‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 18 sur 89 · ELVIRE I · texte numérisé non relu

ELVIRE I

L'amour est innocent quand la vertu l'allume. Aussi |)ur tjue l'objet à qui je l'ai juré (i), I.f mieu l)r.:U' mon cœur, mais c'est d'un feu sacre ; La constance l'honore cl le maliieur l'épure. Je l'ai dit à la terre, à toute la nature ; Oevanl les saints autels je l'ai dit sans elYroi : J'oserais, Dieu puissant, la nommer devant loi. Oui, maltfré la terreur (jue ton temple m'inspire, Ma bouche a murmuré tout bas le nom d'LIvire ; El ce nom rcpélé de tomlieaux en tombeaux, Comme l'accent plaintif d'une ombre qui soupire, De l'enceinte funèbre a troublé le repos {2)...

Il suffit !... Hélas ! non. II faut encoi'e que je rompe une lance avec M. Emile Fag-uet à propos de ce pour r.vpirr qui a déjà fait couler tant d'encre. Dans son article de la Hovuc lafi/ir, M, Emile Faguet, me prenant à partie, s'exprime ainsi :

« Naturellement, M. Léon Séché est un peu çêné par le : « Je vivrai pour expier » de la dernière lettre de M™'* Charles. Lamartine, dans son Immortalité, l'ayant employé dans le sens i^^énéral, dans le sens philosophique et théoIo;jique (c'est vrai), M. Séché assure que M"" Charles l'emjiloie en sa dernière lettre, en sa lettre de quasi-ag-onie, en sa lettre toute personnelle, exactement dans le même sens. En vérité, c'est de la puérilité. Voyez-vous M""* Charles sur son

(1) Longtemps après, parianl de la profoiulc tristesse dans laquelle lavait plongé la morl de son amie, ilt-crivail : * Ma vie retirée, mon silence enveloppé de rnjstcrc, leur laissaicnl-ils deviner un allachcmenl dont ils (ses parents) ne pouvaient connaître la pureté ?... » {Lamartine par lui-même, p. 81.)

Et dans son «-tiido sur Alfred de Afussel, parue en 1857 dans son Cours familier df littérature, il a dit encore: « J'aimais avec la pure ferveur de l'innijccnce passionnée une personne ançi'liquc d'àmc et de forme, qui me s<"nii>lait descendre du ciel pour m'y faire lèvera jamais les yeux quand elle y remontcrail avant moi... »

(à) Le Temple, — Cf. le Commi-nlaire. — Le 27 mars 1818 il écrivait encore à Aymon de Viricu : « Après ce que j'ai vu d'un ange, ce n'est pas à moi à me plaindre do Dieu ! » (Corr., t. l, p. »go,)

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lit de morte, dans une lettre — vous Tavez lue — où (die ne songe qu'à dire adieu à son ami, ou bien ,si elle doit lui survivre, qu'à lui dire comment désormais elle veut vivre et dans quels raj)ports avec lui, faisant de la [)liilosophie générale et de la théologie! Je ne crois pas devoir insister. M"^*^ Charles se repentant de ses fautes dit : « J'expierai » et voilà tout, et donc c'est qu'elle a quelque chose à expier. »

Je pourrais répondre à M. Emile Faguet qu'il a travesti ma pensée à plaisir, mais comme le lecteur en a fait la remarque avant même que je proleste, je n'insiste pas, moi non plus, et je ne retiens de la phrase de mon honorable contradicteur que le mot de la fin qui vise M'"*^ Giiarles. Certainement elle avait quelque chose à expier. Je n'ai jamais dit le contraire. Mais M. Emile Faguet devrait savoir qu'au regard de la théologie catholique il y a plusieurs manières de commettre une faute. Le catéchisme nous enseigne que l'on peut pécher par pensée, par parole, par action et par omission. M"'*^ Charles avait donc péché par pensée, si elle n'avait pas péché par action. Or, du moment qu'elle avait commis une faute même vénielle contre la foi conjugale, son confesseur n'avait pas manqué de lui dire qu'elle devait en faire pénitence. D'où le mot d'expiation qu'elle a souligné dans sa lettre du lo novembre. Cette interprétation est si vraie que Balzac, qui savait son catéchisme, l'a mise dans la bouche de M""^ de Mortsauf, l'héroïne du Lys dans la Vallée, dont la mort ressemble de si étrange façon à celle de M""^ Charles.

