‹ LamartineChapitre 10 sur 27 · SUR LES FORMES DE GOUYERNEBIENT · texte numérisé non relu

SUR LES FORMES DE GOUYERNEBIENT

(Voir page 83.)

Lamartine n'a cessé de répéter sous toutes les formes la même pensée : « Les formes de gouvernement ne sont ni absolument bonnes ni absolument mauvaises,

elles sont relativement bonnes et mauvaises. »

11 était réservé à notre temps de voir des esprits qui se croient hardis, combattre l'absolu dans la sphère théologique et métaphysique, pour le défendre au profit

lie la rt'|iiil»li(|ik' dans la spliÎMO polilique, qui. (le l'aven des lliéologieiis et des niélapliYî^iciens eiix-nicnu's, a toujours élé reconiuk" le domaiuo du relatif.

J'ai entendu les mêmes liommes qui niaient toule foi relij^neusc, me parler de leur foi politique. Pourquoi ne parlentils pas aussi de leur foi chimique ou de leur foi'jihysique?

LA RKPUDLIQrE EST-ELLE AU-DESSUS DU SUFFRAGE UNIVERSEL.

(Voir pngc 83.)

LAMARTINE, aox conseillers généraux. Discours, t. VI, p. 446.

c< Nous avons personnellement foi dans « la République ; mais nous ne sommes

« pas des républicains de secte, des ré- « publicains à tout prix, des républicains « défendant, à la pointe de l'épée ou au « tranchant du couteau, de discuter leur « principe, des républicains de corps de « garde ou des républicains de Comité « de salut public. Nous n'imposons nos « opinions à personne ; nous ne plaçons « pas, dans notre puéril orgueil, notre « volonté, fût-elle la plus sage, au-dessus ce de la sagesse et de la volonté de notre « pays.

« Et si le peuple français ne veut pas ce foncièrement la République , de quel c< droit, nous et les républicains de vérité c< et de raison comme nous, le contrainc( drions-nous, en lui refusant la parole, ce à subir un gouvernement antipathique à ce sa nature et à sa volonté? Notre républi-

« que, on ce cas, ne stM-ait donc (juc la ly- « raiiiiie inilisculaMo, arbitrairo cl vio- « lcn(edcqiieli|ues lioiiimcssmla volonté « vraie de qnaranlc millions d'hommes?

« Que d'antres la prennenl, cette tyrannie « de la conviction de lenr secte conlic la « conviction de lenr nation, nous n'en vou- « Ions pas, nous ; tout gouvernement de « minorité est un gouvernement de brula- « lité. Le plus sublime des gouvernements, « dès qu'il n'est plus volontaire, est une « humiliation pour la nation qui le subil, « un crime pour les sectaires qui l'impo- « sent. La vertu même, imposée, est une «oppression. Une république par force!

« cela fait rire ou cela fait pitié. Non, en- « core une fois, nous ne sommes pas de « cette église. Jamais nous n'avons dit à « rilôtel de Ville, à la tribune ou ailleurs.

« ces insolences au bon sens, et ces insoc< lences à noire pays ! »

(Voir page 80.)

Lamartine préparait ses discours un peu partout, en marchant, en causant avec les uns et les autres, avec les hommes spéciaux sur les questions spéciales. Ses premiers discours ont été écrits. Plus tard, il s'est contenlé de prendre des notes. 11 ouvrait devant lui une grande feuille de papier, écrivait au milieu les grandes divisions en gros caractères, autour les arguments moindres en caractères plus fins, et rejetait sur les bords les phrases, les

— ir.i —

niotsfra|i|taiils à mesure qu'il les (rouvail. Ainsi, sur la leuille uienienlu du discours du Iiaucjuel de Màcon, les mois fameux : la France s\'nmui\ la liévulutioti du aicpris éUiieiil sur les burds du papier.

XVU

LKS POIITRAITS DANS I/HISTOIUF] DE L.VMAlli'IM:. — nOYEU-CuLLAlU).

(Voir page 88.)

Les portraits sont, dans riiistoire de Lamartine, une des parties les plus remarquables. Celui de M. Royer-Collard peut aller de pair avec le jiorlrait de Fénelun par Saint-Simon. Lamarline a peint avec une finesse ironi<pic ce grand artiste, gioiie

et préjugé de la bourgeoisie parlemen-

taire, qui, raffinant sur les chercheurs ordinaires de popularité, a inventé la recherche de la popularité par le dédain, et qui a élevé la mobilité de la conduite à la dignité d'une doctrine, par cela qu'il l'a immuablement revêtue de formules superbes. Le peintre a éclairé jusque dans ses replis les plus cachés, ce type des politiques négatifs, n'ayant d'aptitude qu'à la critique, dont l'esprit dissolvant s'est employé à condamner les révolutions et à'ies préparer, et qui a consumé sa vie c( en vœux impuissants et en espérances trompées. »

Lisez ce chef-d'œuvre :

c< M. Royer-Gollard touchait déjà à la a vieillesse, mais à cette verte vieillesse « qui n'est que la maturité de la pensée. « M. Royer-Collard était de corps et d'âme

« une figure anliqiie cl comme immuaMe a dans ce moiule moderne cl passionné.

