‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 25 sur 89 · I.tS M)LlU.tï< 1.1 1 l I.KAlIll.b DtS .1 Ml.On ATIUNS " l8l · texte numérisé non relu

I.tS M)LlU.tï< 1.1 1 l I.KAlIll.b DtS .1 Ml.On ATIUNS " l8l

se re^MrJait lui-même quauJ il s'exprimait de la

Ollivicr, <]ui préside actucllcmeiil la sociclt- (jiii exploite ses œuvres, a réfuté victorieusement celte assertion en publiant le tableau comparatif de leur rondement depuis i80y (année de sa mort) jusqu'à i8()5 («|. H résulte, en etTel. de ce tableau que, dans cet espace de temps, il a élivendu 7J.a5i exemplaires des premières et des secondes Médilations, 64.751 de Jocelyn, loG.aôi de Grnziella, et Sj.aôi de Rapliucl. Pour un auteur «ju'on ne lit plus, avouez que ce résultat est assez apjjréciable. N'en déplaise à M. Rosières, on n'a jamais cessé de lire Lamartine. Les femmes, qui constituent sa principale clicntole, l'ont un peu néi^'li^idurant la période dite naturaliste. Fendant quelques années, A'ona til une concurrence sérieuse à Elvire, mais celte voijue uialsaine dura peu, et les femmes, qui sont avant tout des idéalistes, retournèrent à leurs amours d'antao, cesl-à-direaux Méditations, à Graziella, à /iaphaël .Le mouvement de curiosité et de protestation qui s'est produit naguère à la suite de la publication des lettres d'Elvire prouve que Lamartine a toujours l'oreille des femmes.

Voilà qui donne un démenti formel à M. Rosières. Quant à son autre assertion, (jne Lamartine n'a apporté au monde aucune pensée nouvelle et n'a fait entendre que des citants déjà entendus, elle ne vaut pas la peine qu'on la réfute. En admettant mémo que le premier succès de Lamartine n'ait été qu'une atValre de mode, (ju'un eni^ouement des salons mondains de la Restauration, on ne saurait s'expliquer (]u'il ait duré si longtemps, qu'il dure encore, si vraiment la poésie des Méditations et des llarinonies ne répondait [)as à certaines aspirations, à un besoin naturel de l'âme, si, comme fond et comme forme, elle n'avait eu, en i8ao, un charme nouveau. Or, à moins d'être aveui^le et plus sourd que les sourds de naissance, il est impossible de nier que Lamartine apporta à la poésie fram^aise une note nouvelle, qu'en chantant l'amour idi-al et platonique sur un mode rcliiifieux il fit pour elle ce que Pétrarque avait fait pour la poésie italienne avec ses Sonnets ci sts Triui/iji/ies dvi'ainour et de la mort. Encore — j'en demande pardon aux Italiens — y a-t-il pour moi plus de variété, plus d'élévation relii^ieuse, plus de charme

Esthétique dans les Méditations qim dans le Cancanière. Mais i|uand ien même ils seraient aussi monocordes l'un que l'autre, Lamartine et Pélran|ue ont certainement fait entendre à leurs contemporains « des accents inconnus à la terre ■>. Ce sont deux voix du ciel (|ui se répondent comme deux échos à travei's les siècles. On peut leur préférer uniautre musicpie, mais il n'y en a jiasde plus ethé-rée, de plus divine, et tant que le ro!>si;^nol à ijui l'on pjeul reprocher comme à eux de se répéter toujours, tant que le rossiçnol charmera le cœur et l'oreille, Pétrarque et Lamarlme auront leurs admirateurs et leurs dévots.

Ou'importe à présent — et ici j'entre dans le détail à la suite de M Rosières, et je réponds du même coup à tous ceux qui emploient son procédé critique — quimporlc que les plus belles pièces des Méditations contiennent |)his ou moins de ri-miniscences, que, |iar exemple, y Hymne au Soleil soit imité de Léonard que, dans l'Isolement, il y ait à la fois des moitiés de vers du même Léonard et des bouts de phrase de La

(a) Cf. Valf.ntine de Lamartine , j>ar Mariu-Tliérèse Ollivier, p. 171,

sorte. Et, en effet, il y a des natures d'élite qui ne pourraient se développer et s'épanouir dans l'atmosphère lourde et malsaine des casernes universitaires (i). « Il faut sortir de nos rhétoriques pour voir le vrai en poésie », disait un jour Lamartine à Aymon de Virieu (2). Quoi qu'il eût passé sous la férule d'hommes qui mettent au-dessus de tout les principes et la règle, il nous donne l'impression très vive d'un esprit qui a été formé en liberté (3). D'abord

Harpe et de Chateaubriand ; que le Vallon soit inspiré du Retour à la soliluc/e, de Lebrun ; que l'Homme, l'Immortalité, la Providence à l'homme, VOde aiiœ Français, la Foi, Dieu, renferment des passages qu'on dirait empruntés au Génie du Clirislirmisme,3iu Vicaire suL'oi/ard, aux Etudes de la nature, de Bernardin de Saint-Pierre, à f Incrédulité, de Soumet, à l'Essai sur l'homme, de Pope, au Génie de l'homme, de Chènedollé, à qui et à quoi encore?... que le Lac, qui est de 1817, contienne une strophe ou deux prises au Golfe de Naples, de Pierre Lebrun, qui est de 1818! qu'on y trouve un hémistiche de Thomas : <- G Temps, suspends ton vol 1 » et un hémistiche de Quinault : « Le flot fut attentif! » etc., etc. Rien de tout cela ne saurait m'émouvoir ni même me surprendre, et il ne faut pas avoir pour deux liards d'esprit critique pour attacherplus d'importance qu'elles n'en ont à ces pirateries involontaires de la mémoire, car, depuis que le monde est monde, j'entends depuis que les littératures existent, ces sortes de pirateries ont été pratiquées partout. Pendant qu'il y était, M. Raoul Rosières aurait bien fait de nous dire ce que Léonard, Chateaubriand, La Harpe, Rousseau, Bernardin de Saint Pierre, Pope, Chènedollé, Thomas et Quinault avaient emprunté aux autres. Cela ne les empêche pas d'ailleurs d'être ce qu'ils sont. Virgile aussi a imité Homère. S ensuit-il qu'il n'ait pas sa valeur propre et qu'il soit sans originalité et sans caractère? Tout le monde s'accorde, au contraire, à reconnaître qu'il a plus d'âme qu'aucun autre. Eh bien, c'est par l'àme aussi et par la musique de l'âme que vaut surtout la poésie de Lamartine Je plains ceux qui ne le sentent pas.

