PARIS
DRBAiN CANEL, libraire, rue Ilautefeuille, n° 5;
AUDIN, quai des Augustins, n" 25.
UDCCCXXIII
Cette édition contenait ving;-six pièces, dont voici les titres : 1", l'Esprit de Dieu; — 2% Sapho, élégie antique; — 3% Bonaparte; — 4% les Étoiles; — 5', le Papillon; — G", le Passé, à M. A. de V. (Aymon de Virieu) ; — 7', Tristesse; — 8", la Solitude; — 9% Ischia; — 10% la Branche d'amandier; — 11% à
le Crucifix. La mémoire d'Elvire a inspiré l'une et l'autre. Ce crucifix est celui qu'elle embrassa dans son agonie, et que le prêtre donne au poète*.
Toi que j'ai recueilli sur sa bouche expirante Avec son dernier souffle et son dernier adieu , Symbole deux fois saint, don d'une main mourante, Image de mon Dieu,
Que de pleurs ont coulé sur tes pieds que j'adore, Depuis l'heure sacrée où, du sein d'un martyr, Dans mes tremblantes mains tu passas, tiède encore De son dernier soupir 1
Ici encore soyons attentifs à cet art si pur, qui n'emploie que les expressions les plus immatérielles. Déjà dans le Lac, l'émouvante adjuration au Temps trop rapide, par qui était-elle prononcée? Par « la voix qui m'est chère ». De même ici le crucifix est le « don d'une main mourante «; il a été recueilli
FA***; — 12', Élégie; — 13% le Poète mourant; — 14», l'Ange, fragment épique; — 15», Consolation ; — 16», les Préludes; — 17», l'Apparition de l'Ombre de Samuel à Saul, fragment dramatique; — 18», Stances; — 19', la Liberté, ou Une Nuit à Rome, à Éli. Duch. de Dev... ; — 20», Adieux à la mer; —21», te Crucifix; — 22», la Sagesse; — 23% Apparition; — 24», Chint d'amour; — 25», Improvisée à la Grande- Chartreuse; — 2C», Adieux à la poésie.
Dans une édition de 1830, sept ans après la première, il n'y a qu'une pièce ajoutée aux vingt-six : le Retour, Mais l'ordre des vingt-sept est changé.
i. En fait, au moment de la mort de madame C... à Paris, il était à llilly. Virieu, qui se trouvait à Paris, avait été chargé, dit l'auteur dans son Commentaire, de lui transmettre ce doa sacré.
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sur « le sein d'un martyr ». Ce mot ambigu laisse un voile sur la personne et répand sur le sujet, déjà religieux, je ne sais quelle teinte, plus religieuse encore, de sacrifice*.
Ce n'est qu'au milieu de la pièce que le poète prononce pour la première et seule fois le mot : w Elle ».
0 dernier confident de l'âme qui s'envole, Viens, reste sur mon cœur, parle encore, et dis-moi Ce qu'elle te disait quand sa faible parole N'arrivait plus qu'à toi 1
Puis, par une gradation insensijjle et une sorte de magie poétique, le Crucifix s'anime ''j devient le Christ lui-même, «Divin consolateur» :
Pour éclaircir l'horreur de cet étroit passage, Pour relever vers Dieu son regard abattu, Divin consolateur dont nous baisons l'image, Réponds ! que lui dis-tu ?
Tu sais, tu sais mourir! et tes larmes divines, Dans cette nuit terrible oii tu prias en vain, De l'olivier sacré baignèrent les racines Du soir jusqu'au matin !...
1. Un profane dirait peut-être que ce mot, sans y chercher tant de mystère, a été amené tout simplement par la rime de a dernier soupir ». Voir, dans le volume des Poésies inédites, le premier croquis, en prose, de cette pièce.
2. Comme dans le drame espai,'nol de II. de Zorilla y Moral, Un témoin de bronze. Voir le Romanlisme des Classiques, p. 355 et 356.
