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DÉBUTS PARLEMENTAIRES. — FORMATION

DE l'orateur (1834-183o)

Quelles étaient ses idées, qael était son état d'esprit au moment où il arrivait à la Chambre?

Par son père, il tenait à la monarchie légitime; par sa mère , à la maison d'Orléans. La royauté de droit divin s'était tuée : il s'agissait de faire vivre la monarchie nouvelle, issue du droit populaire, en gouvernant au profit du peuple qui avait fait la révolution. Ainsi ses idées politiques étaient, en quelque sorte, mixtes, — comme ses premières poésies, à la fois classiques et nouvelles.

Il n'avait pas, il n'eut jamais de préférence exclusive pour telle ou telle forme de gouvernement, — parce qu'il n'y voyait, en effet, que des formes. Il avait été élevé dans les habitudes de res-

pect et de fidélité chevaleresque du Français de race militaire à ses rois légitimes ; il avait toujours délesté la servitude de l'Empire qui pesait sur les âmes quand il était entré dans la vie ; il avait considéré la Restauration comme une délivrance et comme une renaissance de la liberté constitutionnelle ' ; il l'avait servie avec les jeunes gens de son âge, comme garde-du-corps, puis comme secrétaire de légation ; il l'avait vue tomber avec un regret mitigé, en blâmant ses fautes. Maintenant, il fallait tirer parti du régime nouveau, — qu'il n'avait point souhaité, — pour assurer le développement du principe de liberté.

Que ce principe, disait-il, triomphe sous une république ou sous celte forme mixte de gouvernement qu'on appelle système représentatif, peu importe : c'est affaire de temps et de mœurs. Je n'ai pas un superstitieux respect pour telle ou telle de ces combinaisons des pouvoirs, et le mérite du gouvernement constitutionnel, à mes yeux, est surtout d'exister, et d'être en rapport assez exact avec les nécessités d'une époque de transition , où il y a trop de liberté dans les désirs pour supporter la monarchie, et trop de monarchie dans les habitudes pour supporter la république.

La révolution triomphante avait naturellement surexcité toutes les énergies et remué le sang de la nation ; les générations nouvelles brûlaient d'em-

1. Voir la note remise par Lamartine à M. de Chamboraiit de Périssat pour le comte de Chambord, en 1850.

ployer leurs forces : arrêter cet élan, comprimer cet essor, refouler les aspirations de ce peuple qui venait de combattre et de vaincre , c'était tourner contre le régime de Juillet les éléments de vie qui auraient pu le servir. Lamartine le sentit, et subordonna la question politique à la question sociale. C'est en cela surtout que consiste son originalité.

L est le premier dans nos assemblées qui ait deviné et proclamé toute l'importance de ces problèmes qui agitent si profondément la société contemporaine et ne lui laisseront de longtemps aucun repos . Dans son opinion , les gouvernements qui ne les comprendront pas seront emportés par le torrent. Il va donc reprendre et développer à la tribune les idées que nous avons suivies dans la Politique rationnelle, puis dans le Voyage en Orient * ; la politique moderne n'est plus seulement un art d'équilibre constitutionnel , elle doit être la science de la charité sociale ; il faut faire passer le christianisme dans les lois ; il faut gouverner au profit des masses populaires, élever sans cesse, matériellement et moralement, les petits, les humbles, les souffrants. Ainsi sa pensée allait bien au delà de l'étroite scène du pays légal, des Chambres censitaires; elle s'élançait déjà sur le vaste théâtre où se jouent à présent nos destinées.

1. Dans le résumé politique qui termine le Voyage en Orient , il montrait déjà a le S'icialisme » comme le reinèdo nécessaire aux maux produits par ï individualisme.

Et quel était, à ses yeux, l'instrument nécessaire, indispensable, de cette politique nouvelle? — C'était un gouvernement fort. Il eut toujours un sens très prononcé de l'aulorité ; et c'est par là qu'il se rapprochait des conservateurs. Nous avons vu ses tendances à cet égard, dès 1818, dans ses lettres sur sa tragédie de César, et aussi sur Bonaparte : « II savait juger riiominc, il savait le gouverner. » Ces vues se fortifièrent avec l'expérience. Il écrit en 1828, à propos de projets de décentralisation : « Votre système se résout par l'individualisme , la chose la moins patriotique et la moins humaine; le mien, par la collection et l'unité donnant à l'action humaine l'intensité et l'irrésistibilité d'une action divine. Vous oubliez trop la grande utilité des gouvernements : c'est de produire non pas seulement la liberté, le droit, la sécurité, mais la force sociale pour opérer ce que Dieu veut opérer par l'homme et pour l'homme. Les nations sont de grandes machines , vous les disloquez . » A la veille de la révolution de Février, il écrira encore : « Je ne suis pas radical... Le radicalisme est le désespoir des idées. Je n'en serai jamais là. Mon défaut serait plutôt le trop de penchant pour être gouverné à tout prix. » Et, vers la fin de sa vie, dans ses Mémoires politiques , il ira jusqu'à dire : « Le salut du pays par des moyens honnêtes est, tout considéré, ma seule loi, parce que je suis homme de gouvernement avant d'être homme de liberté. Je

l'avoue, la liberté honore tout le monde, mais n'a jamais sauvé personne *. »

Nous retrouverons les mêmes idées dans plusieurs de ses discours , notamment dans celui des chemins de fer, et dans ceux des 8 et 9 mai 1839.

Cette double disposition d'esprit, — les aspirations novatrices, et le goût de l'autorité; la foi démocratique, humanitaire, et le désir d'un gouvernement fort, ^- nous donne la clef de tout son rôle politique. Les conservateurs ne comprenaient le pouvoir que comme un instrument de résistance, tandis que l'opposition, en l'attaquant comme elle avait attaqué le gouvernement de la Restauration , risquait de renverser le nouveau comme elle avait renversé l'ancien. Les idées de Lamartine sur le progrès des institutions démocratiques, sur la mission sociale du gouvernement, le rapprochaient de l'opposition; mais il voulait d'abord, comme les conservateurs, affermir le pouvoir nouveau , le mettre hors de cause et le défendre dans sa lutte contre les factions. L'outil des réformes qu'il rêvait était un gouvernement sûr de son lendemain.

D'autre part, il n'était ni avec les légitimistes, qui le considéraient comme un transfuge , et que lui de son côté accusait de chercher le bien dans l'excès du mal ; ni avec les républicains , en qui il voyait des sectaires, des héritiers de la Terreur, sans se

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