Confidences, livre IV
prompt à se cabrer, soit contre l'autorité du père, avec lequel il ne s'entendait pas toujours, soit même contre la douceur de la mère, effrayée et parfois attristée de cette enfance rétive. Sans le vouloir, elle le gâtait : il se laissait faire et était un peu personnel, un peu brusque ; elle redoublait de douceur. Il ne faut pas du tout, comme on l'a fait, se figurer un enfant blond et mou, fait de rose et de miel. 11 est dru et môme assez rude, résistant, ayant du silex dans sa complexion, comme le terroir de ses vignes: prompt à s'exalter et prompt à s'abattre; d'un ressort puissant, d'une trempe d'acier, avec des alternances de tristesse; encore impétueux dans ses crises de pleurs et dans ses sanglots enfantins ; difficile à manier et à conduire ; riche de sève comme les ceps du Maçonnais : il en est un lui-même ; c'est là qu'il a pris ferre et ciel : tout son être physique et moral est né de ce Milly. y a jeté des racines profondes, y a poussé en pleine terre de craie et en plein air, y a puisé tous les arômes et tous les sucs de son génie poétique et oratoire. Milly ne fait qu'un avec Lamartine.
Pays pastoral et agricole, pays de vigneronnages ; pas d'eau, peu d'arbres; des vignes jusqu'à mi-côte: au-dessus, des crêtes presque dénudées. Au loin, dans les fonds, quelques rideaux de peupliers donnent à ce paysage tranquille, d'une suavité mélancolique, la grâce et la légèreté.
Si, en montant de Milly jusqu'au Craz, on se re-
tourne de temps en temps vers le point qu'on vient de quitter, le village descend à vos pieds, avec sa petite église au clocher de pierre en forme de pyramide aiguë; l'horizon s'élargit, le spectacle change : Milly, qui était plateau, devient vallon : — ... (( Vallon de mon enfance I » Au delà, le pic du Monsard (mo7is arduus), puis trois autres montagnes : la dent de Vergisson, celle de Solutré, celle de Saint-Sorlin ; dans les intervalles, au delà encore, la Saône, ou les vapeurs qui s'en élèvent et en font deviner le cours.
Si ensuite, toujours au sommet du Craz, on regarde du côté opposé, on voit tout près, en contrebas, Sologny et un petit château en pierres blanches, qui fait penser à celui de madame de Thècle dans Monsieur de Camors : c'est ce qu'on appelle « la tour de Byone », quoiqu'il n'y ait plus aucune tour. Là demeurait Lucy L..., le premier amour de l'adolescent: seize ans, « des yeux d'un bleu, de pervenche, des cheveux noirs et touffus, une bouche pensive qui riait peu...* »
Entre ce second tableau et le premier, si le regard retourne de l'un à l'autre, il rencontre la Croix- Blanche, le château des Moines et le Bois-Clair ; des maisons de vignerons semées sur les pentes...
Tel est le cadre de quelques-unes des premières Méditatiom; on ne peut les en séparer; on ne le»