag'e que j'ai sur la vue qui semble s'épaissir tous les jours. Je ne puis plus rien fixer. J'envisag-e pourtant un terme à cet état et je crois qu'après de longues souffrances je vivrai. Je vivrai pour expier.
« C'est par là seulement que je puis devenir digne des grâces immenses que Dieu m'a faites. Je ne sais si vous avez su qu'elles ont été sans bornes. J'ai été administrée, et après avoir reçu le sacrement que dans sa bonté il a institué pour soulager les mourans, Dieu lui-même s'est donné à moi. Vous comprenez
vie dans l'oreille comme un tintement d'une âme sonore et sensible... » Qui sait si cette pièce de Rocher ne proA'oqua pas celle de Lamartine. Voir dans le dernier chapitre de ce livre les pages que je consacre à M. Kocher.
(i Aussi, dans la première version de cette pièce qui lui était dédiée, a-t-il écrit son nom en deux endroits : dans le premier hémistiche du deuxième vers et dans le dernier du quarante quatrième :
Le soleil de nos jours pâlit dès son aurore,
O ma chère Julie!
— Oui, tel est mon espoir, ô ma chère Julie! (2) On dirait vraiment que les âmes reliijieuses ont, dans les mêmes circonstances, les mêmes aspirations et les mêmes besoins. Le 8 août 1827, M. Guizot écrivait à .M. de Barantc, à propos de la mort de Pauline de Meulan, sa femme : « ... Elle est morte en m'écoutant lire le sermon de Bossuet sur l'immortalité de l'âme. Je sais à quel endroit, à quelle phrase clic a cessé de m'èntendre. » (Corresp. de M. de Barante publiée par son petit-fils.)
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quels devoirs in'impos«M»t d'aussi grands bienfails ! Ils seront tous rem[)lis. Les sacrifices ne niecoiUeront lien; ils sont faits, et je sens à la paix de l'àme cjui résidte de mes résolutions que le bonheur aussi pourrail bien se trouver dans cette roule du devoir (ju'on croil à tort si pénible.
« J'ai reçu toutes vos lettres. Ou'à présent, mon ami. elles puissent toujours être lues par tout le monde, .le ne puis plus en recevoir d'autres et je ne le désire même pas. Vous ne répondrez pas à celle-ci. .le ne suis pas censée écrire : mais je crait^-nais vos inquiétudes, et je suis sure que Dieu trouve bon que je calme les sollicitudes d'un enfant qui aime trop sa mère. Il sait que cet en faut est vertueux. Il permet <jue j'en fasse un ami. Oh! qu'il est bon ce Dieu d'inéfable bonté ! Et sa relii^'-ion qu'elle est douce, consolante et sublime, quand elle verse sur le [)écheur ses trésors d'indiilii^ence !
« M. de H «uialdj est ici. Il ne permet [)as que je lui parle. Ma faiblesse l'elTraie. Mais il parle, lui, et sa conversation va tout droit à mon âme pour laquelle elle est faite. — Ecrivez-moi vite sur lui et pour lui. Il m'a demandé presque en arrivant ce que vous pensiez de ses observations (i) et lorsque je lui ai dit que vous étiez prêt à les adopter, il m'a dit : Vous me ferez voir sa lettre, je vous en prie. — Or, comme je n'ai rien à lui montrer, écrivez-moi à présent que, dans le trouble où ma maladie a jette mes amis, vous n'avez içuère pensé à d'autres intérêts, mais qu'aujourd'hui que vous êtes rassuré par M. Alin vous êtes pressé de me parler de M. de B''onald], que vous vou-
(i) Les observations de .M. de Bonald portaient sur l'Ode au Génie, que Lamartine lui avait dédire.
12^ LAMAUTiNE
Icz aussi amuser ma convalescence par vos vers, et envoyez-moi VOde aux Français et tout ce que vous me faites attendre si longtemps d'Aix et d'ailleurs.
« Que la lettre de M. de B[onald] et son ouvrage ne soient pas oubliés par la première occasion. M. de V[irieu] reviendra peut-être enfin.
« Oh ! que j'ai cru ne plus vous revoir ni l'un ni l'autre ! tout m'était égal alors, et je retombe dans mes inquiétudes sur vous. Soignez-vous, ne venez pas. Cela vaut mieux; je le pense.
« Adieu, mon ami. Je vous aime comme une bonne et tendre mère, toujours.
