Sainte-T'cuve, Chateaubriand , t. II, p
semble moins à Ja vie précise et coordonnée d t n homme public, d'un chef d'un parti, que cette existence flottante et complaisamment livrée à tous les souflles... ^ », alors nous demandons à distinguer.
Chef de parti, certes, il ne l'était point, — pas plus qu'en littérature il n'avait été chef d'école, ni n'avait voulu l'être; — reste à savoir si l'on ne peut concevoir d'autre idéal pour un homme public que celui d'homme de parti.
Que l'on dénie à Lamartine, ainsi qu'à Mirabeau, comme le faisait M. Guizot-, le titre d'homme d'État, soit! — et, par ce mot, j'entends non seulemen l'action incessante et minutieuse, le goût et l'intelligence des médiocres affaires aussi bien que des grandes, le maniement des hommes, avec toutes les facultés objectives que suppose un tel rôle, — sortir de soi-même, se prêter aux autres pour les diriger; — oui, je veux bien qu'il n'ait pas eu ces qualités de conducteur de nation, ni même de chef de parti. Homme d'État, non; mais homme politique, oui.
Et était-ce, comme l'a dit M. Scherer, parce qu'il voulait le pouvoir pour réaliser ses idées? « On en pensera ce qu'on voudra, dit-il, j'estime que Lamartine était un homme politique... Pour le véritable homme politique, les plus beaux discours, les plus savantes manœuvres, les programmes mêmes
ne sont que des moyens : c'est au pouvoir qu'il tend, parce que le pouvoir, c'est le gouvernement, la direction des destinées du pays, et que, dans cet ordre, il n'y a que cela de réel... * »
Assurément, la conquête du pouvoir est un des objets que peut se proposer le politique ; la volonté de gouverner est un des signes auxquels on le reconnaît ; mais ce n'est pas le seul : on n'est pas nécessairement un politique parce qu'on veut le pouvoir ; toutes sortes de gens qui le désirent , et qui y arrivent, ne sont pas pour cela des politiques. Exercer une grande action sur l'opinion, sur les événements, même en dehors du gouvernement régulier; sentir juste les mouvements et les aspirations populaires, les grands courants historiques; prédire les conséquences les plus lointaines d'une mesure ou d'une loi; juger les événements contemporains avec autant de sûreté et d'ampleur synthétique que l'historien dans la postérité : tout cela, n'est-ce pas encore le politique ?
M.Guizot lui-même enfin a dit dans ses Mémoires :
Je trouve que même les amis de M. de Lamartine ne lui rendent pas pleine justice comme orateur et écrivain politique ; c'est comme poète qu'il est entré dans le monde, et qu'il a pris, à bon droit, possession de ladmiration publique ; beaucoup de gens, sincèrement