‹ LamartineChapitre 9 sur 27 · DE LA NÉCESSITÉ D'UN GOUVERNEMENT FORT · texte numérisé non relu

DE LA NÉCESSITÉ D'UN GOUVERNEMENT FORT

(Voir page 83.)

La nécessité d'un gouvernemcnl; fort est l'iclée fondamentale de politique de Lamartine ; c'est la pensée qui le domine aux deux heures lucides et désintéressées de la Yie, à celle du malin et à celle du soir.

A vingt-sept ans il était l'admirateur passionné de César:

c< César, écrivait-il, le 1 7 juillet 1 81 8, au « comte de Yirieu, mon héros, l'homme « des hommes, est resté enseveli dans la « poussière de ma cheminée, et ne sortira c( pas de mon cerveau avec ce caractère

— i:.i a moilicDii'U, inoilié llciui IV, (\uc je lui « lîeslinais i)our écraser les singes de la lia bcriéel nioiilrcr auxliommesquc, quand « ils sont i»uuiiis dans Us vices de l'é- « goïsme, un lyian osl un bicnrail \m\v « eux '. »

Ouelques mois avant la fin de sa vie, il lenninail ses Mémoires jioliliques par ces mots significatifs : « Le salut du pays par « des moyens honnêtes est, tout consi- «déié, ma seule loi, parce que je suis « homme de gouvernement avant d'être « homme de liberté. Je l'avoue, la liberté tt honore tout le monde, mais n'a jamais « sauvé personne*. »

Dans l'intervalle, cette pensée s'affaiblit un peu. On la retrouve cependant toujours.

Correspoudance, t. II, \\ 208.

Mémoires pulitiques, 1. XXXV, p. 402.

— i52 — Il l'exprima avec une force particulière dans deux discours, des 8 el 9 mai 1859 : « La liberté a des œuvres immenses de « moralisation, de travail, de paix, de « civilisation à accomplir, mais il lui faut « un instrument ; cet instrument, c'est « ce que la France s'efforce en vain de « constituer depuis un demi-siècle, c'est « un gouvernement, c'est, pour me servir « du mot abstrait , du mot révolulion- « naire, c'est un pouvoir exécutif fort et « libre à la fois. Tout chez nous est orgace nisépour l'opposition, rien pour le pouce voir. On le traite en ennemi commun. « On ne trouve de grâce et de courage c< qu'à se poser en héros contre son imcc puissance... Personne ne songe à s'opcc poser à la tyrannie réelle qui est Foppoc( sition et la presse... Que veut-on que

« la société devionno si tout le moiulc « porte ses lorces contre ceux <jiii la dé- « feiulenl. Dégratler ainsi sysléinaliiiue- « ment le pouvoir, c'est le tuer niorale- « ment : où est l'obéissance là où il n'y a « plus respect? Nommons les choses par M leurnom. C'eslici la guerre de la tyranci nio actuelle, de la tyrannie moderne, « du journalisme contre la liLerlé, contre « la constitution, contre tout pouvoir, « contre le pays. Oui, voilà la force, voilà « le seul pouvoir excessif, voilà la seule « oppression réelle. » (8 mai 1839.)

« Ne l'oubliez pas, la liberté n'est qu'un a moyen, ce n'est pas un but. Le but des « peuples, c'est l'action, et si vous devez, « comme vos théories y tendent, paralyser a le monde avec voire individualisme, je « vous dirai : Implorez le despotisme.

c( Tout vaut mieux pour un peuple que « cette liberté inerte, chicanière et im- « puissante que vous voulez lui faire. » (9 mai 1839.)

Yers la fin de la monarchie de Juillet, il écrivait à une amie :

« Priez-le de soutenir que je ne suis pas « radical et il ne dira que vrai . Le radi- « calisme est le désespoir des idées. Je « n'en serai jamais là. Mon défaut serait « plutôt le trop de penchant pour être « gouverné à tout prix. »

Seulement, pour Lamartine, gouvernement fort ne signifiait pas gouvernement despotique, mais gouvernement placé audessus de l'atteinte des factions ; ce qui est bien différent. Il savait trop que toute société qui n'a pas une vie propre, et c'est cette vie qu'on nomme liberté, tombe

en pourrilure. l/euipire romain ne nons a donne le Droil, les Anlonins qnc grâce aux nombreuses libertés, respectées toujours par les Césars même les pins violents. C'est l'existence de ces libertés qui favorisa le Cbrislianisme dont la propagation serait impossible de nos jours. (Voir les belles éludes de MM. de Cliampagny el Duruy.)

Dès que l'empire romain devint une monarchie orientale et administrative, ce qui se consomma seulement sous Dioclétien, la décadence fui irrémédiable. H n'y eut plus que la slérililé et la honte en attendant la conquclo.

Pour qu'une sphère se meuve, il l'aul qu'elle s'appuie à un pivot furl et mimobile. Pour une société, un gouvernement est ce pivot fort et immobile, qui suu-

tient et n'empêche pas les mouYemenls, mais qui, au contraire, les facilite et les assure.

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