Au nom de cette mort, que ma faiblesse obtienne De rendre sur ton sein ce douloureux soupir : Quand mon heure viendra, souviens-toi de la tienne, 0 toi qui sais mourir I
Je chercherai la place où sa bouche expirante Exhala sur tes pieds l'irrévocable adieu, Et son âme viendra guider mon âme errante Au sein même de Dieu M ...
Ainsi le poète n'emprunte à la réalité que le point de départ, « le motif»; il n'en laisse deviner que ce qui est nécessaire pour animer sa conception morale, sa Méditation religieuse; il n'en garde que ce qui peut servir à l'émotion. Aussi avait-il bien raison d'écrire à Eugène Genoude (13 juin 1824) : « Je ne suis ni romantique comme vous l'entendez, ni classique comme ils l'entendent; je suis ce que je peux être. » Et , dans une Lettre à M. Stendhal, faite évidemment pour le public (19 mars 18 '23) : « L'imitation de la nature n'est pas le seul but des arts;
1. Cf. Bossuet, Oraison funèbre de Madame, duchesse d'Oi'léans : ... « Elle demande le crucifix sur lequel elle avait vu expirer la reine sa belle- mcrc, comme pour y recueillir les impressions de constance et de pieté que cette âme vraiment chrétienne y avait laissées avec les derniers soupirs... Elle prie Monsieur de se retirer, parce qu'elle ne veut plus sentir de tendresse que pour ce Dieu crucifié qui lui tend les bras... Il semble que Dieu ne lui ait conservé le jugement libre jusqu'au dernier soupir qu'afin de faire durer les témoignages de sa foi. Elle a aimé en mourant le .Sauveur Jésus; les bras lui ont manqué plutôt que l'ardeur d'embrasser la croix ; j'ai vu sa main défaillante chercher encore, en tombant, de nouvelles forces pour appliquer sur ses lèvres ce bienheureux signe de notre rédemption : n'est-ce pas mourir entre les bras et dans le baiser du Seigneur?... »
ie beau est, avant tout, le principe et la fin de toutes les créations de l'esprit^. » Voilà la doctrine que Lamartine n'oublie jamais.
Tandis que Victor Hugo le plus souvent rend les idées par des images et donne aux abstractions des formes concrètes, Lamartine, à l'inverse, spiritualise en quelque sorte la matière, saisit dans les choses de la nature physique et de la vie réelle les analogies morales, et use volontiers de ces transpositions. « C'est surtout dans la spiritualité des idées, disait Joubert, que consiste la poésie ^. »
Le Crucifix est l'un des deux sommets du second recueil ; l'autre, dans un genre tout différent, est l'ode intitulée Bonapai^te : pièce éclatante, d'aspects multiples, comme celui qu'elle célèbre tout en le stigmatisant. L'horreur et l'admiration semblent se partager l'âme du poète. Qu'il ait écrit cette Méditation « à Saint-Point, dans la petite tour du Nord, au printemps de l'année 1821, peu de mois après qu'on eut appris en France la mort de Bonaparte à Sainte- Hélène », comme le dit l'auteur en son Commentaire^ ; ou que ce soit quelques années après seule-
1 . Voir œuvres complètes de Stendhal (Henri Beyle) , Racine et Shakspeare.
2. Plusieurs des délicates pensées de cet écrivain sembleraient faites exprès pour définir le génie poétique de Lamartine : « Quiconque n'a jamais été pieux ne deviendra jamais poète. » — « Les beaux vers sont ceux qui s'exhalent comme des sons ou des parfums. » Etc.
3. Dans ses Commentaires il brode continuellement de la poésie en prose, à l'occasion de ses poésies eu vers.
ment, comme le fait \oir sa. Correspondance, peu importe. « Elle fit une immense impression dans le temps », ajoute-t-il; et nous l'en croyons sans peine. Aujourd'hui elle n'émeut plus, mais elle frappe encore. Le début en est théâtral :
Sur un écueil battu par la vague plainti^•e, Le nautonier, de loin, voit blanchir sur la rive Un tombeau, près du bord par les flots déposé; Le temps n'a pas encor bruni l'étroite pierre, Et sous le vert tissu de la ronce et du lierre On distingue... un sceptre brisé.