« Sa laille élail haute et forte, son visage « austère, son regard venant de loin et « tombant de haut, sa démarche majes- « tueuse, son altitude posée, sa bouche a ordinairement fermée, et ne se déridant a qu'à demi par un sourire plein de réli- « cence et quelquefois de dédain. Il pa- « raissait au milieu de ces assemblées, au a sommet desquelles il s'asseyait à l'é- « cart, pétri d'une argile plus froide et plus a. immatérielle que les hommes dont il « était entouré. 11 n'éclatait pas d'iuie « grande gloire, car aucune grande œuvre a de l'action, de la plume ou de la parole « n'avait encore illustré son nom, mais il « éclatait pour ainsi dire de mystère. On « sentait que son ombre cachait de grandes

c( clartés, on croyait en lui; on attendait, a on espérait, on craignait beaucoup de « cet homme. C'était l'oracle à qui on ne « demande pas de longs discours, mais « dont un mot fait taire et fait penser long- « temps les fidèles superstitieux. Tout ce était demi-jour dans la vie comme dans « la physionomie de ce vieillard.

« Sa parole était un phénomène dans « une assemblée. Elle était non-seulece ment écrite, mais raturée et hmée pence dant des veilles incessantes pour arric( ver, par la puissance de la méditation c( et du travail, à cet enchahiement de lo- « gique oii aucun anneau ne manque à la ce chaîne continue des pensées ; elle tenc( dait de plus à cette force et à cette perce fection du discours et de la phrase qui ce concenlre, qui abrège, qui illumine cha-

— Km —

« que mol jtar \o rcllcl ou \k\v \o conlraslc « ilu mol (|ui le pivt'c'dc ou (jiii \c siiil, cl « (jui lail (If r('!o(|iieiR'(' lum [iliis l'cx- M pression, mais ral^èbre nicmc (If la po- « lili(iu(\ (IV'lail une parole plus propre « à la chaire des lemples ou des écoles « qu'à la Irihune des assemblées. Pour « avoir sa valeur, il lallail qu'elle lomliàt « dans le silence, el qu'elle fùl méditée « dans l'audiloire comme elle Favait élé '-< dans Toraleur. M. Royer-Collard avait « conquis d'avance cet auditoire, par la <i majesté de son esprit el par cette popu- « larilé dédaigneuse en apparence, Irèso soigneuse, au fond, du succ(JS qui provo- « que habilement la faveur des masses par « l'indifférence même qu'on témoigne à c( leur applaudissement. Il y avait bcau- « coup d'orgueil dans le dédain de

c( M. Royer-Collard, mais il y avait aussi a beaucoup de secrètes complaisances a pour la popularité dans cet orgueil; il « blessait souvent, mais il ne blessait ja- « mais tout le monde à la fois. Quand il « offensait son parti naturel, il caressait « l'autre. Son caractère était éminemment « propre à faire de lui un orateur de tou- « tes les oppositions, parce qu'il était es- « sentiellement critique, qu'il trouvait des c( inconvénients à tout, qu'il ne prenait « l'initiative ni la responsabilité en rien, « et que, servant ainsi tous les méconten- « tements et toutes les négations, il « échappait lui-même à la critique par « l'indécision souveraine de son esprit. « Sophiste honnête, mais grand sophiste, « il portait tour à tour le poids de ses « doutes dans toutes les balances, incapa-

« Lie (le conclure si ce u'esl par un hlâine, « plus incapable encore d'agir, car Taclion « esl la conclusion d'une volonlé. Il lisait « à demi ses discours, ouverts devant lui a sur le marbre de la tribune, mais in- « cruslés d'avance dans sa mémoire. Sa « voix avait la gravité et le ix)ids de sa « pensée ; elle londjait avec l'autorité de « sa vie, vie pure et retirée en elle-même, « qui ne prétait rien à la calomnie, peu à « l'envie, et qui ne semblait animée que u par trois passions supérieures aux pas- « sions de la foule, la logiijue, la morale « et la vertu. » (Histoire de la Rcstaiivation, livre XXXVIII, chapitres ni cl iv.)

