Histoire de la Litléralure anglaise, t. IIL
LAMArxTINE. 27
Ossian fut rHomùre de sa jcimesse.
Telles étaient les diverses inHuences modernes qui, après les études classiques du collège de Belley ou entremêlées avec elles, au moins pendant les promenades ou les vacances, agissaient sur son imagination. Dans les Confidenœii, ces influences modernes seront mises au premier plan. Dans la réalité, il s'en faut de beaucoup : la Correspondance nous fait voir qu'en ses premiers essais de versification juvénile, c'est vers Gresset qu'il est attiré d'abord. Il en iinilc les vers minces, courts et sautillants, de huit ou do dix syllabes. C'est même dans ce mètre peu grave qu'il traduit d'abord des passages d' Ossian.
En résumé, si l'on essaye de relever les semences premières reçues par sa jeune pensée ou les affinités naturelles de ce génie, on pourrait les marquer ainsi : l'Évangile, l'Imitation, et, ce me semble, François de Sales ; puis Racine, son grand maître en poésie; Fénelon (il se définit luimôme un fils de Fénelon et de madame de SlacL « comme s'il y avait assisté », dit Sainte-Beuve); enfin les écrivains modernes qui l'ont profondément imprégné, fécondé, Jean-Jacques, Bernardin, Chateaubriand; d'autre part, un peu d'Ossian, de Byron, de Tasse, de Pétrarque, de Gœthc Au contraire, La Fontaine, l'Arioste, Montaigne ne lui vont guère. Montaigne lui avait plu d'abord, et lui est devenu antipathique après. Même quand le
doute viendra tenter sa foi d'enfance, Lamartine ne consentira jamais à dire : « Oh ! que c'est un doulx et mol chevet que l'ignorance et incvjriosité, à reposer une tète bien faite ! » L'infini le tourmentera toujours. Chose étrange 1 il n'aime pas non plus Bossuet: « C'est un de ces hommes que j'ai sur le cœur. »
Ce qu'il faut retenir de cttte première époque, c'est d'abord l'origine royaliste par le père et l'éducation chrétienne par la mère, double empreinte qui marquera toute la jeunesse du poète et ne s'effacera jamais entièrement ; c'est ensuite la vie de famille, entre les caresses de la mère et des sœurs, six femmes pour l'aimer et lui embellir toutes choses et lui inspirer dès le berceau la pureté, la noblesse, la grâce, les élégances et élévations morales (tout ce qui a manqué à Jean-Jacques) ; cette adolescence rêveuse dans ce vallon, cette éducation libre et douce, rustique et féminine en môme temps, dans la jolie nichée de jeunes sœurs, sous l'aile de la tendre mère; la vie pleine, drue et verdissante au sein de la nature, oîi germe son génie ; enfin, lorsque vient l'âge des études, l'heureuse éclosion des amitiés, printemps du cour, et les joies de la pensée, qui ne demande elle aussi qu'à s'ouvrir sous le rayonnement des belles œuvres classiques, auxquelles viennent se mêler des inspirations plus modernes, — ses premières amours littéraires.