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LES MÉDITATIONS

(Suite et Fin.)

Les pièces caractéristiques des premières Méditations, après l'Isolement et le Lac, sont : le Soir, le Vallon, l'Automne : autant denchantements, suaves élégies, musiques de l'âme.

LeSoirùsi une rêverie spiritualiste, d'une harmonie particulière : au lieu de se succéder dans un moule uniforme, les rimes sont diversement alternées.

La plus jolie pièce des Orientales, les Fantômes, pourrait bien avoir été inspirée à Victor Hugo par quelques stances de cette Méditation, celles où le poète entendant bruire le feuillage des bois se demande si ce doux murmure n'annonce pas la présence des élres chers qu'il a perdus :

De ce hêtre au feuillage sombre J'entends frissonner les rameaus;

On dirait autour des tombeaux Qu'on entend voltiger une ombre.

Peut-être ces mânes heureux Glissent ainsi sur le bocage ?

Enveloppé de leur image, Je crois me sentir plus près d'eux !

Ah ! si c'est vous, ombres chéries, Loin de la foule et loin du bruit Revenez ainsi chaque nuit Vous mêler à mes rêveries!...

Mais peut-être Lamartine lui-même avdit-il été inspiré d'André Cliénier dans sa Néère:

Au coucher du soleil, si ton âme attendrie Tombe en une muette et noble rêverie, Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi, Je viendrai, Clinias, je volerai vers toi. Mon âme vagabonde, à travers le feuillage Frémira : sur les vents ou sur quelque nuage Tu la verras descendre, ou du sein de la mer S'êievant comme un songe, étinceler dans l'air : Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive, Caresser en fuyant ton oreille attentive.

Une pièce des Harmonies, celle qui a pour titre Pensée des Morts, rappellera aussi les Fantômes; mais elle est venue après. — Ainsi ces génies poétiques se transmettent l'inspiration; l'un aimante l'autre tour à tour.

Dans une ode des Feuilles d'Automne, Victor Hugo adressera à Lamartine un hommage d'une généreuse

modestie, le comparant à Christophe Colomb qui vient de découvrir un monde, et se comparant lui à Lapérouse qui, moins heureux, tente la même entreprise et ne rencontre que le naufrage obscur, la mort lointaine et ignorée sur un écueil! Dans une autre pièce, il lui renouvellera son hommage, et avec déférence se subordonnera encore à lui :

Montés au même char dans l'arène lyrique, Nous tiendrons tous les deux, comme un couple homérique, Toi la lance, moi les coursiers *.

Les relations entre Lamartine et Victor Hugo furent empreintes de courtoisie toujours, et d'amitié presque jusqu'à la fin''.

1. Lamartine, en réponse à ce double hommage, adressera à Victor Hugo plusieurs poésies, mais non des plus belles, et même un peu insuffisantes, excepté les Préludes.

2. M. Jules Claretie, dans son discours à l'inauguration de la slatue de Lamartine à Passy, disait: « Voici plus d'un demisièol(?, un jeune homme encore inconnu écrivait ces lignes : « L'auire jour, j'ouvris un livre qui venait de paraître sans nom d'aulcui-, avec ce simple titre : Méditations poétiques. C'étaient des vers. » Et le jeune homme ajoutait : <r Voici donc enfin des poèmes d'un poète, des poésies qui sont de la poésie! » Et, quarante ans après, ce jeune homme, devenu sexagénaire, écrivait à l'auteur clés Méditations resté son vieil ami : « Cher Lamartine, il y a longtemps, en 1820, mon premier légayement de poêle adolescent fut un cri d'enthousiasme devant votre éblouissant soleil se levant sur le monde. Cette page est dans mes œuvres, et je l'aime; elle est là avec beaucoup d'autres qui vous glorifient. Nous nous aimons depuis quarante ans, et nous ne sommes pas morts... » Ils sont morts maintenant, ces deux frères en poésie et en gloire .. Celui qui, écrivant alors les Odes et Ballades encore inédites, saluait les Méditations, c'était Victor Hugo. »

Il-i LAMARTINE.

Dans le Vallon, stances mélancoliques, le jeune poète déplore sa vie écoulée obscure et sans gloire :

.Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance, N'ira plus de ses vœux importuner le Sort. Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance, Un asile d'un jour pour attendre la mort...

Lorsque Chateaubriand parlait de s'ensevelir dans ia retraite, — « Oui, disait M. de Salvandy, une cellule sur un théâtre 1 » Et Doudan ici, à peu près de même, sur ce vers:

Un asile d'un jour pour attendre la mort...

« Oui, écrit-il, un fauteuil à l'Académie et un siège cl la Chambre ! »

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile, Ainsi qu'un voyaj,'eur qui, le cœur plein d'espoir, S'assied , aA-ant d'entrer, aux portes de la ville. Et respire un moment l'air embaumé du soir.

Sur les vingt-quatre pièces dont se composait la première édition des Méditations, ces huit ou dix (talent la partie originale et neuve. C'est ce que la petite préface nommait ces « épanchements tendres et mélancoliques », ces « soupirs de l'ânie ».

C'était une àme qui chantait'.

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