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se voit at■tli^•é il'uiie niaiserie si ilagraiile, d'une candeur d'inlriycue si l)èle ! On n'est jamais sûr, disait l'autn' jiMir l\oycr-('()ilard, (jue lorsqn'on vient d'entendre de lui [\n niatjnifiijue discours presque sublime, en le rencontrant dans les couloirs de la Chambre et en le félicitant, il ne vous réponde à l'oreille : a Cela n'est pas étonnant, voyez-vous, car, entre nous,jesuis le Père éternel. »
Le 1 1 février i8/t3 :
« Le lendemain de son discours, M">® Sand avait écrit une grande lettre de félicitations à la suite de laquelle Lamartine l'était allé voir. Il l'a trouvée à 5 heures du soir encore couchée; elle s'est levée pour lui, a paru en espèce de sarrau un peu ouvert ; on a fait ap[)orler des cigares et l'on a causé politique et lunnanilé. C'est la première fois que ces deux grands énies causaient face à face. Jusque-là, George Sand avait tout l'air de le mépriser un peu. Quinet aussi a écrit à Lamartine pour le féliciter. Tout cela n'empêche pas qu'il soit fou et qui pis est un peu andjitieux. -Mais le monde est grand et les goûts sontdilférents. » De là à partager l'avis de Chateaubriand, que le grand poète n'était (ju'un r/rand dadais, il Wy avait qu'un pas(i;.Il le franchit sans hésiter, en i8/j (S, quand il le vil aux prises avec l'insurrection. On a dit qu'il n'avait pas le sens du chevaleiesque; il est certain qu'il ne se douta pas sur le moment du courage que Lamartine dut déployer pour forcer les émeutiers à lever la crosse en l'air devant le drapeau tricolore.
« Il y a encore de la poésie dans les choses, écrivait-il à Juste Olivier, le 17 avril i.S'jS. hnagincz-vous
(i) Cf. Chateaubriand tt sun groupe lilléraire, appendice.
qu'hier en vous quittant, après être allé faire une petite visite près de la place de la Bastille, je rabattais du côté de l'Hôtel de Ville, oubliant que le passage devait être encombré. Après avoir essayédepousserjusqu'au pont d'Arcole et avoir perdu une demi-heure dans la foule, vers 6 h. 1/2, je rebroussai du côté de l'église Saint-Gervais pour tourner derrière l'Hôtel de Ville et arriver chez moi par ce circuit. Je pris une ruelle qui longe la nef et le chevet de Saint-Gervais : deux hommes faisaient comme moi et marchaient devant moi. L'un d'eux se retourna, c'était Lamartine. Il sortait de l'Hôtel de Ville par une petite porte et se dérobait à son triomphe pour rentrer chez lui et rassurer sa femme. Je l'ai conduit jusqu'à une place de voitures, près l'imprimerie royale. Dans ces cinq minutes je lui ai dità brûle-pourpoint tout ce qu'on pouvait trouver de plus énergique sur la situation, la nécessité de nous en tirer, de prendre sur soi, et qu'on aurait une force encore plus grande qu'on pouvait soupçonner, en faisant appel à la population sur ce point d'ordre et de vraie liberté : Je vous conterai ce qu'il m'a dit de très significatif. Il était au reste dans un grand contentement de cette manifestation qui passait les espérances (1). »
Un mois plus tard, le i5 mai, quelques minutes avant que la Chambre fût envahie, une bande d'individus demandait à grands cris qu'on lui ouvrît la grille qui ferme l'entrée du palais de côté du pont. Lamartine vint haranguer cette multitude, escorté de Marie et d'Hetzel. «J'étais derrière la grille, raconte Auguste Barbier, au nombre des gardes nationaux qui station-
(1) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et jV™'^ Juste Olivier.
