Nouvelles Méditations. Le Passé, à Aymon de Vir.civ
Revenu enfin, lui aussi, en France, faute d'argent, il s'ennuie d'abord dans ce Milly un peu monotone. Après le voyage enivrant, son trou de province lui paraît lugubre ; il prend l'existence en dégoût. A quoi lui sert son intelligence? se demande-t-il. « Est-ce un bien ou un tourment de cette vie? Est-ce un don céleste, ou est-ce une ridicule illusion? Puisque le Ciel a voulu que nous fussions d'éternels ignorants, à quoi bon l'insatiable curiosité qui nous dévore ? . . . »
Ainsi écrit-il à son compagnon de voyage vers la fin de cette année 1812 , si remplie pour tous deux de souvenirs qui ne laissent d'abord après eux que mélancolie. L'année suivante, pour se distraire, il se fait écrire par lui un prétexte d'aller à Paris. Il y reste une partie de 1813, du printemps jusqu'à l'automne, y mène une vie dissipée, passe souvent des nuits au jeu, fait des dettes, enfin tombe malade d'insomnie, de fatigue et d'inquiétude. La pauvre mère accourt, avec le peu d'argent qu'elle a pu trouver encore , accompagnée de sa seconde fille, Eugénie, qu'elle a mise dans la confidence, pendant que le père est en voyage. Elle se garde de descendre à l'hôtel où loge son fils, de peur de lui donner une émotion trop forte :
D'ailleurs, je tremblais que mon enfant ne fût trop
changé de figure, et que son changement ne me fît évanouir si je le voyais sans préparation. Je descendis dans un hôtel voisin. Il était encore grand jour. Dieu! que je souffrais de retarder ainsi le plaisir de l'embrasser, et d'attendre jusqu'au lendemain ! J'étais anéantie d'inquiétude, pleurant et priant sur un canapé, la fenêtre ouverte. Eugénie se mit à celte fenêtre pour voir passer les voitures qui se rendaient à l'Opéra ou au Théâtre- Français; tout à coup elle jeta un cri et me dit : « Maman, venez, je crois que je vois Alphonse! » Je courus, et je le reconnus effectivement : il était dans un élégant cabriolet qu'il conduisait lui-même, avec un autre jeune homme à coté de lui; il avait l'air fort gai et fort animé, ce qui me rassura beaucoup. C'était bien lui: toutes mes inquiétudes tombèrent à sa vue ; je ne voulus pas troubler sa soirée. Je passai une assez bonne nuiti...
Le lendemain matin, elle écrit à son fils, lui annonce sa venue, le voit, l'embrasse, le tire d'embarras encore une fois; mais le remmène à Milly.
Il se remet au travail, seul refuge! et recommence toutes sortes d'essais — épiques, dramatiques, lyriques, — sans se lasser : tantôt porté par l'espérance jusqu'aux nues, tantôt retombant dans le désespoir.
Il a vingt-trois ans ; une ambition naissante» sans objet défini, mille aspirations vagues l'agitent. Il est souvent malade du foie. Pendant ses convalescences ou ses mélancolies, il lit pêlemêle, pour se distraire, les romans de madame