Ici gît... Point de nom ! demandez à la terre ! Ce nom ? il est inscrit en sanglant caractère Des bords du Tanaïs au sommet du Cédar, Sur le bronze et le marbre, et sur le sein des braves. Et jusque dans le cœur de ces troupeaux d'esclaves Qu'il foulait tremblants sous sou char.
Il est là!... Sous trois pas un enfant le mesure! Son ombre ne rend pas môme un léger murmure; Le pied d'un ennemi foule en paix son cercueil. Sur ce front foudroyant le moucheron bourdonne ; Et son ombre n'entend que le bruit monotone D'une vague contre un écueil.
Ne crains pas cependant, ombre encore inquiè'.e, Que je vienne outrager ta majesté muette, rs'on. La lyre aux tombeaux n'a jamais insulté : La mort fut de tout temps l'asile de la gloire '. Rien ne doit jusqu'ici poursuivre une mémoire, Rien,... excepté la vérité!
1. Ce vers se lit encore ainsi dans une édition de 1830 que j'ai sous les yeux, — comme dans toutes les éditions précé-
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Alors il trace à grands traits enflammés la prodigieuse carrière :
Les dieux étaient tombés, les trônes étaient vides; La Victoire te prit sur ses ailes rapides ; D'un peuple de Brutus la gloire te fit roi...
Ah! si, rendant le sceptre à ses mains légitimes, Plaçant sur ton pavois de royales victimes, Tes mains des saints bandeaux avaient lavé l'affront ! Soldat vengeur des rois, plus grand que ces rois même, De quel divin parfum, de quel pur diadème La gloire aurait sacré ton front!...
Mais non : c'est pour toi seul que ton ambition voulait l'empire. Et tout obstacle était ton ennemi ; tu le brisais...
Rien d'humain ne battait sous ton épaisse armure.
La gloire efface tout, tout..., excepté le crime ! Mais son doigt me montrait le corps d'une victime : Un jeune homme, un héros, d'un sang pur inondé. Le flot qui l'apportait passait, passait sans cesse; Et toujours en passant la vague vengeresse Lui jetait le nom de Condé !
dénies. — Mais, dans une de 1863 (in-li, Furne-Hachette- Pagnerre), soit par erratum typographique, soit par modification volontaire de l'auteur ou de l'un de ses secrétaires, on lit : La mort, de tout temps, fut...
Déjà, à cette époque, commentait la révolte contre la césure, qui devait aller de nos jours jusqu'à l'insanité. La césure ou les césures ne sont pas moins essentielles au vers français que la rime. Elles en sont a. les vertèbres », a dit avec justesse M. Anatole France. Aujourd'hui, c'est le glorieux règne des invertébrés.
Cet anathème au meurtrier du duc d'Eûgliien fait pendant au dithyrambe sur la Naissance du duc de Bordeaux^. De tels vers avaient droit à l'admiration, non seulement des royalistes, mais de tout ce qui porte un cœur d'homme ami de la justice. Il y a là huit strophes puissantes, du plus grand souffle poétique et moral, avec des images à la Macbeth.
D'autre part, il faut savoir gré au poète d'avoir, tout en stigmatisant ce crime, su rendre un hommage légitime au génie de Bonaparte, mais sans se laisser entraîner à l'idolâtrie napoléonienne, comme firent la plupart des autres poùtes du même temps.
Quoique l'ode ne soit pas exempte de rhétorique à la Lucain, l'ensemble en est étincelant; le mouvement lyrique, grandiose ; les images saisissantes ; la forme tout entière d'une belle sonorité. Le poète, par un scrupule de conscience, en changea plus tard les deux derniers vers . Il avait dit d'abord :
Et TOUS, fléaux de Dieu, qui sait si le génie N'est pas une de vos vertus ?
A la réflc ::ion, cela lui parut « un sacrifice immoral à ce qu'on appelle la gloire. Le génie par luimême, dit -il dans son Commentaire, n'est rien moins qu'une vertu ; ce n'est qu'un don, une faculté.
