‹ LamartineChapitre 84 sur 113 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

2. a La révolution de juillet, qui m'a profondément affligé, parce que j'aimais de race la vieille et vénérable famille des Bourbons..., etc. » — Voyar/e en Orient, t. I", p. 25.

;î. Voir Lamartine inconnu, par le baron de Chamborant de Périssat. Chap. iv.

LAMARTINE. 23o

trois chapitres : Où sommes-nous? — Où allonsnous? — Que faire?

Où sommes-nom? « Nous sommes à une époque de rénovation et de transformation sociale, pareille peut-être à l'époque évangélique. »

Oa allons-nous? « Nous allons à la réorganisation progressive de l'ordre social, sur le principe de la liberté d'action et de régaiité des droits. »

C'est en vain qu'on regretterait ce qui est passé. « Nous-mêmes, royalistes d'esprit et de cœur, nous ne pouvons que pleurer en silence sur ces ruines dispersées, vénérer et plaindre les augustes victimes d'une irrémédiable erreur. Abandonnés à nousmrmcs par un fait plus fort que nous, nous nous ap]>artenons tout entiers : notre raison n'a plus de liens ; notre alTeclion privée ne lutte plus en nous contre notre logique sociale. »

Que faire? On peut accepter transi toirement la monarchie constitutionnelle : « La forme des gouvernements modernes, c'est le gouvernement de la discussion et du consentement commun, c'est la république » ; mais on peut admettre « la république mixte, à plusieurs corps, à une seule tête : république à sa base, monarchie à son sommet w. Le chef, « qu'on le nomme président ou roi, peu importe : il n'est plus monarque, il n'a plus le pouvoir d'un seul. — Plus de pairie aristocratique et héréditaire. Une Chambre unique, la France ne Dossôdant plus d'aristocratie où puisse se recruter

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une autre Chambre. — La presse libre, dans Tintérèt des gouvernants, plus encore que dans celui des gouvernés. — L'enseignement, lui aussi, libre et gratuit, et répandu partout. — L'Église séparée de rÉtat, chaque culte payé par les fidèles de la même communion. — L'élection universelle, mais proportionnelle^ et à plusieurs degrés. — Réforme complète de notre législation criminelle, et, avant tout, abolition de la peine de mort, » etc.

Que si le pouvoir comprend cette mission d'une destinée spéciale et l'emploie tout entière, sans retour sur lui-même, au salut désintéressé du pays, à la fondation sincère et large d'un ordre libre et rationnel, il triomphera de tous les obstacles, il créera ce qu'il a mission évidente de créer, et durera ce que doivent durer les choses nécessaires, le temps d'achever leur œuvre, transition elle-même à un autre ordre de choses plus avancé et plus parfait.

Que s'il ne se comprend pas lui-même, et s'il ne profite pas , au bénéfice de la liberté et de l'humanité tout entière, du moment fugitif qui lui aura été donné, s'il ne voit pas qu'une route longue, large et droite, est ouverte sans obstacle devant lui, et qu'il peut y porter les esprits, les lois et les faits jusqu'à un point d'où ils ne pourraient plus rétrograder ; s'il se compte lui-même pour quelque chose, s'il s'arrête ou s'il se retourne, il périra, et plusieurs siècles peut-être périront avec lui.

1. Non dans le sens de la représentation des minorités, — la question n'était pas encore née, — mais vote proportioanel à l'importance politique et sociale de chacun.

Toutefois le nouveau régime, dès celte époque, ne lui inspire pas une confiance bien vive ; il s'inquièle de le voir rétrécir déjà le mouvement de la révolution et en arrêter l'essor :

Mais le pouvoir sait-il? Non, s'il continue à chercher sa base dans un élément qui manque dès aujourd'hui, qui manquera plus encore dans l'avenir, l'aristocratie, dans la restriction et non dans l'expansion du droit et de Taclion politique ; s'il continue à serrer la main au lieu de l'ouvrir tout entière; s'il veut régner et non guider; s'il veut dresser sa tente d'un jour et forcer l'esprit social à une halte précaire dans le défilé où le xix^ siècle est arrivé, et où il étouffera, s'il ne le traverse pas avec un pouvoir hardi en tête de ses générations.