(i) Lamartine non plus n'aimait pas l'Université et fut un des premiers à la battre en brèche au nom de la liberté de l'enseignement. (Cf. la France parlementaire, t. III, p. 465 et suiv.) Parlant un jour de Fontanes et des circonstances dans lesquelles il l'avait entendu la première fois, il disait : « Je vois un sros homme, carré comme un Limousin, se lever et réciter f/'u«e voi.v universitaire les strophes suivantes :

Le Tasse errant de ville en ville, etc. (Souvenirs et portraits, t. III.)

{2) Corresp., t. II, p. 96,

(3) Il est vrai qu'après sa sortie du collège de Bellej' il vécut pendant des années au grand air, libre de ses mouvements comme de la direction de son esprit.

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il c<>iiii>rt'ml tout, même les choses qui échappent d'ordinaire à l'entende ment des poètes. Il n'a aucun préjugé de caste ou de secte, aucune morg-ue, aucune de ces haines étroites et basses, filles de la peur, de la jalousie, de la rancune, qui, à de certains moments, arment les citoyens d'une même nation, d'une môme commune, les uns contre les autres. A l'exemple de son divin Maître, il semble n'être venu au monde que pour prêcher la paix et l'amour aux hommes. Son verbe, un des plus nobles, des plus purs, des plus harmonieux qui soient tombés d'une bouche humaine, éclaire, embrase, embellit tout, comme le soleil qui luit dans les cieux, et soulève les âmes les moins sensibles.Il a beau avoir été élevé par les Jésuites, il estime, il admire tout autant que qui que ce soit leur plus redoutable adversaire. Jeune, il se délectait avec \a I/enriat/r,Mc'rojje et les poésies badines de Voltaire; vieux, c'était avec sa correspondance. Si la Bible qui fut sa première lecture lui avait fait une imagination orientale (i); si Bossuet lui avait donné le sens du mouvement, de la période, de la j)ompe oratoire, Fénelon et Racine, celui de la douceur et de l'eurythmie, Voltairelui avait donné le sentiment et le goût de la clarté. Il est clair en vers comme en prose, et reste clair jusque dans ses démonstrations métaj)hysiques. Sous ce rap[)ort, il est bien le fils du dix-huitième siècle (2).

(i) « Je suis n<' oriental et je mourrai tel, a-l-il dit dans le commentaire de la Médilation du Passé. La solitude, le désert, la mer, les moutatrnes, les chevaux, la conversation intérieure avec la nature, une femme à adorer, un ami à entretenir, de lon^fucs nonchalances de corps pleines d'ins|)irations d esprit, puis de violentes et aventureuses périodes d'action comme celles des Ottomans ou des Arahes, c'était là mon être : une vie tour a tour [>oétii|uc, relii^ieuse, héroupie ou rien* ■•

(2) Il l'est encore par certaines strophes en vers de huit pieds, d'uae

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Avait-il lu les poètes du seizième? J'en doute, quoiqu'il fasse songer plus d'une fois à Joachim du Bellay, qui fut à l'uurore de la Renaissance ce qu'il a été luimême au début de la Restauration, l'annonciateur de la poésie nouvelle. On a rapproché certains vers des Méditations de ceux de iOlive (i). Le rapprochement s'imposait, en effet, mais il ne signifie qu'une chose à mes yeux, c'est que Joachim et Lamartine s'étaient tous deux nourris de Pétrarque et des poètes italiens de son école et qu'ils avaient à. peu près le même tempérament, la même nature. Voyez plutôt : « J'étais, dit Lamartine, et je suis resté toute ma vie un amateur de poésie plus qu'un poète de métier (2). »

En disant cela, il ne ment pas, il ne cherche pas à nous en faire accroire. Il ne fut, en réalité, qu'un improvisateur ou, pour employer une de ses images préférées, qu'une harpe éolienne qui frémissait aux moindres brises. Si nous ouvrons sa Correspondance, nous voyons qu'il rimait uniquement pourse distraire, pour passer le temps — ce qui est le fait d'un amateur. Ses Méditations, qui devaient lui ouvrir la carrière diplomatique, n'étaient pas imprimées, qu'il regrettait de les avoir livrées à la publicité, bien

tournure madrigjalesque ou précieuse, souvenir involontaire et comme inconscient des petits poètes badins de la fia du règne de Louis XV. (i) Notamment cette strophe de l'Isolement :

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire;

Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,

Et ce bien idéal que toute âme désire,

Et qui n'a pas de nom au terresire séjour, qui semble inspirée du sonnet CXIII de l'Olive :

Là est le bien que tout esprit désire,

Là, le repos où tout le monde aspire,

Là est l'amour, là le plaisir encore.

(2) Cf. les secondes Méditations. Commentaire des Adieux à la poésie.

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