‹ LamartineChapitre 78 sur 113 · Dédié à iklanzoni · texte numérisé non relu

Dédié à iklanzoni

Hymne de la nuit.

Hymne du malin.

Bénédiction de Dieu dans la solitude.

Hymne de l'Ange de la Terre après la destruction du globe.

L'infini dans les deux.

Etc.

Quelle que soit la sincérité du sentiment, il y a je ne sais quoi d'artificiel dans ces psaumes modernes trop prolongés. Les fréquentes imitations des psaumes bibliques , loin de pallier ce qu'il y a d'un peu factice dans cette veine, le font au contraire ressortir. Autant, dans les chants du psalmiste hébreu, môme à travers le voile des traductions, on sent de passion réelle et vibrante, autant la vie directe manque ici trop souvent : le poète, en essayant de lui emprunter sa manière et quelques-uns de ses traits, semble recourir à un procédé de développement littéraire, plutôt que céder à des inspirations personnelles. Du moins, l'artiste éclipse le chrétien plus souvent qu'il ne le montre.

Si Lamartine est doué du sens religieux, ce sens chez lui est vague autant que vaste. Une musique divine chante dans son âme ; il la laisse aller. Pour la foi positive, c'est autre chose. Dès longtemps la pieuse mère inquiète notait dans le Journal intime de ses pensées : « Mon fils a bien besoin de bons exemples de foi positive, car sa religion, trop libre

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et trop vague , me parait moins une foi qu'un sentiment ^ . »

Lamartine est le grand musicien de la poésie. Jamais la virtuosité ne fit éclater plus de maestria et plus de verve; mais les brillantes variations des Harmonies religieuses ressemblent plus souvent à celles d'un improvisateur italien qu'aux chants célestes d'un Palestrina. Je me figure le diplomate poète, à Florence, dans ce milieu cosmopolite, passant ses soirées à la Pergola « entre des abbés et des filles » comme Hercule entre la Vertu et la Volupté ; le lendemain, improvisant ses vers dans les jardins de Boboli ou aux Cascine, l'oreille encore pleine des fioritures du ténor ou de la prima donna : quelque chose de leur manière rossinienne s'y glisse malgré lui, à son insu. On sait à quel point Rossini est païen tout pur, jusque dans ses Messes et dans ses Slabat. Pour un Italien l'opéra et la messe ne dilfèrent pas sensiblement. Cimarosa, comme Rossini, charmait Lamartine dans sa jeunesse. Il les chantait à pleine poitrine. Génies mélodiques, analogues au sien par la veine heureuse

1. Le Manuscrit de ma Mère, p. 198. — Au fond il était assez tiède; plusieurs de ses amis le sentaient bien et essayaient de réchauirer sa foi. — « Hélas 1 je sens parfaittmeut rexcellence de vos conseils, répond-il à madame de Raigecourt ( 29 octobre 1819). Ce n'est pas le désir de la foi qui me manque, cest le principe de la foi. » — Quand il s'adresse à Virieu, il semble refléter la piété plus vive de son ami. Il lui écrit, le 7 avril 1825 : «J'ai fait mes pâques ce matin, sans t'oublier. s> (C'est-à-dire : Et j'ai prié pour toi à la communion.)

et la grâce. Non moins grande, j'imagine, devait être son affinité avec Bellini, qui, lui aussi, était un féministe, et en mourut jeune, comme Mozart*.

La mélodie simple et la variété dans le rythme, voilà toute la musique italienne, celle qui charme et qui émeut. Elle ne se forge point sur une enclume ; elle s'exhale en se jouant, même dans la douleur. Les savantes trouvailles, filles de la patience, et non de l'inspiration, la touchent peu ; non plus que les sonorités matérielles. Elle aime le chant noble et simple, fleuri, passionné. Elle mêle l'amour à toute chose ; et c'est par lui qu'elle produit la beauté.

Telle est souvent la musique des Harmonies. Mais sous l'exubérance de la forme on ne sent pas toujours assez le sérieux du fond. Il semble, par moments, que Jéhovah ne soit pour l'auteur qu'un thème, sur lequel il brode des fugues. Il joue de son sujet comme d'un instrument au vaste clavier, où ses doigts se promènent à la façon de Liszt. Ce sont de grandes orgues, aux ondes sono res , où sa fantaisie triomphe et s'enivre. Ce qu'il dit à propos de ses Préludes dans les secondes Méditations : « J'étais devenu plus habile artiste , je jouais avec mon instrument », peut s'appliquer à presque tout le recueil des Harmonies. Du sujet ou du jeu, à quoi tient-il le plus?...

Un tel sujet exige plus de sévérité.

1. On a vu que Lamartine avait commencé par s'exercer sur le violoncelle, puis sur la flûte, pendant assez longtemps.

Oui, les habitudes de son âme sont chrétiennes ; oui, ses sentiments gardent le reflet de la Bible où sa mère lui apprit à lire ; seulement, de psaume en psaume, de strophe en strophe, il est amené à les amplifier littérairement et, passez-moi le mot, à les faire foisonner. Delà une fausse abondance, mêlée aux richesses vraies ; de là parfois un enthousiasme à la Pindare, qui ne respire pas toujours la conviction. Le Génie du Christianisme a déteint sur lui. Le disciple n'est pas moins brillant que l^î maître ; mais les amplifications de l'un comme de l'autre ne donnent pas toujours l'impression d'un suffisant respect.

D'ailleurs Lamartine, comme Chateaubriand, a des alternances de foi et de doute. Plus mobile encore, il est plus sincère. Mais ni « le grand ennuyé » ni « le grand ép^oré » ^ n'ont un fond chrétien ferme et stable. Le regard aigu de Sainte- Beuve perce le scepticisme intime qui, chez tous les deux, s'enveloppe du voile brillant de la religiosité.

Les idées de Lamartine sont inconsistantes ; elles flottent à tous les vents du siècle. 11 môle 1 "Ancienne et la Nouvelle Loi. Dieu est, pour lui, tantôt le Jéhovah biblique', tantôt le Christ, tantôt l'Esprit- Saint, avec toutes sortes de métamorphoses ; tantôt le Dieu du Vicaire savoyard, à moitié rationaliste; tantôt l'Ame de la Nature et la Nature elle-même,

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