Voir Mcmoircs politiques, l. I", p. 312 à
quand il voulait qu'aucune puissance n'intervînt isolément dans les affaires d'Orient.
Mais, si l'imaginalion du voyant brusquait les situations et devançait les temps , est-ce que la politique terre à terre des « habiles » était plus prudente ? Le programme de Lamartine valait ce qu'il valait ; mais les autres n'avaient pas du tout de programme. Aussi devaient-ils se laisser surprendre par les événements. Lorsque , six ans après , la situation de la Turquie se sera compliquée et aggravée, le Congrès que Lamartine a demandé inutilement en 1834 se réunira à Londres, et la France en sera exclue ; la politique des habiles aboutira au traité du lo juillet.
Voilà comment Lamartine prit position sur la politique extérieure. Comment allait-il prendre position i^ur la politique intérieure?
Après avoir demandé l'amnislie pour les Vendéens insurgés, en adressant un dernier salut au passé, « à cette légitimité qui n'est plus à craindre, mais à plaindre », il trace pour la première fois, le 13 mars, l'esquisse générale de sa politique :
Le premier besoin d'un gouvernement, c'est de vivre : bien ou mal, il représente quelque chose de plus pressant que la liberté même: l'ordre, la paix publique, la sécurité, dans la rue, dans le foyer, dans la propriété, dans la vie. Voilà ce que nous sommes en droit de lui demander; voilà aussi ce que nous devons lui donner les moyens de maintenir quand il le réclame au nom Ju
salut public. Pour ma part, je ne marchanderai jamais le pouvoir au gouvernement dans les temps de crise... Mais le péril passé, mais l'ordre rétabli, je demanderai compte au gouvernement du pouvoir temporaire que je lui aurai prêté. Je lui dirai : Qu'avez-vous fait pour prévenir le retour d'aussi fatales nécessités? Il y a trois ans que vous demandez des secours à la législation, il y a trois ans qu'on vous en accorde... Mais des lois pour vivifier les industries, pour éclairer et moraliser les ouvriers, pour occuper et satisfaire cet excès de forces qui tourmente la population et la jeunesse française ; des lois de prévoyance, d'avenir, de lendemain? Point. Et... ces i-eproches ne s'adressent pas seulement... aux ministres actuels;... ils s'adressent à tous les systèmes ministériels qui se sont succédé depuis quinze ans. Tous ont fait de la politique viagère : il semble que pour eux toute la science des gouvernements soit renfermée dans ce seul mot : réprimer ! et qu'ils aient voulu réduire le gouvernement d'un grand peuple aux proportions d'une préfecture de police. Est-ce là gouverner, messieurs ?. . .
L'esprit social a remplacé l'esprit monarchique...
Aux lois de répression il faut substituer des lois de prévoyance. A ce gouvernement , qui ne répond que par la force aux agitations et aux aspirations de la démocratie, il indique les problèmes qui résultent du développement de l'industrie et des grandes agglomérations ouvrières.
Ayons d'autres conciliateurs que nos soldats, d'autres arguments que nos baïonnettes... Mettons enfni la (liaritédans nos lois; mettons les intérêts, la morale, la religion et le bonheur du peuple à l'ordre du jour.
Ce discours ne fut pas sans produire quelque effet sur la Chambre. Les deux ou trois précédents avaient été écrits et récités ; dans celui-ci il y avait une part d'improvisation , qui commença à mordre sur l'auJitoire; outre que, pour la seconde fois, l'orateur prenait à partie le ministère.
Le 13 mai^, il revient sur la même idée, et, de plus, il pose la question de la réforme électorale :
Les forces de pure résistance n'ont qu'une durée que l'on peut calculer à jour fixe. Tout s'émousse, même les baïonnettes. Il faut une force d'impulsion à votre politique; il lui faut un sens social , une pensée organisatrice... Il faut l'intelligence de ce que la société demande... Elle demande d'abord de la morale et de la lumière, que vous lui donnez avec trop de parcimonie dans votre système trop étroit d'instruction publique. Elle demande un système d'élection plus vaste, qui, en élaigissant la base politique de la société, lui donne plus d'aplomb sur elle-même, et permette à toutes les classes de faire représenter leurs besoins et leurs intérêts devant la législation ; elle demande des enquêtes permanentes sur nos maladies induslrielles ; elle demande l'allégement ou le redressement de certains impôts qui, comme l'octroi et d'autres impôts indirects, atteignent aveuglément le riche et le pauvre, et portent d'un poids plus lourd sur les classes ouvrières ; elle demande que vous retiriez une partie surabondante de vos prolétaires de l'état où ils sont, en leur fournissant du travail soit par voie d'association, soit par avances de capitaux et de terres dans les colonisations à l'intérieur ou au de-