‹ LamartineChapitre 64 sur 113 · Tibulle, IV · texte numérisé non relu

Tibulle, IV

Illam, qtiidquid agit, quoqun vesligia movit, Componit furiim subscqui'.urque clccor.

fant un rivage inconnu, donne son parfum à tout un long souvenir. En 1821, je passai un nouvel étù dans l'île dlschia, avec la jeune femme que je venais d'épouser. J'étais heureux : j'avais besoin de chanter... »

Cette pièce, un peu molle et mignarde, à l'italienne, est d'une douceur céleste. Le coloris en est mixte : un peu ancien peut-être dans la première moitié, neuf dans la seconde. La musique des vers y est exquise; jamais on n'a mieux su peindre au moyen des sons :

Viens, l'amoureux silence occupe au loin l'espace ; Viens du soir près de moi respirer la fraîcheur.

A la molle clailù de la vuùte sereine Nous chanterons eneemble assis sous le jasmin, Jusqu'à l'heure où la lune, en glissant vers Miscne, Se perd en pidissant dans les feux du matin.

Ces divins accents sont mis par le poète dans la bouche d'une amante qui chante et s'accompagne de la guitare, attendant son amant qui est en mer, et rallumant la lampe de la Madone pour fanal d'amour.

A sa femme, il adresse encore l'élégie gracieuse qui était d'abord seule et qui depuis a été rattachée^ à la pièce des Préludes :

L'onde qui baise ce rivage

De quoi se plaint-elle à ses bords?...

De quoi gémit la tourterelle?

Î6i LAMAnXINE.

Et toi, d'où viens que tu soupires près de moi, ô ma bien-aimée?

Et que, tout près de ton sourire, Brille une larme dans tes yeux?

Hélas 1 c'est que notre faiblesse

Pliant sous sa félicité,

Comme un roseau qu'un souffle abaisse,

Donne l'accent de la tristesse

Même au chant de la volupté;

Ou bien peut-être qu'avertie

De la fuite de nos plaisirs

L'ame, en extase anéantie,

Se réveille et sent que la vie

Fuit dans chacun de nos soupirs!...

La suite est purement païenne, à la manière d'Horace : toute chose passe, comme cette onde, comme ce chant de la tourterelle enivrée d'amour :

Embrassons-nous, mon bien suprême, Et, sans rien reprocher aux dieux.

Un jour, de la terre où l'on aime, Évanouissons-nous de même En un soupir mélodieux!,,.

Les Préludes sont une série de brillantes esquisses, où le poète déploie sa virtuosité. Après l'amour et ses ivresses, il rcve d'affronter la mer et ses tempêtes. Il y a ici peut-être une réminiscence des Natchez, où Chactas s'écrie : « Oh! que ne me suis-je précipité dans les cataractes au milieu des ondes écumantes? Je serais rentré dans le sein de

la Nature avec toute mon énergie ^.. » Ensuite le poète aspire à la guerre, aux sanglants combats. Tout cela lui fournit quelques pages d'alexandrins classiques qui font contraste avec les jolies stances du début. Puis, par une nouvelle modulation, il revient à la douce vie pastorale :

Un vent caresse ma lyre :

Est-ce l'aile d'un oiseau?...

0 vallons paternels! doux champs, humble chaumière!...

La pièce est dédiée à Victor Hugo. Alfred de Vigny l'admirait, surtout dans les dernières strophes''.

On regrette que les deux charmants passages d'élégie amoureuse et de poésie champêtre soient perdus à travers ces flots d'alexandrins et de froids

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