M. Albert Sorel, que je remercie de m'avoir apporté ce nouvel argument à l'appui de ma thèse (i), se de-

(i) Lire dans le Gaulois du 19 décembre igoS, l'article qu'il a consacré à ce livre, sous le titre; le Roman d'Elvive.

ELVini. K^l

mande si Balzac, très informé d'ailleurs par M""" de 13... [erny] du féminisme à la mode vers 181G, n'a point eu sous les yeux, pour exciter sou merveilleux génie de secoutle vue, la lettre de onze [jaj^es de M"*" Charles dont je parle un peu plus loin, et qui, après avoir intriçcué pins d'une grande dame, fut rendue vers i834 à Lamartine, lequel croyait l'avoir brûlée, par le baron Hyde de Neuville. Pour ma part je ne le crois pas, quoique l'hypothèse soit admissible. Je crois plutôt que Lamartine, fra[)pé des analogies et des rencontres surjirenantes que le roman de Balzac ortrait avec le sien propre — car évidemment il avait lu le Lys dans la Vallée — omit volontairement et de propos délibéré, dans la trame de Raphaël^ la lettre de Virieu lui rencontant tous les détails de l'aî^onic de Jidie et la lettre de Julie elle-même où flamboie le mot d'expiation. Car s'il avait publié ces deux documents, la crilicpie en i8Vj n'aurait pas maii(|U(' de dire cpi'il avait pastiché le Lijs dans la Val/rr, paru en \H'.\ô, comme elle lui avait reproché quelques innées avant de s'être souvenu du roman de Voluplr quand il écrivit la scène de la confession qui termine le poème de Jocelijn. Encore avait-il eu la précaution — tout étourdi qu'il était — de conserver ces deux ()ièces précieuses, [)Our nous prouver un jour que la vie réelle est souvent tout aussi romanesque que les [)Ius beaux romans d'imaijination.

On C(jnnaît la femme que Balzac a peinte sous les rails de M""^ de Mortsauf. Elle se nommait M'"^ de Berny, et ceux qui ont lu le Balzac imprimeur^ de M. Gabriel Ilanotaux, savent tout ce que l'illustre romancier lui dut de tendresse et de dévouement. Mais si tout n'est pas vrai dans Map haè'i, il y a encore plus

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d'arrang-ernent et de fiction dans le Lys de la Vallée. Mme (jg Mortsauf avait vingt-huit ans et Félix de Vandenesse, vingt-deux. C'est exactement la différence d'âg-e qu'il y avait entre M^f Charles et Lamartine, mais elle était beaucoup plus grande entre M^^e jg Berny et Honoré de Balzac. 11 avait vingt-trois ans et elle quarante-huit. Elle aurait donc pu être sa mère. Mais ce n'est pas pour cela qu'elle l'appelait son fils et son enfant chéri. Toutes les amoureuses d'alors parlaient, comme dit M. Albert Sorel, « l'insupportable jarg"on des Cliarmettes » . M"^c ^q Mortsauf était aussi « enivrée de maternité », malg-ré les deux enfants qu'elle avait eus de son mari, que M"'*' Charles qui n'en avait pas eu du sien. J'ajoute qu'elles étaient aussi jalouses l'une que l'autre. M^e Charles l'était de Graziella, c'est-à-dire d'une morte. M^^e (le Mortsauf l'était de lady Dudiey qui, elle, n'était que trop vivante. La première mourut de phtisie et l'autre d'inanition. Mais au fond elles moururent toutes deux de chagrin ; de chag-rin d'avoir été trop vertueuses, de chagrin d'avoir sacrifié l'amour, celle-ci à la fidélité conjugale, celle-là au sentiment maternel.

