AVANT- PROPOS. V
vaise grâce à compter de trop près avec ce grand prodigue qui a dépensé sans mesure son génie et son âme aussi bien que son or. Et , quant à sa vie du dehors, il est bien vrai qu'on ne peut la juger sainement qu'à distance, parce que sa politique était surtout une politique d'avenir ; il parlait à la postérité autant qu'à ses contemporains, et le temps s'est chargé presque toujours, en somme, de lui donner raison.
Mais irez-vous jusqu'à regretter, avec quelques amis et surtout quelques ferventes admiratrices du poète, la publication de sa correspondance par la noble femme qui , après avoir été l'ange de sa vieillesse , demeure la gardienne fidèle de sa tombe et de sa gloire ? Pour nous , nous en remercions au contraire madame Valentine de Lamartine, et nous répétons après elle : « Le faire mieux connaître , c'est le faire mieux aimer. » La correspondance, sur certains points , détruit la légende , et cela est bien : la légende n'est pas lidéal. La légende, en quelques parties, datait. Un Lamartine monotone , monocorde, solennel, un peu fané, que les jeunes gens ne lisaient plus, c'est un Lamartine de convention, celui-là ! Au contraire, nul n'est plus varié, plus vivant, plus moderne, plus pittoresque : c'est