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Histoire de Dix Ans

conlinue l'idée de son livre : le démembrement de la Turquie à partager entre les puissances européennes, sous forme de protectorats ^.

Une politique d'effacement avait succédé à la politique plus fière et plus française de Casimir-Périer ; nulle satisfaction n'était donnée au besoin de gloire de notre race. Lamartine montre à la France ce vaste champ d'activité et propose d'y détourner le trop-plein de la sève patriotique et l'effervescence populaire.

La Franco , en présence des convulsions de l'empire ottoman, restera-t-elle les bras croisés, laissera-t-elle le champ libre à l'ambition de la Russie, qui convoite Constantinople, et de l'Angleterre, qui convoite l'Égyplc, route des Indes? Ou bien, au contraire, se mettra-t-elle en mesure de profiler des complications ultérieures et de s'assurer des compensations?

L'orateur propose donc un Congrès européen chargé de surveiller les destinées de l'empire turc et de les régler lorsque viendra l'heure. Au bout de cette politique, il aperçoit un remaniement pacifique de l'Europe, une réforme des traités de I8I0 : la France pourra échanger plus tard ses droits en Orient contre des territoires en Europe, et se faire restituer à Constantinople la frontière du Rhin.

1. Ce que M. Thicrs appelait malicieusement « mettre en éducation » les provinces de l'empire turc.

Telles étaient les vues que le nouveau-venu apportait à la Chambre dans ses deux premiers discours. La Chambre ne voyait pas si loin et ne fit guère allcntion à ces grandes perspectives. A la vérité, il prévoyait l'avenir lointain plutôt qu'il n'indiquait la politique nécessaire de la minute. En voulant aller au-devant des événements pour ne pas se laisser surprendre par eux, il sautait par- dessus les transitions indispensables de la politique [)ratique. Luimême, en 1849, dans ses Mémoires, après son passage aux affaires et après sa chute , lorsqu'il songera à retourner en Asie-Mineure pour y fonder une colonie agricole sur un territoire concédé par le Sultan Abd-ul-Medjid, croira devoir désavouer l'opportunité de ces deux discours :

Je proclamai, dit-il, je ne sais quel prétendu droit de civilisation, comme un droit absolu d'attenter aux nationalités établies, sans en rendre compte à Dieu ni aux hommes ; en sorte quil suffirait à un peuple de se croire plus civilise que ses voisins pour leur déclarer la guerre et pour les balayer de leur place sur le globe... Rien n'était, au i'ond, plus coupable et plus immoral que ce prétendu droit d'expropriation des Ottomans ^

Toutefois, s'il immolait trop vite l'empire turc, il était dans la vraie voie de la politique du siècle

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