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Portraits contemporains, t. l. p

nient de toute transition : moins bien composée?, et un peu indécises dans leur ensemble... Comme ensemble, comme volume définitif, j'aime mieux les premières. »

L'analyse attentive des secondes démontre la justesse de cette balance : le critique en sa jeunesse et sous le coup de l'élection académique a été un peu absolu à les louer comme un progrès ; plus tard, il restreint sa première assertion et fait les distinctions nécessaires.

En fait, elles n'eurent pas autant de succès ; l'auteur en convient lui-même. Il en donne cette explication : « Que les premières étaient les premières, et que les secondes étaient les secondes. Une fois l'étonnement émoussé, la poésie peut rester aussi belle, elle n'est plus aussi admirée : la nouveauté est une des conditions de l'enthousiasme. J'étais le même homme, j'avais le même âge ou un an de plus, la fleur de la jeunesse, vingt-six ans ; je n'avais ni gagné ni perdu une fibre de mon cœur; ces fibres avaient les mêmes palpitations; la plupart des Méditations qui composaient ce second recueil avaient été écrites aux mêmes dates et sous le feu ou sous les larmes des mêmes impressions que les premières; c'étaient les feuilles du même arbre, de la même sève, de la même tige , de la même saison ; et cependant le public n'y trouva pas au premier moment la même fraîcheur, /a même couleur, la même saveur. Ce n'est plus cela, s'écriait-on de toutes parts... » Et il conclut ;

« C'est que, si mes vers étaient encore aussi neufs pour ce public, ce public n'était plus aussi neuf pour mes vers ^ »

Entendons-nous. D'abord, \es Nouvelles Méditations étaient venues au public non pas un an , mais trois ans après les premières. Ensuite, à la date des premières, l'auteur avait trente ans ; ce qui fait trentetrois et non vingt-six; peu importe. Est-il exact de dire que toutes les pièces composant ce second volume étaient des mêmes dates que celles du premier? Non: un certain nombre étaient un peu plus anciennes; l'auteur les avait exclues du premier, parce que, tenant plus des procédés d'autrefois que de sa manière nouvelle , elles lui avaient paru devoir être écartées. Pourquoi les reprit-il alors? La Correspondance nous montre que ce fut afin de parfaire le volume, mais

1. Corneille, après le Cîd, appi-éiiendant un succès moindre pour ses Romains que pour ses Castillans, donne indirectement, par la bouche du jeune Horace, une explication pareille. Le public, dit-il, veut que l'on aille toujours croissant : (Acte V, scène ii.)

Après une action pleine, haute, éclatante,

Tout ce qui brille moins remplit mal son allenfc.

Il veut qu'on soit égal en tous temps, en tous lieux.

Il n'examine point si lors on pouvait mieux,

Ni que, s'il ne voit pas toujours une merveille.

L'occasion est moindre, et la vertu pareille.

Son injustice accable et détruit les grands noms;

L'honneur des premiers faits se perd dans les seconds.

Et, quand la renommée a passé l'ordinaire.

Si l'on n'en veut déchoir, il ne faut plus rien faire.

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en allant un peu plus vite qu'il n'eût fallu. Le lo février 1823, il écrit à Yirieu :

Je viens de vendre, quatorze mille francs comptant, mon second volume de Méditations, livrable et payable cet été. Cela me mettra au niveau , et au delà , de mes besoins présents. En sus, le roi m'a donné, dit-on, une pension de deux mille francs ; ceci entre nous . Plus , mes appointements courront encore, je crois, celte année*. Ainsi, si tout cela aborde, nous serons de force à finir Saint-Point 2, pendant que tu finiras Pupetières. Ayant vendu mon livre, il a bien fallu le faire, et je m'y suis donc mis depuis quelques jours. Cela va grand train. J'ai déjà environ le nombre de vers spécifié, à peu de chose près.

Et, le 6 août, au même :

Jai fini mon deuxième volume. Je l'envoie ces joursci à Paris. Je vais faire ou refaire César (sa tragédie) en romantique, pour m'amuser cet automne, et gagner dix mille francs dont j'aurai besoin...

Voilà pourquoi il a repris un certain nombre de vieilles pièces, qu'une sélection plus sévère avait d'abord écartées : par exemple, Sapho, qui date de 1816, et la pièce intitulée Élégie, qui est du même temps : l'auteur lui-même l'avoue, et on l'eût bien deviné. De môme, quoiqu'il dise plus tard que le

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