Vous avez entendu le cri de passion jeté par ]\jme Charles dans un moment où elle ne se possédait plus :

— « Je voudrais qu'il me fût permis de vous aimer d'amour et de tous les amours 1... »

Ecoutez maintenant M°»« de Mortsauf :

— Vous souvenez-vous encore aujourd'hui de vos baisers ? Ils ont dominé ma vie, ils ont sillonné mon âme; l'ardeur de votre sang a réveillé l'ardeur du mien ; votre jeunesse a pénétré ma jeunesse, vos désirs sont entrés dans mon cœur... Ah ! si dans ces

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momoiUs où je retlouhlais de froideur, vous m'eussiez prise dans vos bras, je serais morte de botdieur. J'ai parfois désiré de vous quehjue violence, mais la prière chassait promplemenl cetle mauvaise pensée. »

Voilà la faute ! faute pardonnable assurément mais ijui encore une fois doit être expiée au rei^ard de Dieu dans ce nutnde ou dans l'autre.

— a Je vivrai pour expier », s'écrie M'"^ Charles. Dans sa lettre d'adieu à Félix de Vandenesse,

M'"" de Mortsauf ne parle, elle aussi, que d'expiation.

— « J'ai rei^ardé, lui dit-elle, les tourments que m'intlii^eait M. de Mortsauf comme des cvpinlions, et je les endurais avec orgueil pour insulter à mes pen-

lianls coupables... Quant à Madeleine (sa fille) elle se luariera; puissiez-vousunjour lui plaire!.. .En acquérant ainsi le droit de continuer mon œuvre à Clochegourde, vous effacerez des fautes qui n'auront j)as été suffisamment cj-piées, bien que pardounées au ciel et sur la terre, car il est généreux et me pardonnera... J'ai sans doute chancelé souvent, mais je ne suis point tombée, et la plus puissante excuse de mes fautes est dans la grandeur même des séductions qui m'ont environnée. Le Seigneur me verra tout aussi tremblante que si j'avais succombé... »

M. Emile Faguet saisit-il à présent le vrai sens des mots " pour ex[)ier » ([ui, sous la plume de la noble amie de Lamartine, a fait douter de sa vertu ? La lettre d'adieu de M"'*de Mortsaufétant le commentaire naturel et éloquent de celle de M-'" Charles, j'y renvoie tous ceux qui ne seraient pas suffisamment édifiés et je j>asse !...

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Cependant, il manquerait quelque chose à ce plaidoyer, si je n'y ajoutais pas quelques arguments d'ordre religieux et sentimental.

J'ai dit et je répète, parce que j'en suis convaincu, que Lamartine, en conservantquelques lettres de Julie, avait voulu authentiquer dans ses grandes lignes le récit de Raphaël (i). Libre à ceux qui ne croient pas à la chas-

(i) IM. Emile Faguet en doute; qu'il nie dise alors pourquoi, de toutes les lettres de M"^^ Charles, Lamartine n'avait conservé que celles qui contenaient les éléments du drame? Est-ce qne la dernièi'C; par exemple, ne trouve pas sou explication dans celles qui la précèdent? Supposons que Lamartine ait détruit celles-là : le roman de Ihiphaël perdait son caraclcre d'autobioçraphie, et Julie était déshonorée du même coup.

Quand on lit avec attention le roman àc Raphaël . on s'aperçoit, d'ailleurs, qu il n'est pas aussi romanesque qu'il en a l'air.