« M. de B[onald] est dans la plus grande admiration de votre ode. Il m'a dit qu'il ne lui appartenait pas de la louer, mais qu'elle lui paraissait d'une beauté admirable (i). »
Cette lettre d'un accent si grave ne saurait se passer de commentaire. Elle contient, en effet, deux mots au moins qui, mal interprétés, projetteraient sur la vie et la mémoire de Julie un jour fâcheux. Ces deux mots souhgnés par elle, afin d'attirer l'attention de Lamartine, sont « pour expier » . M. Doumic y a vu l'aveu d'une faute. Il est certain que, pris à la lettre et séparés de tout ce qui précède et les éclaire, ces deux mots ne sauraient guère recevoir d'autre explication. Cependant, après avoir pesé tous les termes de ce document qui ne pouvait mentir, car on ne ment pas devant
(i) LeUre publiée par la Revue des Deux-Mondes du i<^' février igoS.
la mort, je me persuadai <|ue, pour avoir été soulignés de la sorte, ces deux mots éniijmaliqucs devaient répondre à quelque chose (ranléri(nu-. Mais à quoi? Les lettres de Lamartine à Julie n'existant plus, il était inutile de chercher de ce côté. J'eus alors la curiosité d(; chercher ailleurs. J'ouvris le livre des Porsirs inrdi/cs où je savais que M"" \ alenline de (lessia, la fille adoptive de Lamartine, avait publié le premier jet du Lac et de rinimorlalUè. Et qu'est-ce que je trouvai? tout un passade sup[»rimé de celte dernière pièce, une vingtaine de vers. J'éprouvai à celte vue une secrète joie et m'empressaide lire ce passage, comme si j'avais eu le pressentiment que les mots auxquels répondait Julie étaient là. Ils y étaient aussi, et vous allez voir qu'ils donnent au « pour expier » de sa lettre une signification, une valeur morale, qui lave cette femme charmante du soupron injurieux de ^L Douniic et lui laisse toute son auréole (i).
La i)ièce de r/mniorta/ité, telle que la publiée Lamartine en 1S20, se termine ainsi :
Ah I si dans ces instants où l'Ame fuq-ilive Sclancc et vcul briser le sein qui la captive, (^e Dipii, du haut du ciel répondant à nos vœux, D'un trait libérateur nous eût frappés tous deux : Nos ànies, d'un seul bond remontant vers leur source, I^lnsemble auraient franchi les mondes dans leur course ;
1 1 1 lJe|iiiis lors, M. Doumic, comprenant l'importance de ma découverte, se l'est approprit'e sans vertcot^ne, non pour n'-hahililer la mémoire de M^r Charles, mais pour l'accabler davantai^c encore. On lit, en cfFci. a la page 1)5 des Lettres d'Elvire à Lamartine : « Ccai ellem""me qui a soulicrné les mois pour expier. Ils se trouvaient dans la pii-i-<- di- r/////;ic>r/o/(7»,' ipic Lamartine lui avait envoyée. Ku.x seuls l'y avaient IVappec. El tout de suite elle s'en était emparée, les di'tournant de leur senv, pour leur en donner un sur lequel l'ensemble de la lettre ne peut laisser aucun doute. »
Je ne saurais trop protester contre ce procédé déloyal.
A travers l'infini, sur l'aile de l'amour.
Elles auraient nionlé comme un rayon du jour,
Kl jus(]u"à Dieu lui-même arrivant éperdues,
Se seraient dans sou sein pour jamais confondues !
Ces vœux nous trompaient-ils ? Au néant destinés,
Est-ce p(jur le néant que les êtres sont nés?
Partac^eanl le destin du corps qui la recèle,
Dans la nuit du tombeau l'àme s'engloulit-elle?
Tombe-t-elle en poussière? ou, prêle à s'envoler,
Comme un son qui n'est plus va-t-eile s'exhaler ?
Après un vain soupir, après l'adieu suprême
De tout ce qui t'aimait, n'est-il plus rien qui l'aime ?
Ah ! sur ce grand secret n'interroge que toi !
Vois mourir ce qui t'aime, Eivire, et réponds-moi.
Dans la preinière version qui fut envoyée à Julie, après le vers:
Est-ce pour le néant que les èlres sont nés?
on lisait :
Non, cet être parfait, suprême intelligence, A des êtres sans but n'eût pas donné naissance, Non, ce but est caché, mais il doit s'accomplir, Et ce qui peut aimer n'est pas fait pour mourir. Et cependant jeté dans les déserts du monde L'homme pour s'éclairer dans celte nuit profonde N'a qu'un jour incertain, qu'un flambeau vacillant Qui perce à peine l'ombre et meurt au moindre vent, Et, tels qu'aux sombres bords l'ombre des Danaïdes S'elîorce de remplir des urnes toujours vides, Poussé par son esprit, tourmenté par son cœur, L'un cherche la lumière, et l'autre le bonheur ; L'un sans cesse entouré de nuages funèbres, Greusnnt autour de soi, ne trouve f|ue ténèbres, Et, suivant vainement la lueur qui le fuit, De la nuit échappé, retombe dans la nuit ; L'autre, altéré d'amour, enivré d'espérance. Vers un but fugitif incessamment s'élance ; Toujours prés de l'atteindre et toujours abusé, Sur lui-même à la fin il retombe épuisé. Ainsi l'homme flottant de misère en misère, Du berceau dans la tombe achève sa carrière. Et du temps et du sort jouet infortuné,
Descf'ntlanl an tninbcati, dit : « Pourquoi snis-je né '! — iV)uri|uoi ? Pour inériler, roi u eximkix pcut-clre, l'A puisque tu naquis, il élail bon do uaiire.