(Voir page 94.)

On pourrait mulliplier les citations de mots adorables de bonté écrits par Lamartine :

« L'homme, être faillible, doit en ce qui le concerne tout et toujours pardonner. »

ce La mémoire d'une nation ne doit oublier que les fautes, jamais les services. »

« La magnanimité est le coup d'Etat des grands cœurs. »

« En fait de haine, je veux mourir insolvable. »

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a L'hisloirc tloil loiijmirs preiuliv la version (\\n luiinilio il luisi' le moins le cœur iHiniain. »

« Quand un temps tout enlier est ukiIheureux, aucun paili n'est complélenienl innocenl. Le malheur île tous se connK)se des faules de chacun. »

Les natures les plus diverses ont subi le charme de celle nature. Pioudhon, malgré des réserves systématique, en parle presque comme mademoiselle de Guéiin :

« Jamais peut-être un homme ne se rencontra doué d'inclinations plus heureuses que M. de Lamartine. 11 aime la vraie gloire et il s'y connaît ; son esprit cherche naturellement la vérité, son cœur la juslice; les plus hautes conceplions, quand elles lui sont présentées, il les embrasse sans efforts ; personne plus que lui ne désire ser-

vir et illustrer son pays ; il a la religion du devoir, le courage dans le danger, et celuij plus rare encore, de la fidélité à sa conviction, alors même que cette conviction peut le rendre impopulaire. Ajoutez une chasteté de sentiment qui rappelle Bossuet, et une puissance de verbe qui tient du prodige. Tout d'abord on l'aime, on se sent attiré vers lui ; on le prendrait volontiers pour directeur de conscience ; il semble même, à la limpidité et à l'éloquence de sa parole que l'on pourrait se reposer sur lui du soin de penser et de raisonner, tant dans ses écrits comme dans ses discours, comme dans toute sa personne , l'expression du beau apparaît comme le gage souverain de la raison.

Malheureusement, ces belles qualités sont déparées, souvent même neutralisées, par

un invinédiable défaul : le Iravail inlel- Iccluel, chez M. de Liinarline, cet esprit d'analyse et de synllièse(|ui, seul, en donnant la raison des choses, élève el enlielii'iil riiK'al, manque [on\ à (ail, il couloni[»le, il ne pénètre pas ; el comme il arrive à tous les conlomplalii's, on peut dire que la raison en lui ne dépasse la mesure de la femme que juste ce qu'il laul pour qu'il ne soit pas femme. »

(Proudhon. De la justice dans la Révolntion et (lansïÊ(jUse. Onzième élude, chapitre II, paragraphe tî2.)

Béranger aussi fut séduit par Lamartine. Il n'y avait d'abord entre eux que coquetterie d'esprit. Aux heures d'adversité une véritable tendresse de cœur les rapprocha. Le poète plébéien venait tous les deux jours visiter el aider de ses vœux le

noble poëte. L'accompagnement solennel que fît le peuple de Paris au chansonnier, transporta Lamartine :

« 0 peuple qui t'es montré si sensible, a si reconnaissant et si pieux ce jour-là « autour d'un cercueil, que ce jour te soit « compté devant l'histoire, devant les « hommes et devant Dieu comme une vic- « toire ! Garde dans ta mémoire et trans- « mets à tes enfants ce beau mouvement « de ton cœur national !»

Le lendemain il s'écriait : « Ah ! les « dernières amitiés, il n'y a phis rien dece vant, que des indifférences; il n'y a « plus rien derrière que des tombes ! Il c( faut mourir ! »

LA JKl'NESSE

O'oii page 9G.)

Lajeiinesse (le Lamartine fut inquièto. Sa famille ne voulait pas qu'il servît Napoléon ou qu'il dérogeât en adoptant une carrière libérale. Il traînait sa vie entre la [)etile terre deMilly, la maison grave de Mâcon et les demeures opulentes de ses oncles, l'une à Monceau au milieu des vignes, l'autre à Ussel, au milieu des bois. De temps en temps il s'échappait dans quelque passion, puis il revenait tristement au logis. Heureusement qu'il aima toujours et par-dessus tout l'étude et la gloire ; par là, il se tint en haleine cl il arriva de lui ce qu'on voit

se passer sur les buissons, sous la douce influence de mai. En un moment il fut couvert de feuilles et de fleurs. Quelle merveille ! dit-on. — Non, il n'y avait nulle merveille en cela. Comme le buisson, dans le travail souterrain de l'hiver, il avait accumulé la richesse de sève qui éclalait tout à coup aux souffles propices.

