‹ LamartineChapitre 74 sur 113 · LES HARMONIES · texte numérisé non relu

LES HARMONIES

Ceux qui, dans les œuvres poétiques, aiment surtout l'abondance et l'éclat, la richesse des images, les rythmes variés, préfèrent les Harmonies aux Méditations', ceux qui, en aimant aussi tout cela, sont particulièrement sensibles à la pureté impeccable de la forme, au choix des pensées et des sentiments, à la grâce sobre, à la fraîcheur limpide de la source discrète dans le moment où elle sort de terre, avant qu'aucun nuage de sable limoneux l'ait troublée, préfèrent les Méditations aux Harmonies. Dans celles-ci, le flot, qui a déjà couru et qui s'est grossi d'affluents nombreux, est devenu fleuve et torrent, torrent intarissable, qui étonne. C'est un autre genre de beauté, qui par là convient mieux peut-être au goût de notre temps. Le poète

lui-même toutefois avoue, et je l'aime trop pour le contredire, qu'il y a dans les Harmonies « trop de paroles pour la même idée, trop d'images pour le même sentiment^ ».

A mesure que Victor Hugo avait déployé les bannières multicolores de ses Ballades et de ses Orintales, Lamartine n'avait pas été sans en recevoir quelques reflets. Quoiqu'il ne soit d'aucune école, il ne reste point isolé du mouvement contemporain. Il donne et reçoit tour à tour l'impulsion et l'influence. La sphère de sa poésie, de l'homme à la nature, de la nature à Dieu, va s'élargissant jusqu'à l'infini.

Le Génie du Christianisme avait créé une mode religieuse dans la société et dans la littérature, une sorte de romantisme chrétien. — « A mesure que la religion se retirait des esprits, dit l'abbé de Pradt, on la mettait dans les objets extérieurs. Moins on la faisait servir à l'épuration et à la direction de la vie, plus on la faisait entrer dans sa décoration '^... ^^ M. Emile Faguct, d'une main plus délicate, reprend cette idée et l'exprime ainsi : a Le christianisme de Chateaubriand, sincère mais d'un titre si peu certain, est devenu la forme même, vague et flottante, du sentiment religieux moderne. Le génie de notre âge était tellement en lui qu'il avait comme inventé

Page 1