‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 72 sur 89 · LETTRES DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

LETTRES DE LAMARTINE

Aix, 1.3 juillet iSsS.

C'est une ^Taie joie pour moi toutes les fois que j'entends prononcer votre nom ! Aussi tout ce qui vient à ce titre sera reçu avec autant de plaisir que d'empressement. Ce nom me rappelle nos jours de Paris, nos longues promenades, nos conversations si pleines d'avenir, nos vers, nos enthousiasmes, La Roche-Guyon, etc., etc., et par-dessus tout un homme que j'ai aimé, admiré, que j'aimerai, que j'admirerai toujours, un de ces caractères et de ces esprits d'or pur qu'on retrouve si rarement sans alliage ! Jugez si votre souvenir s'est elïacé !

... Je désirerais bien pouvoir aller par Grenoble, je ferai tout ce que je pourrai. Mais je crains que des arrangements préalables pris par ma femme ne s'y opposent pour cette fois. Cependant je n'en veux perdre l'espoir qu'au dernier moment. Mais si je ne le puis pas, qui pourrait vous empêcher vous-même pendant vos vacances de venir de chez Madame votre sœur passer huit ou dix jours avec nous, dans notre solitude de Saint-Point? Vous seriez reçu rustiquement, mais vous seriez sûr de nous faire un des plus vifs plaisirs que je puisse éprouver : ce ne sont point de vaines paroles. Pensez-y et venez.

Vous me parlez de vers, et je n'y pense plus qu'avec crainte et dégoût. Je ne les~aime qu'en me reportant dans le passé quand nous les rêvions ensemble. Ils sont devenus pour moi une ennuyeuse réalité. Mais vous? Est-il possible que votre verve se soit tarie à volonté? Je ne le crois pas et je m'en félicite; on me dit toujours;: Corrigez! et je vous dis : Ne corrigez plus! mais faites : vous avez un véritable talent et j'ai vu de vous des morceaux trop enchanteurs pour renoncer à en voir encore et à ce que 'cejplaisir soit partagé tôt ou tard par les gens qui ont des oreilles...

Adieu, à revoir ou bientôt, au mois de septembre. Je ne veux pas renoncer à mon idée : faites mes compliments à un charmant jeune homme que je vous félicite d'avoir recruté et avec qui je crois que vous vous lierez avec plaisir. C'est M. (Albert) Dubois

que j'ai connu à Paris et que je reverrai, j'espère, en allant vous voir.

Voire ami de tout temps.

AL, DE L.VSIARTINE.

Si je n'avais pas la fièvre tierce, je crois que je vous aurais écrit en vers, tant voire nom est poétique pour moi.

Màcon, 36 décembre /82g.

Mon cher Hocher, soyez mille l'ois remercié pour votre bonne lettre; jamais je n'eus un éiral besoin de consolations. Jamais je ne les sentis mieux. Je suis dans l'abîme de la douleur et il n'y a pas d'espoir : on retrouve ou l'on peut retrouver tout dans ce bas monde excepté une mère et une mère pareille (1).

Je suis accablé de tous les pays de demandes de recommandation pour vous (2). J'en reçus huit hier. J'en ai éludé sept. Mais en voici une d'un voisin, d'un ami de la famille que je vous soumets. Elle vous sera remise par son fils qu'il désire faire auditeur ou employer au ministère. On dit le jeune homme excellent sujet. La famille est des premières et des plus influentes en richesse et du pays. C'est .M. Siraudin. Faites-donc pour lui en sûreté de conscience ce que vos combinaisons vous permettraient. Mais ne me répondez pas. Vous avez autre chose à faire. Je ne veux pas vous dérober une minute par sollicitations, mais tant que vous pourrez par amilié quand je serai à Paris.

J'y serai en mars et a\Til avec ma femme. Je termine ici de douloureux devoirs et d'ennuyeuses afl'aircs. Puis j'irai vous faire mon discours qui ne sera pas séditieux {'.i). Si vous avez occasion de cHre un mot pour moi assez fort à M. de Polia^nac, dites-le. Je tiens maintenant à m'éloisfner pour plus d'une raison. Il m'a parlé de la Grèce où je pourrais être envoyé comme charî^é d'affaires résident. f>la réunirait tout pour moi : diplomatie, poésie, Orient, climat ft inliTèl polili'|ue. Adieu.

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