Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. I
LAMARTINE. 2t
Le père leur lisait aussi la Jérusalem délivrée ^ ; d'autres fois Athalie. Le fond chrétien du poème du Tasse mêlé avec l'esprit chevaleresque, la majesté des vers de Racine et tour à tour leur noble simplicité, surtout leur exquise harmonie, les enchantait. < Pour douze vers d'Athalie, dit-il, j'aurais donné tout La Fontaine. » Entre les poètes français. Racine restera à ses yeux l'artiste suprême. « Imitateur dans les sujets, dans la langue il est créateur... En diction poétique, après lui on peut descendre, mais on ne peut plus monter, à moins de monter plus haut que naturel » Cependant Voltaire, avec ses grands vers, faisait presque autant d'effet sur l'enfant de huit ou neuf ans. Et cet effet laissera même des traces profondes dans une partie des œuvres du poète.
Le curé de Bussières, village voisin de Milly, l'abbé Dumont (l'original de Jocelyn) lui fait apprendre le rudiment.
L'enfant, au commencement de sa onzième année, est mis en pension à Lyon. Sevré des tendresses maternelles, au bout de quelque temps il s'enfuit et retourne tout seul à Milly. Le père gronde; la
1. Dans la traduction de L^^brun. — Lamartine dira plus tard, dans les Confidences, IV, 7 : <t C'est le premier poète qui ait touché les fibres de mon imagination et de mon cœur. » — Au même endroit, il dit qu'il lisait aussi /?otfnson et Berquin.