Discours sur les associations
hors... Ce qu'il faut aux gouvernements, ce qu'il faut aux oppositions, c'est l'amour du peuple, c'est le zèle du bonheur des masses; c'est la charité dans nos lois: jetons-en à pleines mains, elle sera plus puissante que la force brutale...
On propose une réduction au budget de l'enseignement ; il la corajjat; et, tout en rendant justice à M. Guizot pour sa loi de 1833, il demande de nouvelles écoles primaires, l'augmentation du traitement des instituteurs, la multiplication des écoles normales , la composition et la propagation de livres élémentaires, pour opposer au débordement des idées subversives la raison publique élevée, accrue, et, en légitimant la révolution récente, prévenir une révolution future.
Ainsi , dès la première étape de sa carrière parlementaire, il s'est posé, avec ses vues d'avenir, ses idées de réformes politiques et sociales, sa large et clairvoyante sympathie pour le peuple, en face de ce régime qui, uniquement préoccupé de vivre au jour le jour, n'a qu'une sagesse courte, une politique d'expédients, et borne aux étroites limites du « pays légal 0 la vie et les destinées de Ja Nation. C'est à cette Nation qu'il pense, plus qu'au monde parlementaire, où il restera isolé longtemps encore. 11 n'est pas compris, il ne peut l'être, mais il sait ce qu'il veut, où il va. II devient une renommée de tribune, sans être encore une influence dans le Parle-
ment; un talent admiré, mais solitaire. Cet isolement, il le veut. Au milieu de cette session, il écrit à son père :
... Je veux de l'impopularifé des partis, parce que mon syslème,que je révélerai successivement, ne doit prendre son point d'appui que sur la conscience et les intérêts du pays. Vous vivrez assez pour le voir éclore... En attendant, ne prenez aucune inquiétude. Celui qui m'inspire me soutiendra ; et puis, il n'y a aucun danger autre que le i^dicule, les injures, les calomnies. J'y suis cuirassé, je les veux. Tout cela aura sa réaction plus tard. Comme ma conscience est nette et que je neveux que le triomphe des honnêtes gens par la raison, on le reconnaîtra en son temps, et tout le reste s'évanouira*.
Un écrivain allemand, au sujet des opinions d'avenir qui triomphent tard , disait : « Je placerai mon navire sur le promontoire le plus élevé du rivage, et j'attendrai que l'Océan monte assez haut pour le faire flotter. » M. Thiers, en ISiG, croira pouvoir appliquer cette image à sa propre politique. Ne convient-elle pas bien mieux à la politique de Lamartine? En attendant qu'il dirige, il domine : il défend tous les grands intérêts de la conscience publique. Caractère indépendant, esprit précurseur, génie instinctif. Béranger disait : «Lamartine lui-même ne sait pas toutes les idées qu'il a. » 11 semble, en effet, que, comme Socrate, il ait son