Lamartine a dit un jour [a] qu'il était à moitié vrai, à moitié faux. Si nous ne pouvons pas encore faire la part exacte de « l'hypocrisie du monde » (jui l'empêcha de dire toute la vérité, nous savons toujours que, dans la reconstitution des scènes de passion, il a utilisé la correspondance de Julie. Si l'on se transporte aux derniers paraqTaphes de BajjluiL'l, notamment au paragra[jhe CI, on verra que, dans la lettre d'adieu de Julie, il a reproduit textuellement quelques-unes des expressions de sa lettre du lo novembre que nous publions plus haut.

A quelle époque et dans quelles circonstances avait-il brûlé les autres? Nous avons quelque raison de croire que ce fut au moment de son mariage. Cependant une de celles qu'il avait vouées au feu y échappa assez mystérieusement et tomba plus mystérieusement encore entre les mains du baron Hyde de Neuville, qui la lui rendit de la façon délicate qu'on va lire :

« Une question politique que M. de Lamartine avait comprise autrement que moi, dit le baron H3'de de Neuville, me donna l'occasion de lui écrire vers i834. Je la saisis avec empressement, ayant depuis longtemps lapensécd'un devoir à remplir près de lui. Le post-scriptum était bien, par le fait, le sujet direct de ma missive. Le voici :

« Voilà, INIonsieur, une bien longue lettre pour arriver à vous dire que j'en ai une beaucoup plus longue et d'un tout autre intérêt à vous remettre si, comme tout me porte à le croire, elle était pour vous. Cette lettre de onze pages est d'une femme dont l'âme était pleine de feu et d'amour. Je crois qu'elle n'existe plus ; sans la connaître, j'ai voulu lui rendre un service et j'ai gardé cette lettre, arrivée jusqu'à moi à mon

(o) Cf. son Entretien delittéralure sur Balzac.

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trié do CCI laines liaisons amoureuses, de soutenir nial- ::rô tout (jue celle qui nous occupe ne fut pas sans tache. Il est deux choses pourtant qu'on ne me fera jamais M-ceptcr : la première, c'est que le confesseur de Julie, iti moment qu'elle faisait sa paix avec Dieu, ne lui ait pas imposé le devoir et la pénitence de rompre entièiL'ment avec Lamartine si elle avait eu quelque faiblesse se reprocher (i); la seconde, c'est que Lamartine, dont

tour d'AnnTii]iie d'une manière assez bizarre. Je ne vous dirai point

i elle m'a l'té remise, cl comnicnl, ci- que je ne sais pas, elle était

> mains de la personne qui a bien voulu me la laisser, l'e qu'il

. . - moi, le voici : J'ai lu, j'ai parcouru celle lettre ; j'ai vu (|u'ellc

était d'uuo femme de société. J"ai eu l'idée de la lui rendre pour la tirer

Î cul-être d'une inquiétu'fe ; j'ai obtenu que cette- lettre fût confiée à ma isrrétion. Je n'ai pu d'abord découvrir dcqui elle était, à qui elle allait. L'ue femme que nous aimions, vous et moi, et qui n'est plus (a), m'a mis •^ar la voie, et j'ai retiré la lettre d'une masse de vieux papiers laissés â la campagne, pour vous la rendre, si c'est à vous qu'elle est adressée.

<< .M. de Lamartine me répondit :

" La main qui a écrit ces lignes est depuis longtemps en poussière, el IVime Ci'-lesle qui lésa inspirces et senties est dans une région où rien dans ce bas monde ne peut l'atteindre, liors le souvenir et le culte de celui qu'elle a aiini'. L'ne partie de vos craintes obligeantes est donc sans objet, mais je n«- suis pas moins pénétré de reconnaissance et de sensibili(<- pour l'intention qui vous les a inspirées et pour l'inappréciable p: m'avez restitué dans ces papes. Je ne puis comprendre

c î été" dérobées et recueillies parmi un grand nombre de

kli. • main (jue j'ai sacrilii'es à des devoirs de prudence et

que je croyais anéanties.