Il pressent et laisse entrevoir à la royauté nouvelle, âgée d'un an à peine, le cas où elle aussi devrait se retirer devant «une autre nécessité morale ». Ainsi, tout en adhérant provisoirement à la monarchie constitutionnelle, essai de république mixte, il semble faire dès 1831 ses réserves pour la république pure.

Il entrevoit aussi, après une révolution nouvelle, si elle ne trouve pas pour la modérer « un homme politique, un homme complet dans l'intelligence et la vertu », tel que celui qu'il a prévu dans son discours à l'Académie, l'éventualité de crises formidables, « l'anarchie peut-être, vile, hideuse, rétrograde, démagogique, sanglante», et puis un coup d'État pour la dompter. « Faute de vertu politique dans le pays, le port le plus précaire sera bon ; le premier qui

prendra le chapeau clriqué et la redingote grise se croira un Bonaparte ; sabrera, des branches à la racine, la liberté, et dira : « Mon peuple 1 » Ce peuple luiiTKÎme, dans son illusion, croira voir un héros sur le seuil de la gloire ; « il se trompe : le héros n'est plus, et la liberté est le seul asile.»

Les institutions qu'il conçoit, qu'il veut travailler à réaliser avec le concours de tous les hommes de bonne volonté, sont à ses yeux un développement du christianisme (c'est là le lien entre sa première phase et la seconde), « le règne futur et parfait du christianisme rationnel; non ce règne matériel, dit-il, cet empire palpable et universel du principe catholique prédominant de fait sur tous les pouvoirs politiques, asservissant le monde, même à la vérité religieuse, et donnant ainsi un démenti à la sublime parole de son auteur : Mon royaume ti'est jms de ce monde. Cette doctrine de politique religieuse réalisée dans des formes sociales, doctrine que quelques hommes de foi et de talent réchaulfent en vain aujourd'hui, n'a jamais eu l'assentiment de ma raison. C'est chercher dans un mysticisme couronné, dans une théocratie posthume, dans une arislocratie sacerdotale, un principe et une règle du pouvoir humain qui n'y existeraient pas plus que dans le despotisme ou l'aristocratie politique. »

La rétractation est forte ; et voilà un jamais bien hardi I II oublie l'ode à M. de Bonald, le Génie, cette ode glorifiant la Révélation, maudissant la Révolu-

tion; il oublie que l'auteur de ta Législation j^rimitivc, autrement dit des « lois premières », des ventes catholiques, fondement de la société humaine, y était comparé à Moïse recevant de Dieu môme ses Lois au milieu des éclairs et des tonnerres sur le Sinaï; il oublie qu'en saluant en lui «le génie», il jetait i'anathème au siècle de la libre pensée philosophique,

De rhéréditaire croyance Éteignant les sacrés flambeaux !...

Quoi? tout cela était écrit sans l'assentiment de sa raison? Uniquement pour plaire à Elvire^?... 0 mobilité de l'imagination poétique 1

Ainsi, ses croyances d'éducation , d'habitude et de sentiment, se modifient peu à peu : la phase catholique de son imagination a pris fin au milieu même dos Harmonies, déjà nuancées de teintes panthéistes ; il entre dans sa phase néo-chrétienne, il appartient désormais au « christianisme rationnel ». L'Évangile, à ses yeux, par l'esprit de la sainte devise : Liberté, Égalité, Fraternité, rejoint naturellement la Révolution : de sorte qu'il n'y a, ni pour lui-même, ni pour la France, ni pour le genre humain, solution de continuité entre le passé et l'avenir.

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