1. Que le poète avait alors en portefeuille, mais qui parut seulement dans une édition de 1826.
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un instrument : il n'expie rien, il aggrave tout. Le génie mal employé est un crime plus illustre: \oi\t la vérité en prose. J'ai corrigé ici ces deux vers, qui pesaient comme un remords sur ma conscience. » Il les modifia donc ainsi :
Et vous, peuples, sachez le vain prix du génie Qui ne fonde pas des vertus !
Bonne intention, mais pauvres vers. Chute plate d'une belle œuvre : on tombe de Lucain à Berquin.
Le Poète mourant, par sa facture comme par son titre, tient de l'ancienne manière, rajeunie seulement de quelques touches neuves. Cela commence à la façon de Gilbert, de Parny ou de Millevoye :
La coupe de mes jours s'est brisée encor pleine !... Ma vie en longs soupirs s'enfuit à chaque haleine ; Ni larmes, ni regrets ne peuvent l'arrêter; Et l'aile de la Mort, sur l'airain qui me pleure, En sons entrecoupés, frappe ma dernière heure!... Faut-il gémir? Faut-il chanter?
Chantons, puisque mes doigts sont encor sur la lyre...
Ce sera ie chant du cygne, chant suprême, le plus mélodieux... Gémir? à quoi bon? Cette vie vaut-elle
un soupir, un pleur? Une autre nous attend, une vie immortelle.
Jusqu'ici, il n'y a rien que n'ait pu trouver tel ou tel des poètes prédécesseurs. IMais voici les accents nouveaux :
Le poète est semblable aux oiseaux de passage Qui ne bâlissent point leurs nids sur le rivage, Qui ne se posent pas sur les rameaux des bois ; Nonchalamment bercés sur le courant de l'onde, Ils passent en chantant loin des bords , et le monde Ne connaît rien d'eux que leur voix.
Eh! que nous importe ce qu'on nomme gloire, écho d'un vain son?
Plus j'ai pressé ce mot, plus je l'ai trouvé vide, Et je l'ai rejeté, comme une écorce aride. Que nos lèvres pressent en vain >.
Le cygne qui s'envole aux voûtes éternelles, Amis! s'informe-t-il si l'ombre de ses ailes Flotte encor sur un vil sazon?...
Cette seconde moitié de la pièce rachète la banalité de la première et la froide symétrie de ce refrain : Faut-il gémir? Faut-il ciianter?
La brillante Méditation qui a pour tilrc les Étoiles semble elle-même un ciel où les conslellalions scin-
1. a La plus dupe de toutes les niaiseries de l'homme. » — Lettre à Virieu, 27 mars 18:8.
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tillent dans le profond azur. L'imagination du poète y sème mille traits éclatants qui rivalisent avec ces étoiles mêmes répandues dans l'espace immense
Comme une pou Ire d'or sous les pas de la Nuit. *
Ces astres sans nombre émeuvent sa pensée comme ils étonnent son regard :
L'œil ébloui les cherche et les perd à la fois ! Les uns semblent planer sur les cimes des bois, Tels qu'un céleste oiseau, dont les rapides ailes Font jaillir en s'ouvrant des gerbes d'étincelles...
Cuux-ci, sur l'horizon se penchant à demi, Semblent des yeux ouverts sur le monde endormi.
Qui sait si tels d'entre eux, choisis par Jui entre les plus purs, les plus doux, et consacrés du nom de ce qu'il a aimé, de ce qu'il a perdu ici-bas, ne lui répondent pas de là-haut par leurs feux qui palpitent, et ne lui rendent pas regard pour regard et souvenir pour souvenir?...
Cependa;it la nuit marche, et sur l'abîme immense Tous ces mondes flottants gravitent en silence, Et nous-même, avec eux emportés dans leur cours, Vers un p.Dit inconnu nous avançons toujours.
Souvent, pendant la nuit, au souffle du zéphyre, Ou sent la terre aussi flotter comme un navire; D"une écume brillante on voit les monts couverts Fendre d'un cours égal le flot grondant des airs ; Sur ses vagues dazur où le globe se joue Où cûtead l'aquilon se briser sous la proue,
ICO LAMARTINE.