€ Si. par la môme personne qui s'en est dessaisie, vous pouviez en obtenir d'autres encore ou des objets ipielconques ayant appartenu à cet antre, soyez as.'iez bon pour le faire sans dire pouri{uoi, ni pour qui. P!,w 1.^ .'it|.es s'accumulent, plus les reliques de l'amour cl du bonheur p .inenl d'un prix meslimable.

.Monsieur le baron, avec une vive reconnaissance, l'expreskiou de UK'S heiitiments les plus dévoués. » « Lamartine. »

Cet échange de lettres fut le point de départ d'une longue amitié.

Le 7 mars ii<^~, Lamartine écrivait au baron Hyde de Neuville, qui lui avait recominandi- de vieux prêtres polonais exilés, envoyés à Sancerre par le gfiuverncmenl :

• L'n mol d<' vous sera toujours un titre pour moi.. . »

(Mvninireset Souvenirs du baron Ilijde </«? Xcuvillr, I. III, p. Sso-.'iaa.)

(i) M. Kmile Faguet n'est pas encore de mon opinion sur ce point tont particulièrement délicat, u II ne me paraît [)as excessif, ccrit-d, de

(«I Ce devait Mrc .M»« de .M'>n(c<I(ii, morte «lu cbolërn en Is.'JS.

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on connaît la noblesse et la hauteur d'àme, ait donné le nom de Julie à sa tille, si Julie Bouchauddes Héretles ne l'avait pas aimé d'amour pur (i). C'eût été prolonger d'une manière indécente le souvenir malsain d'un

permettre à une femme qui se repent, dont le repentir est certain, dont la résolution est ferme, et ajoutons, hrlas! dont la mort est proche, de s'arrêter à 1 idée de conserver comme ami l'objet de ses anciennes faiblesses. Cela me paraît de la charité. Le contraire me paraîtrait dur. -Mais M. Léon Séché est janséniste, et moi je ne suis qu'un pécheur. Cela fait de i^^randes diffcrenccs... »

Je ne sais pas si je suis janséniste en raisonnant comme je le fais, mais là encore je me suis rencontré sans m'en douter avec Balzac, qui n'était pas janséniste, que je sache. J'ouvre le Lys dans lu Vallée et je lis dans l'admirable lettre d'adieu de M^^de Mortsauf àFéii.x de Vandenesse :

« l.a certitude qu'eut M. de la Berge (son confesseur) de la mort que me causerait votre éloiçnement le toucha beaucoup, car il lisait dans mon âme. Il juçea ([ue j'étais nécessaire à mes enfants, au comte : il ne m'ordonna point de vous fermer l'entrée de ma maison, car je lui promis de rester pure d'action et de pensée. «La pensée est involontaire, me dit-il, mais elle peut être cardée au milieu des supplices. — Si je pense, lui répondis-je, tout sera perdu ; sauvez-moi de moi-même. Faites qu'il demeure près de moi, et que je reste pure ! » Le bon vieillard, quoii]ue bien sévère, fut alors indul^'ent à tant de bonne foi.c Vous pouvez l'aimer comme on aime un fils, en lui destinant AOlrc fille, me dit-i!. »

Là-dessus j'entends M. Emile Façuet s'écrier : « Vous voyez donc bien ! » — A quoi je lui répondrai sans crainte de me tromper: « Si lé confesseur de M™" de Mortsauf, qui savait quelle n'avait péché que par pensée, hésitait à laisser entrer Félix de Vandenesse dans sa chambre et mettait la condition qu'on vient de lire à son commerce futur avec lui, il est bien évident qu'il lui eùtimposéle devoir de rompre entièrement avec lui, si elle lui avait appartenu tout à fait. L'Esçlise avec raison a toujours re£;-ardé ladullcre comme un crime et le prêtre qui. après en avoir reçu l'aveu, permettrait à sa pénitente de revoir son complice, ne ferait pas autre chose que le jeu du diable. »

C'est ce que me disait naguère un vénérable ecclésiastique que j'avais consulté sur ce point.

