FoJ/flflre, juillet
cf ... On verra dans la Serbie un des éléments de colle fédération d'États libres ou de protectorats européens , destinés à combler le vide que la disparition de l'Empire ottoman va laisser en Europe comme en Asie...* »
Dans le Résumé j^olilique qui couronne le Voyage, il précise sa pensée, et demande un Congrès européen chargé de définir à l'avance le rôle et la part de chaque puissance en vue de la catastrophe inévitable (ce sera aussi l'idée de son premier discours parlementaire ) ; et il termine par cette perspective éblouissante, perspective lointaine, sans doute, mais juste enfin :
Quant à l'Europe, son état convulsif, révolutionnaire, exubérant de populàiion, d'industrie et de forces intellectuelles sans emploi, doit lui faire bénir la Providence, qui lui ouvre à propos une si immense carrière de pensée, d'activiié, de noble ambition, de prosélytisme civilisateur, de travail industriel et agricole, d'emplois et de rétributions de tout genre : des flottes et des armées à conduire, des ports et des villes à créer, des colonies intérieures à fonder, des déserts fertiles à exploiter, des industries nouvelles à organiser, des bras novices à employer, des routes à percer, des alliances à tenter,... des fusions de mœurs et de peuples à consommer; rAfriquc, l'Asie et l'Europe à rapprocher et à unir par des communications nouvelles qui mettent les Indes à un mois de Marseille, et le Caire en rapport avec Cal-
. 1. Voyar/e, 12 septembre 1833.
cutta; les plus beaux climats de l'univers, les fleuves, les plaines de la Mésopotamie , offrant leurs ondes ou leurs routes à l'activité multipliée du commerce universel ; les montagnes de Syrie fournissant un intarissable dépôt de houilles, au bord de la mer, à d'innombrables vaisseaux à vapeur; la Méditerranée devenue le lac de l'Europe méridionale, comme le Pont-Euxin devient le lac russe, comme la Mer Rouge et le Golfe Persique deviennent des lacs anglais ; des nations sans territoire, sans patrie, sans droits, sans lois, sans sécurité, se partageant, à l'abri des législations européennes, les lieux où. elles campent maintenant, et couvrant l'Asie Mineure, l'Afrique, l'Egypte, l'Arabie, la Turquie, l'Europe et les îles, de peuples laborieux et affamés des lumières et des produits deTEurope : quel tableau, quel avenir pour les trois continents ! Quelle sphère sans bornes d'activité nouvelle pour les facultés et les besoins qui nous rongent!... Eh bien, ce tableau n'est que la vérité, la vérité infaillible, facile, positive...
Facile? Non. Infaillible, oui. Et certes, l'homme qui a écrit cette page magnifique eût applaudi avec nous à rétablissement du protectorat français en Tunisie ; il se fût révolté avec nous contre l'abandon de l'Egypte ; il continuerait à défendre avec nous la clientèle catholique de la France en Orient. Les inspirations prophétiques du poète sont rejointes de jour en jour par les combinaisons des hommes d'État et les nobles ambitions des patriotes.
Pendant que Lamartine était en Orient, ses amis en France travaillaient pour lui. Un vaisseau fran-
çais , passant à Beyrouth , y apporta la nouvelle de son élection dans le département du Nord, à Bergucs. Cette élection lui mettait aux mains l'instrument de ses destinées nouvelles. Le mirage commençait à prendre corps.
CHAPITRKXIII