La prose poétique et pittoresque n'est qu'une extrémité
de la prose, s'il est permis de pirlcr ainsi ; ce n'en est qu'une liruvince, la plus riche, la plus brillante, une Asie-Mineure
LAMARTINE. 2ol
Même quand il décrit les contrées et les peuples, il reste poète. Même quand il développe des idées sociales, il est orateur. Quelques-uns l'en applaudissent, d'autres le regrettent : la poésie et l'éloquence ont leur emploi ; elles ne conviennent pas à tout. La vraie prose, pure et sans mélange, n'a pas moins de prix que la poésie. Lamartine, qui excellait dans celle-ci, ne paraît pas toujours s'être formé une idée juste de celle-là. Il est de l'école de Chateaubriand, qui, lui-même, est de l'école de Rousseau ; mais chaque disciple dépasse d'un degré son prédécesseur : dès Rousseau, la prose se fait oratoire et poétique ; la description devient un procédé. Le genre se développe dans Chateaubriand ; dans Lamartine il déborde.
VIlinéraire de Pa?ns à Jérusalem avait réussi. parce que l'auteur « ne s'était pas mis en trop grand uniforme de chrétien, comme dans les Martyrs^ ». Lamartine le recommence, mais s'en défend : il ne veut pas aller sur les brisées de son illustre devancier. Pourtant c'est à peu près le même itinéraire: la Grèce, les îles méditerranéennes, l'Asie Mineure, la Syrie, la Judée. H rencontre les mêmes thèmes d'éloquence et de poésie, ceux qui déjà avaient
comme auraient dit les Anciens. En s'y concentrant tout entière et s'y fixant, la langue court risque de se corrompre et de se dénaturer. » .Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe lilléraire, t. I, p. 253. Cf. 255.