‹ LamartineChapitre 15 sur 113 · Confidences, VI · texte numérisé non relu

Confidences, VI

comprend bien qu'en les y suivant pas à pas. Ces sentiers pierreux, celte montagne, ses bruyères et son petit bois de chênes font chanter dans votre mémoire, à chaque instant, quelques vers des Méditations ou des Ha?-monies; il semble qu'on les trouve avec le poète, tant ils sont cueillis sur le vif ! A ceux qui n'ont pas vu ces choses, il peut sembler vague parfois; il est très précis*.

Au sommet du Craz, l'enfant s'asseyait et regardait. Plus souvent, étendu, couché à même le sol, il tenait, dit-on, la terre embrassée. Lorsque l'on parcourt ces lieux, — surtout en automne, la saison propice, qui inspirait le mieux son âme, — on sent comment est né son génie. Lamartine, ainsi que Virgile, pousse comme une plante de sa terre natale. Sa poésie germe comme la vigne des coteaux de Milly. Elle a une saveur de terroir. Il n'y a pas seulement affinité entre la nature et lui, il se confond en elle ; c'est elle qui parle et chante par sa

1. Ses descriptions, sauf quelques détails, sont prises sur le fait. Soit en vers, soit en prose, il est très exact; hormis lorsque l'artiste juge à propos de modifier un détail pour l'effet. Ainsi, dans le paysage de l'Isolement, il ajoute le lac, nécessaire au décor général des Méditations:

Là le lac immobile étend ses eaux dormantes.

Ailleurs, il dit : le Monsard « du chamois fréquenté ». Lisez: de la chèvre. Mais « chamois » fait mieux dans le paysage. De même, dans le Voyage en Orient, il représente Julia montant un superbe cheval arabe, — qui n'était qu'un bon petit âne. — Mais, sauf ces légères inexactitudes voulues, il peint iiien ce qu'il voit.

voix. Comme il a vécu dans son sein, comme il a serré dans ses bras le sol natal, ses peintures ne ressemblent 'pas aux éclatantes descriptions de tels autres poètes, qui nous éblouissent sans nous émouvoir; celles ci nous émeuvent parce qu'elles sont les effusions naturelles d'un cœur. — « Je ne me sens un peu de rosée dans le cœur que quand je suis bien seul avec la naturel » — « Je hais les villes... Mes joies n'y sont jamais complètes... Mes peines y sont centuplées*. »

Milly, c'est le nid où il fut couvé, d'où il a ouvert ses ailes et pris son essor. Milly le charme, le console, — le suit, pour ainsi dire, partout où il va. Quand il visitera l'Attique, il y trouvera des ressemblances avec les sentiers rocailleux des pentes et des vallons du Maçonnais, « ses collines ruisselantes de pierre ». Tout ce paysage remplit ses poèmes et ses Confidences. Il l'a aimé avant de songer à le décrire ; il y a mêlé son âme ; et son âme aussi a reçu les effluves de toutes ces choses qu'on croit inanimées. Le vrai poète de la Nature est celui qui l'a respirée avant de la peindre.

D'autres n'ont que la patrie générale et vague; ils n'ont pas un petit coin précis où se développa leur être. L'enfance de Victor Hugo, par exemple, emportée à travers les deux péninsules à la suite de son père soldat, reçoit des impressions cursives, que sou

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