Et da vent dans les mâts les tristes siUlements, Et de ses flancs battus les sourds gémissements; Et l'homme, sur l'abîme où sa demeure flotte, Vogue avec volupié sur la foi du pilote.
Soleils! mondes errants qui voguez avec nous, Dites, s'il vous l'a dit, où donc allons-nous tous? Quel est le port céleste où son souille nous guide? Quel terme assigna-t-il à notre vol rapide ? Allons-nous, sur des bords de silence et de deuil, Échouant dans la nuit sur quelque vaste écucil, Semer l'immensité des débris du naufrage ? Ou, conduits par sa main sur un brillant rivage Et sur l'ancre éternelle à jamais affermis, Dans un golfe du ciel aborder endormis ?
11 en veut croire les pressentiments de son amour, l'instinct de son cœur :
Oui, Ihomme, un jour peut-être à ses destins rendu, Retrouvera chez vous tout ce qu'il a perdu! Hélas ! combien de fois, seul, veillant sur ces cimes Où notre âme plus libre a des vœax plus sublimes. Beaux astres ! fleurs du ciel dont le lys est jaloux, J'ai murmuré tout bas : Que ne sais-je un de vous ? Que ne puis-je, échappant à ce globe de boue, Dans la sphère éclatante où mon regard se joue, Jonc'iant d'un feu de plus les parois du saint lieu Éclore tout à coup sous les pas de mon Dieu ?...
Devenu un de ces astres heureux, je retournerais chaque nuit visiter mon globe natal, consoler de mes rayons les âmes souffrantes!... Le matin, je m'en reviendrais parmi les étoiles mes sœurs ; elles m'apprendraient à connaître Celui que cherche uotie invincible espoir !
Le Chant d'amour est, après les Étoiles, une des pièces considérables du volume, mêlée, comme le Poète mourant, d'accents nouveaux et de procédés anciens. La première moitié sent l'effort, et date, par des afféteries démodées ; dans la seconde , les inspirations personnelles animent les réminiscences voulues, de Sapho, de Tliéocrite, de Virgile, de Tibulle ei an Cantique des can^igues . Dans l'intervalle de deux grands développements en strophes lyriques, se trouvent, comme une sorte de courte épode, ces vers charmants :
Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ? Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage : Rougis-tu d'être belle ? o charme de mes yeux ! L'aurore, ainsi que toi, de ses roses s'ombrage. Pudeur, honte céleste, instinct mystérieux, Ce qui brille le plus se voile davantage ; Comme si la beauté, cette divine image, N'était faite que pour les cieux!
Puis l'amoureuse ivresse, avec mille images gracieuses, s'épanche de nouveau en flots intarissables :
Tes yeux sont deux sources vives Oii vient se peindre un ciel pur...
Tes deux luains sont deux corbeilles Qui laissent passer le jour ; Tes doigts de roses vermeilles En couronnent le contour.
Sur le gazon qui l'embrasse Ton pied se pose, et la grâce,
Comme un divin instrument, Aux sons égaux d'une Ijre Semble accorder et conduire Ton plus léger mouvement '.
Les teintes légèrement païennes que nous avons notées dans la Méditation du Lac et dans quelques autres du premier recueil, sont plus fréquentes dans le second, — où cependant la couleur religieuse se continue par le Crucifix, les Eto-les, la Consolation. — Il mêle les réminiscences de Berlin à celles de Properce :
Lorsque enfin, plus heureux, ton front charmant repose Sur mon genou tremblant...
Le poète, à Ischia, dans ce paradis de ses souvenis secrets, trouve des inspirations nouvelles dont il fait honneur à la femme qui seule a droit désormais à ses hommages, et qu'il aime après tout. « Ma femme est une petite perfection. »... « J'ai la perfection à mon gré. » Il lui offre donc d'abord la pièce même qui a pour titre : Ischia. « C'est, dira plus tard le Commentaire, l'île de mon cœur, c'est l'oasis de ma jeunesse, c'est le repos de ma maturité... J'ai décrit les îles du golfe do Naples dans l'épisode de Graziella. La première fleur d'oranger qu'on a respirée en abordant presque en-