li est à peine besoin de diie que les mois pour p.rpier ont ici un sens philoso|)lii(jue et tliéolo^^ique. Lamartine n'a fait que se conformer an doçme de la chute oritrinelle, comme il le fit encore quelques jours plus tard dans le canevas en prose de sa Médilcitioii du CriiciJÎJ' : « Ses bras, disait-il , s'étendent pour t'inbrasser les ///.s' du péché. »
Or, il est certain que c'est entre la lecture de cette Mrditntion et la lettre du lo novembre que .Iidie reçut les derniers sacrements. Oui sait même si M. de Bonald, qui passe pour avoir été son convertisseur. ne se chargea pas de lui commenter les vers de Lamartine? Dès lors, rien d'étonnant qu'elle ait renvoyé à celui ci le mot pour expier en se l'appliquantàeliemème. N'avait-elle pas à se faire j)ardonner sinon sa liaison avec le poète, à tout le moins le sentiment jiar trop exclusif (i ) qui l'avait animée à son égard? Mariée à un homme illustre qui l'adorait et qu'elle respectait, avait-elle le droit, devant Dieu, dedonner son cœur à un autre et non seulement son cœur, mais toutes ses pensées et jusqu'à sa vie. Dieu lui-même n'avaitil pas le droit fl'êfre jmIoux ? Oue >L Doumic veuille
(i <jiinn<l j'' [iMidiai o- ciiapiir'; (J;ms le Correspondanl in" du 20 mars i(j*>j . ji' m- savais pas que Lamartine s'ctnit servi de ce terme |«)ur qualiticr la |i:ission de Julie. Ou lit, en effet, dans Lamartine peint finr lui-même, p 80 :
• Celle lettre celle du 10 novembre) écrite pendant la dernière nuit d'unp longue et douce aî^onie, après la communion que le |tr«Hrc avait ■ ppurt''- a la malade, élail un su(>r>"(ne adiru. Klle s'y f'i''li<*ilait de la bonlr divinr dont le prêtre avait l'tc l'inleriirelc et (|ui, eu lui jiardonnant l'tiHarhemenl trop exclusif qu'elle avait nourri sur la terre, lui permellaii de le continuer en le sanctiliant dans le cas oii elle recouvrerait la vie... 1
128 I.AMARTINE
bien se reporter à la correspondance de Julie, il trouvera dans sa lettre du 2 janvier le paragraphe suivant :
« *Vous voyez mon cœur, vous, ô mon Dieu, et vous vous plaig-nez qu'il n'est pas à vous, mais à lui, et si vous pardonnez c'est que vous le reconnaissez pour la plus angéiique de vos créatures ! c'est que vous voyez en lui l'âme la plus noble que vous avez créée! oh! laissez-moi l'adorer à jamais ; mais si je puis encore vous invoquer après vous avoir demandé de ne pas exiger que je me sépare de celte moitié de moi-même, mille fois plus chère que l'autre, faites qu'il me voie telle que je suis, je n'implore de lui que cette justice ! »
Eh bien si Julie avait ces scrupules de conscience quand elle n'était pas encore chrétienne, à plus forte raison dut-elle les avoir après qu'elle se fut convertie.
Voilà donc pour moi l'explication vraie des mots à double sens qu'a si mal interprétés M. Doumic. Et la Méditation àal' Immortalité n'est pas la seule que l'on puisse invoquer en faveur de la pureté de Julie, Quelques jours après l'avoir écrite, Lamartine entra dans une petite église de village « plein de la pensée qui le poursuivait partout, avec le besoin de consacrer l'image qui se plaçait toujours entre Dieu et lui ». Et après avoir prié pour celle qu'il savait perdue, les vers suivants jaillirent de son cœur au milieu des larmes :
Mais quoi, de ces autels j'ose approcher sans crainte ! J'ose apporter, grand Dieu, dans cette aug-uste enceinte Un cœur encor brûlant de douleur et d'amour ! Et je ne tremble pas que ta majesté sainte Ne venge le respect qu'on doit à son séjour ! Non, je ne rougis plus du feu qui me consume :