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Préface des Recueillements

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teaubriand seul demeura froid à l'égard du nouveau poêle, en qui il pressentait un rival de gloire venant partager l'attention publique et la renommée ^ Peutêtre ne lut-il pas les Méditations, non plus que Lamartine ne lut les Nuits de Musset, non plus que Byron ne lut Lamartine. Chacune de ces Majestés ne connaît qu'elle-même.

D'autre part, assez habile sous son air rêveur, le jeune homme s'attachait à gagner M. de Genoudc et par lui l'abbé de Lamennais, dont le livre De l'In-

1. a M. de Chateaubriand jouait dans le Conservateur V?, deux Voles d'ultra-royaliste et d'ultralibéral... M. de Bonald, 51. l'abbé de Lamennais, tous les chefs du parti royaliste, groupés autour de lui, me comblaient de prévenances et d'accueil. Lui seul, que je ne connaissais pas, m'a toujours manifesté plus tard un éloignement sans motif. » — (Mémoires polilùjues, t. 1, p. 80 à 86.) — Cf. ibid., p. 183 : Devenu ambassadeur à Londres, Chateaubriand reçoit très froidement une visite que croit devoir lui faire Lamartine, secrétaire de légation en congé. Il n'y eut jamais sympathie entre les deux hommes. Dès 1816, Lamartine meitait à une de ses lettres ce post-scriptum : « A propos, j'oubliais le plus beau. Chateaubriand ministre de l'intérieur!!! Je taille ma plume pour mettre Atala en vers. » Ce qui ne l'empêchait pas, comme on l'a vu, d'admirer fort l'auteiir de René et de reconnaître ce qu'il lui devait littérairement. — Dans son Cours familier de Littérature, Entretien X, il dit : a Nous n'avons jamais eu d'attrait l'un pour l'autre. 11 a toujours été cérémonieux, contraint, muet ou ailecté avec moi. De ce Rubens de style je n'ai jamais moi-même estimé très haut que la palette. 11 n'était pas assez simple de cœur et de génie pour moi... Mais c'était une grande sensibilité littéraire, et le plus grand style qu'un homme puisse avoir en dehors du naturel. » — Cf. l'anecdote si méchante contée par Sainte-Beuve sur une rencontre de Chateaubriand et de Lamartine chez madame Récamier après la publication de Jocelyn {Chateaubriand et son gioupe, t. II, p. 3b9, 390).

différence en malière de religion faisait grand bruit. L'un et l'autre écrivaient dans le Conservateur avec les sommités du parti, MM. de Vitrolles, de Montmorency, de Chateaubriand, de Bonald, de Polignac, Corbière, Fiévée, de Villèle, Berryer. M. de Genoude se trouvait alors chez Lamennais, à Saint-Malo; Lamartine lui écrit, le 26 juin 1819 : « Je vous envie d'être avec M. de Lamennais; et, si Saint-Malo n'était qu'à cinquante lieues, j'irais certainement vous V voir et achever avec votre hôte célèbre une connaissance à peine ébauchée et que je désirerais si fort cultiver davantage. Je ne le connais que par son génie*, par cette partie de lui-même qu'il a livrée aux disputes ou à l'admiration de son siècL'; mais je serais bien plus fier et plus heureux de le connaître par cette partie plus intime qu'un grand homme ne communique qu'à ses amis ; et, quoique les sots , qui ne savent lire que ce qui est écrit, en puissent dire, j'ai toujours pensé qu'un grand écrivain valait encore mieux que son plus beau livre; et vous êtes mieux placé que personne pour être de mon avis. »

Après de vifs compliments aussi pour M. de Ge-

1. Il se faisait alors une très haute idée de ce génie : « C'est, disait-il, Pascal ressuscité. » Une dizaine d'années après, l'enthousiasme est tombé. Plus tard l'admiration remontera un peu; mais peut-être que la politique démocratique y sera alors pour quelque chose, comme la sympathie religieuse au commencement.