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naieiil sur ItMrolloir. A peine eut-il jirononcé(jueI(|ues paroles(ju'oncouvritsa voix sous les huées et les injures, et une bande s'écria: « Assec de blagues comme cela, nous rti'ii voulons plus!... » Un quart d'iieure après la Cyrille était forcée... » El Barbier d'ajouter : « Ce mot l>laffuen\es[ toujours resté dans la mémoire. Quel triste paiement de ses elforls pour établir la l\épublique, et (jucl aimable salaire du li\Te des Girondins! O popularité (i) ! »
A la bonne heure! Voilà au moins un cri qui honore celui qui l'a poussé! Ce n'est pas le seul que la ruine et l'abandon de Lamartine ait arraché au poète de VI' dolc et de la (hirée. Onani à Sainte-Beuve, cette ruine et cet abandon ne lui inspirèrent aucune jjitié (2). Que dis-je? il profita de la publication des Confidences pour donner au glorieux vaincu de i848 le coup de pied de l'àne (3).
(\) Souvenirs d'Auguste Barbier, p. 277.
(3) On lit dans sps Cahiers, p. io3 : « i!\ juin. Horrible jonrnée. Lamartine et ses collèç^nes abdi(|iieut; ils ont réçné par l'anarchie; ils !■ cjuent la a;uerre civile à la diclaliirc. Ce réy;iine Lamartine, inaltéré quelques beaux jours, sera aussi méprisé dnns l'histoire que le ministère Lafjîtte. Tout ce qu'a t'ait Lamartine depuis le lendemain de la journée du lO avril est ce qui a amené ce (pie nous voyons. »
(3 II Dc fut pas le seul. Ouehiues années après, Ulric Gultinjjuer l'ou- (ras^eait à son tour dans un article de la Gncelte de /'>«/iep, oubliant les beaux vers qu'il lui avait dédiés, en i830, après une lecture de Jocelyn (1). En ce temps-là, comme il ne parlag'cait pas ses idées sur la peine de mort, Guttuijçuer l'appelait :
Apoire libéral d'inique tolérance!
et lui disait :
Homme d'illusion, je l'aime et je t'admire! En i858, il l'accusait durement de n'avoir pas sauvé la France en faisant un coup d'Etat. El comme Lamartine lui reprochait de manquer de générosité et d'opportunité en l'accusant devant ses ennemis de sa seule faute morale eu politique; comme il lui disait : " Que savez-vous si cette fortune n'est pas pour quelques centimes dans la votre et si cette ■ ie n'est pas pour quel |ues gouttes de san^; datis vos veines? j), Gultin- ^ucr lui ripostait : u Cette fortune, ce sanij ([ui vous doivent peut-être
(1) Lire cette pièce daus les Deux ni/es du poêle.
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Un autre que Lamartine eût tiré veng-eance à la première occasion de celle làchelé et de celte ingratitude, mais si la veng-ea-ncc esl le plaisir des dieux, elle ne fut jamais le sien. On aurait tordu, suivant son expression, son cœur comme une éponge, sans qu'une goutte de haine ou même de fiel tombât sur aucun nom vivant.
Il avait foi dans la justice de l'hisloire et s'en remettait à elle du soin de le venger un jour de ses insulteurs. Quelques années après, le nom de Sainte-Beuve s'étant présenté sous sa plume, il se contenta de lui consacrer les lignes suivantes : « Le sauvage Sainte- Beuve écrit, dans une retraite de faubourg qu'il a fermée jeune sur lui, des critiques quelquefois amères d'humeur, toujours étincelantes de bile, splendida bilis (Horace) ; il étudie l'envers des événements et des hommes, en se moquant souvent de l'endroit, et il n'a pas toujours tort, car dans la vie humaine l'endroit est le côté des hommes, ['envers est le côté de Dieu (i). »
Un peu plus tard encore, comme il passait en revue dans une Nuit de souvenirs les hommes de son temps qu'il avait personnellement connus et qui, par l'intelligence, la grandeur de l'esprit ou la supériorité du talent, composaient l'élite du siècle, il s'arrêta devant le nom de Sainte-Beuve et laissa tomber de sa plume la page émue, éloquente et fine que voici:
« Il y eut en ce temps-là un poète que j'aimai, qui
quelques centimes cl quelques gouttes, suivant vous, ont été bien blessés, bien altérés par votre faute unique, mais immense ei terrible, voilà ce qui est bien certain et ce que je sens tous les jours et ce qui m'empêche d'être aussi reconnaissant que je devrais l'être peut-être et de vous admirer de n'avoir pas été un monstre. » (Lettres inédiles.)
(i) Souvenirs et portraits, t. II, p. 227, article sur M'"^ Récamier,