‹ LamartineChapitre 11 sur 113 · FAMILLE. — ENFANCE. — ÉDUCATION. — LECTURES. INFLUENCES DIVERSES · texte numérisé non relu

FAMILLE. — ENFANCE. — ÉDUCATION. — LECTURES. INFLUENCES DIVERSES

Un jour, en 1814, le roi Louis XVIIÏ, impotent, visitait en fauteuil roulant l'exposition de peinture au Louvre. Il laissa tomber sa lorgnette. Un des gardes-du-corps qui marchaient à sa suite la lui ramassa. Le roi le remercia d'un sourire et fixa sur lui son regard. C'était un beau jeune homme d'environ vingt-cinq ans, de taille élancée, fils d'un ancien officier de la monarchie, de Prât de Lamartine, nom alors peu connu.

La famille, pendant l'Empire, avait fait voyager l'adolescent en Suisse et en Italie, ayant horreur du despotisme militaire et des tueries. Sitôt la Légitimité rétablie, il était entré dans les gardes- du-roi, élite de fils de famille qui « formaient comme une chevalerie improvisée autour de la monarchie renaissante ».

Deux ans après, on aurait pu le voir, au bord d'un lac de la Savoie, assidu près d'une jeune femme qui était venue aux eaux d'Aix chercher comme lui la santé , ensuite, courant sur la grande route de Paris (s'il en faut croire la légende *) derrière une chaise de poste qui emportait la trop rapide apparition. Amour romanesque, qui bientôt rompu par la mort, idéalisé par le souvenir, allait faire de ce jeune homme un poète élégiaque, et immortaliser son nom avec celui d'Elvire prêté à la femme aimée.

De charmants tableaux de la société d'autrefois, tracés plus tard par lui dans ses Confidences, nous initient à ses origines paternelle et maternelle et à la vie intime de sa famille. Son grand- père était un vieux gentilhomme qui avait servi longtemps dans les armées de Louis XV et avait reçu la croix de Saint-Louis à la bataille de Fontenoy. Rentré dans sa province avec le grade de capitaine de cavalerie, possesseur d'une belle fortune, il avait épousé une riche héritière de Franche-Comté qui lui avait apporté en dot de belles terres et de grandes forets. Il avait six enfants, trois fils et trois filles. D'après les idées du temps, la fortune de la famille avait été destinée tout entière à l'aîné des fils. Le second était entré malgré lui dans l'état ecclésiastique; pour lequel il n'avait aucune vocation. Des trois filles,

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