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noude lui-même, qui piùiuàaiL alors par les Psaum'n à la traduction de h Bible tout entière, il souhaiterait fort, dit-il, de pouvoir soumettre à tous deux ses M édita lions poétiques dis dini de les faire paraître.

Cette tentative ne fut pas perdue. M. de Genoude invita le poète à lui envoyer copie de son manuscrit. L'ayant lu et peut-être fait lire à Lamennais, il trouva un éditeur nommé Mcolle*. Lamartine, par reconnaissance, dédia à M. de Genoude la Méditation qui couronnait le volume, la Poésie saci'ée, Dithyrambe, où, sur sa trace, il cueille en style racinien la fleur de la poésie biblique. A Lamennais il dédiait la Méditation qui a pour litre Dieu, et qui est une longue pièce d'alexandrins assez faibles, dans la manière de Voltaire.

Quand tout fut ainsi préparé, on résolut de lancer le livre, sans nom d'auteur: façon adroite de piquer la curiosité, avec un air modeste. Ce nom, les ferventes et les puissants l'apprendraient mieux à tous que n'eût fait le titre*.

1. Et non, comme le dit Lamartine dans ses Mémoires politiques (t. I, p. 115), l'éditeur de lord Byron, M. Goïselin ».

2. Le Journal des Dcbats du 1" avril 1820 publia, sur ces poésies, un article signé A, qui élait de M. de releîz. Il on con statait et en expliquait le succès, tout en ajoulant aux élogi s quelques critiques. Et il y révéhiit le nom de l'auteur.

L'aulcur eût souhaité une gravure en tète du volume. Il pria Virieu de la demander à sa sœur; voici comment il la concevait : « Un rocher sauvage et pittoresque, dominant un lac, ou une plaine, ou un fleuve, ou une mer. Quelques arbres superbes sur le rocher, et la lune se levant par-dessus... Sur le rocher, une figure de femme, debout, assise ou couchée, représentant la Méditation ou l'Enthousiasme; avec ce vers gravé en bas tlu dessin :

Le désir et l'amour sont les ailes de l'âme.

» C'est pour un grand in-octavo. Je demande instamment le dessin de cette gravure à mademoiselle Fanny... »

Nous avons là le frontispice, en quelque sorte le décor des Méditations tel que le rêvait l'auteur : le rocher pittoresque, le lac, la lune; et puis la figure de femme représentant la Méditation ou l'Enthousiasme : l'une des pièces principales après le Lac porte ce dernier titre.

Quant aux raisons qui l'auraient obligé de donner le livre au public, il a brodé dans Raphaël une légende romanesque. Sa mère lui écrit que des désastres de fortune ont amené la gêne à la maison; (ju'clle et le père se voient forcés de lui retrancher la moitié de sa petite pension pour pouvoir sufïîre à l'entretien des autres enfants. Il doit donc quitter Paris et la femme aimée pour aller vivre à la campagne, d'une vie pauvre. C'est alors qu'il prend la

résolution de porter son manuscrit à un imprimeur célèbre, M. D***, et de tenter la fortune par la renommée. Au bout de huit jours, il retourne chez M. D***. « J'ai lu vos vers, lui dit celui-ci; ils ne sont pas sans talent, mais ils sont sans étude. Ils ne ressemblent à rien de ce qui est reçu et recherché dans nos poètes. On ne sait où vous avez pris la langue, les idées, les images de cotte poésie. Elle ne se classe dans aucun genre défini. C'est dommage; il y a de l'harmonie. Renoncez à ces nouveautés, qui dépayseraient le génie français. Lisez nos maîtres: Deliile, Parny, Michaud, Raynouard, Luce de Lancival, Fontanes; voilà des poètes chéris du public. Ressemblez à quelqu'un si vous voulez qu'on vous reconnaisse et qu'on vous lise. Je vous donnerais un mauvais conseil en vous engageant à publier ce volume. »

Pour achever la légende, l'auteur ajoute qu'au sortir de chez M. D*** il brûla le manuscrit. « J'allumai le poêle; j'y jetai, feuille à feuille, le volume tout entier, sans en sauver une page. — l*uisque tu n'es pas bon à m'acheter un jour de vie et d'amour, m'écriai-je sourdement en le voyant brûler, que m'importe que l'immortalité de mon nom se consume avec toi? Mon immortalité, ce n'est pas la gloire, c'est mon amour 1 »

Ainsi parle Raphaël.