Tout ceci est rendu sensible par la correspondance que publie en ce moment madame Yalentine de Lamartine (chez Hachette). Les admirateurs et amis de Lamartine lui doivent de la reconnaissance pour cette belle publication.

— Ht

LES DEIIMERS JOURS

(Voir page OG.)

David (lisait :

« Je m'écoule comme l'eau, mon cœur « est fontlu comme la ciie, ma vi{iueur « s'est desséclice comme l'argile; toutes « les ondes et toutes les écumes ont roulé « sur moi. Ceux qui sont assis sur leurs « portes parlent contre moi, et les chance sons de ceux qui boivent des liqueurs « enivrantes se sont égayées de mon nom. a L'Iiumiliation me comprime le cœur. Je « tombe en défaillance. J'espère être})laint, « mais non, je cherche des consolations, « mais il n'y en a pas. Tous se jettent sur

« moi comme sur une muraille penchée , « comme sur une masure qui menace « ruine. 0 mon Dieu ! du fond de mon « abîme, je crie vers toi. Accueille la « voix de ma supplication. »

Les lamentations de Lamartine ne sontt-elles pas aussi belles ?

« Les années comme les fantômes de c( Macbeth passent leurs mains par-dessus a mon épaule, me montrant du doigt non « des couronnes, mais un sépulcre. Plût « à Dieu que j'y fusse déjà couché ! Je « compte une à une en les sentant toutes, « mais sans en maudire aucune , les « pierres de ma lapidation. Pourquoi aicc je réveillé l'écho qui dormait si bien « dans les bois paternels? 11 me poursuit c( maintenant que je voudrais dormir à « mon tour. Comme le grand oiseau du

« (l($sorl, j*;ii semé (^-à el là les germes de « ma poskiilr. J'écris sur les décombres « de mon |U'oj»re foyer. J'écris, inler- « rom|ni vin<il fuis [ku* malinée, par des « malheureux (jui viennent s'informer si c< j'ai \\\i vendre hier assez pour les faire « vivre demain. »

El ceci adressé à son cheval :

« Malédiclion, ô mon cher compagnon « de mes jours de fatigue, à ceux qui « t'ont laissé dix ans brouter déferré sur c( cette herbe sèche, et moi languir inutile « dans cette masure presque démolie sur « ma tête, tandis que le sang généreux de « la force el de la liberté coulait encore « dans mes vieilles veines! »

Dans ses derniers jours il cul aussi « la lassitude des bonnes pensées, » et après avoir blâmé Machiavel, il finit par arriver

à la même conclusion, celle de tous les hommes qui ont approfondi la vie : que sur la terre le vulgaire triomphe et triomphera toujours de l'idéal, qu'il ne faut se dévouer à la patrie, à la liberté, à la vertu que si l'on est d'avance résigné à être vaincu. Les philosophes sont dans leur rôle en poursuivant le Bien, l'Absolu ; aux politiques il est interdit de regarder au delà du possible, et rechercher trop de perfection est, en matière d'Etat, une erreur plus grave peut-être que de n'en pas rechercher assez.

Les dernières pensées de Chateaubriand avaient été plus amères encore que celles de Lamartine : « L'homme sage et inconsolé de ce siècle sans conviction ne rencontre un misérable repos que dans l'athéisme poh tique. »

\\1 LES FINÉUAILLES

(Voir paie 99) Lettre d Emile OLUVIER à Emile de CIRARDIM

Sainl-Poinl, jeudi soir, 4 mars 18C9.

Mon chorai;;i,

Les funérailles tic noire Lamartine ont été dignes de lui. Tout s'y est passé avec une simplicité imposante. Le matin, la population entière de Maçon est accourue à la gare pour recevoir mort celui qu'elle a si souvent admiré quand il était vivan!. Elle l'a conduit à l'église et accompagné avec recueillement jusqu'aux dernières maisons de la ville. Alors sont arrivés les

habitants des campagnes; nous les avons trouvés tout le long de la route, précédés de leurs curés. A chaque station, il fallait ouvrir la voiture dans laquelle labière était enfermée. La population s'approchait, jetait de l'eau bénite sur la bière. Quelquesuns l'embrassaient en sangloltant.

A l'arrivée à Saint-Point, Faffluence était considérable. Dans la foule on remarquait MM. de Laprade, Emile Augier, Jules Sandeau, Alexandre Dumas fils, Edmond Texier, Rolland. Du reste, pas un seul homme politique venu de Paris, pas un seul membre du gouvernement provisoire.

Après les prières de l'Eglise, le corps a été descendu dans la sépulture de famille. Aucun discours n'a été prononcé. C'était la volonté formehe de Lamartine. Quelle pa-

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