Ibid., 31 octobre
2o6 LAMARTINE.
part des choses qu'il voit. « Le jour où il arriva pour la première fois sur le Mont Liban, il fut saisi d'un tel enthousiasme, qu'il improvisa soudain une admirable description de ce grand spectacle, en face du spectacle même. Un de ses compagnons, jeune officier, ne put s'empêcher de lui dire : « Où voyezvous donc tout cela, monsieur de Lamartine? je n'aperçois rien de ce que vous décrivez. — C'est que je regarde en poète, et vous en capitaine d'étatmajor ^. »
Doudan écrit : « Si nous n'étions pas du Nord, peut-être que nous ne sentirions pas si vivement cet Orient. »
Avec sa cavalcade princière, notre voyageur poète visite en courant et peint à grands traits les tribus, les sectes. Il cueille les légendes où se peint une race. Qui pourrait, mieux que celle de Giabal et de Giafar, faire sentir à quel point l'Arabe aime son cheval , est fier de sa vitesse?
Giabal avait une jument très renommée. Hassad- Pacha, alors vizir de Damas, lui en fit faire, à plusieurs reprises, toutes les offres imaginables : mais inutilement... Un Bédouin, nommé Giafar, lui demanda ce qu'il lui donnerait s'il amenait la jument de Giabal. — « Je remplirai d'or ton sac à orge », répondit Hassad... Giabal attachait sa jument la nuit par le pied avec un anneau de fer dont la chaîne, passant dans sa tente, était arrêtée par