‹ LamartineChapitre 72 sur 113 · Le Manuscrit de ma Mère, p. 2C · texte numérisé non relu

Le Manuscrit de ma Mère, p. 2C

avant la Maison du Berger, Du premier coup, dans cette voie nouvelle, il est aussi grand que Lucrèce et aussi tendre que Virgile :

Triomphe, di5ait-il, immortelle Nature, Taadij que devant toi, ta frêle créature Élevant ses regards de ta beauté ravis Va passer et mourir! triomphe, tu survis!...

Quoi donc! n'aimes-tu pas au moins celui qui t'aime ?

Si impassible que la Nature paraisse à cause de la fixité de ses lois, des âmes comme celle de Lamartine croient d'une foi instinctive que ni l'homme ni sa planète ne sont isolés de l'univers; que des liens certains, quoique indéfinissables, les rattachent aux êtres de tous les autres mondes et à la cause première, inconnue, d'où tout émane. Cette impassibilité apparente n'a donc rien qui les désespère, si ce n'est dans quelques heures de crise, moments passagers; tout le reste du temps, au contraire, elles se consolent et s'apaisent en se plongeant dans son sein ;

Mais la Nature est Vi. qii t'invite et qui t'aime...

Elles se confondent avec joie au plein de l'Être universel, et le bénissent, comme elles se sentent bénies par lui, reconnaissant que la douleur aussi bien que la joie est la condition de la vie pour quiconque

a commencé d'ctre et, par conséquent, doit finir.

Adieu, soleil flottant dans l'azur de l'espace ! Jours rayonnants de feu, nuits touchantes de grâce I Du soir et du matin ondoyantes lueurs!

Forêts où de l'aurore étincellent les pleurs !

Vagues qui, vous gonflant comme un sein qui respire, Embrassez mollement le sable ou le navire I V^oiles, grâces des eaux qui fuyez sur la mer!...

Voilà des A'ers dont le modèle ne se trouvait nulle part, et que rien n'a dépassés . « En peignant ainsi la Nature à grands traits... et en jetant au milieu de cette scène indéfinie et sous ces horizons immenses tout ce qu'il y a de plus vrai, de plus tendre et de plus religieux dans la mélancolie humaine, Lamartine a obtenu du premier coup des effets d'une simplicité sublime, et a fait, une fois pour toutes, ce qui n'était qu'une seule fois possible ^ »

La lettre au duc de Montmorency à propos du duel n'était qu'un prétexte, ou une occasion saisie. Lamartine, au mois de novembre 1824, s'était présenté à l'Académie française''. Or, le duc de Montmorency , nommé récemment gouverneur du duc

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