II AVANT-PROPOS
Un autre écrivain de notre temps qui , par les
séductions et les prestiges de son style, paraît un
petit-neveu de René, a développé récemment la
même idée :
En quoi votre décomposition par l'analyse est-elle plus légitime que la création synthétique de la foule? Dans une de ses poésies écrite loin de Milly, Lamartine avait parlé par erreur d'un lieri^e qui tapissait le mur de la maison ; il n'en existait point : par une inspiration délicate, sa mère planta le lierre absent et fit du mensonge une vérité. La foule, aidée par le temps, agit comme cette mère: elle achève l'œuvre du poète, elle fait des vérités de ses erreurs . Son opération est normale , conforme au travail de la Nature , qui retouche constamment ses œuvres, pour dégager les grandes lignes, pour les débarrasser du caduc et de l'accessoire. Ce qui crée de la vie est supérieur à ce qui en détruite
Nous n'ôterons pas le lierre.
« L'idéal , a dit Lamartine, n'est que de la vérité h distance ». Et lui-même n'a-t-il pas été le poète et le politique de l'idéal?
Mais que le point exact de la perspective est difficile à saisir ! Le mieux serait peut-être d'étudier d'abord les choses de près , avant de se donner la reculée nécessaire à la vue d'ensemble : on essaye-
1. Melchior de Vogiié, Poésie et Vérité. Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1892. llecueilli dans Heures d'histoire.