Dans la Correspondance, loin qu'on lui refuse d'imprimer ses vers, il dit qu'on le persécute pour

les imprimer malgré lui; il écrit, le 2o avril i819, à mademoiselle de Canonge : v On me perséeuliî pour imprimer un volume de Méditatior.s. C'est un genre neuf dont j'ai eu l'idée... On m'offre d'avance cinq cents souscripteurs... Pour me tenter, le duc de Rohan et quelques autres personnes en ont fait imprimer deux ou trois à mon insu par Didot. Ts m'en ont donné quelques exemplaires ; je vous en envoie une petite qui ne tiendra pas de place, ^'ous verrez au moins une belle impression. Si j'imprime, ce sera de cette manière. »

Enfin, le livre parut le 13 mars 1820 ^, avec un Avertissement de VÉdileur, signé E. G. (Eugène

1. C'était un mince volume irf^bciavo (pour mieux dire une plaquette), de 118 pages, de l'imprimerie Didot, mais publié a au dépôt de la librairie grecque-latine-allemande, rue de Seine, 12. — MDCCCXX », sans gravure ; avec celte devise sur le titre : Ab Jove principium.

Voici la table de cette première édition :

MÉDITATION 1". L'Isolement.

— 2=. L'Homme. A lord Byron.

— 3°. Le Soir.

— 4«. L'Immortalilé.

— b". Le Vallon.

— 6°. Le Désespuir.

— 1^. La Providence à l'homme.

— 8°. Souvenir.

— 9". L'Enlhousiccme.

— 10'. Le lac de £***.

— 11=. La Gloire. A un poète exilé.

— 12=. La Prière.

— 13^ Invocation.

— 14^ La Foi.

— 15«. Le Golfe de Baya (sic), près de Naplcs.

— 16«. Le Temple.

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Genoude'), en une page et demie, et commençant ainsi :

Les morceaux dont se compose le recueil que nous offrons au public sont les premiers essais d'un jeune homme qui n'avait point, en les composant, le projet de les publier. Vivement frappés du sentiment poétique qui y domine et de la teinte originale et religieuse de cette poésie, nous avons pensé que le public les accueillerait avec intérêt; et, sans nous dissimuler ce que le travail et le temps pourraient ajouter au mérite de ces ouvrages , nous avons demandé à l'auteur la permission d'en imprimer un certain nombre. Le nom de Méditations, qu'il a donnée ces dilTérents morceaux, en indique parfaitement la nature et le caractère : ce sont, en effet, les épanchements tendres et mélancoliques des sentiments et des pensées d'une âme qui s'abandonne à ses vagues inspirations. Quelques-unes s'élèvent à des sujets d'une grande hauteur; d'autres ne sont, pour ainsi dire, que des soupirs de l'âme. Nous n'en présentons qu'un très petit nombre à la fois, nous réservant, d'après l'effet qu'elles auront pu produire, d'en donner incessamment un second livre, ou de nous bornera cette épreuve.

MÉoiTATiON 17*. Chants lyriques de SaUl. Imitation d3S Psaumes de David.

— 18». Hymne au Soleil.

— 19". AdiiU.

— 20". La Semaine-sainte à la R. G.

— 21». Le Chrétien mourant.

— 22=. Dieu. A M. de L. M.

— 23». L'Automne.

— 24». La Poésie sacrée, dithyrambe. A 31. Eugène

Genoude.

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