‹ LamartineChapitre 16 sur 113 · Nouvelles Confidences · texte numérisé non relu

Nouvelles Confidences

imaginalion, comme un verre grossissant, développera plus tard. Il peindra de teintes aussi vives l'Orient, qu'il n'a jamais \-u. Sa poésie (je ne dis pas sa politique) est, pour ainsi dire, sans patrie; ou, si elle en aune, c'est l'Alhambra; patrie d'imagination, patrie extérieure à son âme. Musset a pour patrie unique Paris : là s'est développé 1' « Enfant du Siècle » avec son scepticisme, qu'il impute à Voltaire, non moins parisien, mais plus français que lui. Lamartine, outre la grande patrie, a son petit pays, entre le Monsard et le Craz, sa maison, vêtue de vignevierge, avec le verger; et puis, non loin de là, Saint-Point et la vallée de la Valouze; et tout le Maçonnais enfin. L'âme de Lamartine est bourguignonne, comme ceile de madame de Sévigné. Quand il parle d'elle, qu'adorait sa mère, on dirait qu'il parle de lui-même aussi:

Là, dit-il, elle avait respii'é, avec cet air élastique et toujours frissonnant de la lîaute-Bourgogne, cette vigueur de santé et cette impressionnabilité des sens qui donnèrent à son teint ces roses célèbres, et à son âme ce perpétuel frisson de sensibilité, prélude du génie, quand il n'est pas le prélude de la passion. J'étudiais avec complaisance les analogies mystérieuses de ce paysage serein sur un horizon grave avec l'esprit de cette femme mobile dont le sourire éclate sur un fond caché de mélancolie. Qui ne connaîl pas le site ne connaît pas la plante, disent les Persans. L'homme est plante juîqu'à un certain âge de la vie, et l'âme a ses racines dans le sol, dans l'air et dans le ciel qui ont formé les sens *.

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