(i) Et qu'on ne dise pas que, lorsqu'il baptisa ainsi sa fille, sa femme ignorait la passion que Julie lui avait inspirée. M. Doumic a publié, dans la Revue des Deux-Mondes du i5 août igo5, sans prendre garde qu'elles achevaient de ruiner sa thèse, des lettres de Lamartine à sa fiancée d'oii il resuite que, contrairement à l'assertion de leur éditeur, il avait tenu à bien persuader M"' Birch « que l'héro'ine du Lac n'avait été pour lui qu'une amante idéale ».

« // esl bien vrai, lui écrivait-il un jour, pour se justifier à ses yeux des accusations de légèreté, voire d'immoralité portées contre lui, (7 est bien vrai que j'ai aimé une fois dans ma vie et que j'ai perdu par la mort l'objet de cet amour unique et constant; depuis ce temps, j'ai vécu dans la plus parfaite indifférence jusqu'au moment oii je vous

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.ïinour adultère. Non! quand il donna ce nom chéri à la grarieuse enfanl qui devait le porter si peu de temps, hélas! il cédait tout sim[)leinent à un sentiment le reconnaissance, car, si, ^( jusqu'à iu'nfff-srpi ans(i), •omme il s'en accusait un jour à Victor Hui^o, sa vie avait étt' un tissu de fautes et de déverçondatje (2) », elle était devenue sérieuse et rang-ée à dater de sa liaison avec Julie, et depuis qu'il l'avait perdue, il avait lohevé de se purifier dans, les larmes.

» Trop heureux les hommes qui trouvent à l'entrée de leur carrière un guide semblable à celui que vous voulez donner à monsieur votre frère ! écrivait-il, le -i\ décembre 18 18, à M"" de Canong-e. Hélas! j'ai connu ce bonheur et le Ciel me l'a enlevé pour jamais. Je ne l*en apprécie que mieux pour les autres (S).» Julie, de son propre aveu, avait donc été, de son vivant,un guide moral pour lui (A). Morte, elle continua

ai connue, et je n'aimerai jamais ailleurs si je sais assez heureux pour que votre aeur réponde au mien. )>

Au surplus, à qui fera-l-on croire (jue, si sa liaison avec Julie n'avait pas eic purement platonique, Lamartine aurait eu l'impudeur d'en entretenir, dans les termes qu'on a lus, une jeune fille comme M"" de Canons^e ?

M. Doumic prétend qu'à l'époque de son mariaçe, « époque voisine des faits et toute chaude encore d'une émotion récente », Lamartine ne songeait pas à établir que cet amour n'avait rien eu d'impur. « C'est beaucoup plus tard, ajoule-t-il, qu'il s'avisera de cet artilicc. » — Autant de muls, autant d'erreurs! les Méditations et la Correspondance du poète donnent un démenti formel à cette assertion.

(i) Lamartine, étant né le ii octobre 1790, allait donc entrer dans sa vinçt-septièmc année quand il rencontra Julie.

(a) Lettrtr du 23 décembre 1824 publiée par la Revue de Paris du i5 avril Kto/j.

(3) Corresp. de Lamartine, t. I, p. 364.

U\ J en trouve une preuve nouvelle dans la lettre suivante que M. de Bonald adressait à M"" de Sèze le 10 avril 1820 :

"...l'eut-on encore parler littérature !... Un jeune poète que je connais beaucoup i-t que j'ai même retiré de la poi'sic éroticiue, du i^enre cependant le plus ai,'réablc et le plus décent, ri que j'ai dirigé vers un genre plus noble, plus élevé, plus utile, M. de la Martine [sic) a donné un recueil, un petit volume de « Médilatiom poétiques » qui ont eu un suc-

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