‹ LamartineChapitre 39 sur 113 · Ter patriœ cecidere manus. Virgile, Mneii., VI · texte numérisé non relu

Ter patriœ cecidere manus. Virgile, Mneii., VI

2. La Chute des Feuilles et le Poète mourant avaient paru en 1812.

continuité. L'échelle des êtres se suit et se ramifie.

Enfin, pêle-mêle avec les pastiches éphémères à la mode du temps, et avec le gTand dessein continu du poème épique, on voit germer dans la correspondance tantôt une pièce, tantôt une autre, de l'œuvre durable qui commence à poindre. Le 28 juin 1816, il dit à son ami Vaugelas : « Je compte faire imprimer incessamment , pour quelques amateurs, quatre petits livres d'Élégies en un petit volume. Je vous en ferai hommage. Ce ne sont encore que des études, des bagatelles, juvenilia ludibria ; et je vais me remettre au grand ouvrage de ma vie (son poème de Clovis): si je réussis, je serai un grand homme; sinon, la France aura un Cotin et un Chapelain de plus. »

Or, ce seront ces bagatelles qui lui donneront la gloire, tandis que son Clovis restera dans les limbes des espérances ajournées. Il approche donc du but en aveugle, et entre presque à son insu dans sa vraie voie, le genre élégiaque renouvelé.

S'il s'est ser^^ d'abord des vieux moules de l'ode, de la tragédie, du poème épique et de l'ancienne élégie, il a fait voir par là son ingénuité ; mais, avant même d'avoir compris que ces formes vieillies l'emprisonnent , il s'en échappe par des essais oti sa liberté se déploie; son génie prend son vol sans le savoir. Il a travaillé dix ans le métier ; mais le souille intérieur le pousse, son âme chante, il écrit ; ces petites feuilles volantes, crayonnées en

marchant dans le sentier pierreux qui monte de Milly au sommet du Craz, — péchés de jeunesse, à ce qu'il croit, — lui donnent l'absolution de Saûl et de Clovis, et l'envoient tout droit à un ciel nouveau, qu'il rencontre, comme Christophe Colomb l'Amérique, sans s'en douter.

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