LA COALITION DE 1859 ET M. GLIZOT
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La coalition de 1839 a été, selon Lamartine, un des actes les plus funestes de notre histoire parlementaire. Toutes les fois (pi'il en a eu Loccasion, il sVsl exprimé
Kl.
sur ce sujet avec la plus juste sévérité :
« Cette adresse où Ton demandait la « sincérité du gouvernement représentatif « et où on effaçait un des trois pouvoirs ce de la constitution ; où l'on demandait « l'inviolabilité de la couronne, et où on « faisait descendre la royauté au banc des « ministres ; où Ton demandait le respect « des prérogatives, et où on constituait sur « les débris de toutes les prérogatives une « sorte de quatrième pouvoir, de direction « parlementaire n'émanant que d'une « seule Chambre et qu'on appelait le pouce voir ministériel, c'est-à-dire le despoc( tisme électif au lieu du gouvernement c( constitutionnel ; cette adresse entîn où (( l'on demandait à la fois la guerre en ce Espagne, la guerre en Italie, la guerre
u en Belpicjuo. la ^ïiicnv en Pologne, don « même temps Idults les mesures, tous « les résullals de la paix ; c'esl-à-diie l.i « plus grossière el la plus ridicule décep- « lion (loulou ail jamais osé anVonter Tiu- « lelligcnced'uu peu[>le sensé. » (Discours, France parlementaire, [. Il, j'. 175.)
I.e plus ardeul meneur de celle déplorable campagne lui M. Guizol. 11 s'élail séparé de M. Mole, parce que, dil-il dans ses Mémoires, « à la politique de lésislance on substitua celle de concession ou de concilialion, » et presque aussitôt il se jette dans une action conunune avec MM. Berryer el (jarnier-Pagès, c'est-àdire avec les ennemis inqjlacables de la dynastie qu'il voulait l'under. 11 y avait si peu daccord parmi les coaliséssi ce n'est jKiur convoiter et pour liaïr,que deux mois
après le renversement de M. Mole, aucun cabinet n'avait pu se former, et que sans l'attaque à main armée de Barbes et des républicains au 12 mai, la crise eût duré plus longtemps encore.
Les avertissements n'avaient cependant pas manqué à M. Guizot.
Lorsque Chateaubriand eut été renvoyé du ministère Yillèle, dil-il dans ses Mémoires : « Il trouva sur-le-champ, dans « le Journal des Débats, un théâtre élevé « d'oii partaient tous les malins ses al- « taques. M. Berlin de Yaux faisait « grand cas de M. de Yillèle, et vivait « avec lui, dans une familiarité intime. « Yillèle, me disait-il un jour, est vraice ment né pour les affaires; il en a la « passion désintéressée aussi bien que la c< capacité. » îl en coûtait au journaliste
« iMiiinenl de se hroiiillcr avec rii;iliik' « ininislro ; il alla licmver M. de Villèle et « lui (liiiiaiula |»oiir le iiiainlieii de la paix « de taire donner à M. de Clialeaubriand « Tambassadc de Home : « Je ne me « liasardorais pas à en faire la proposi- " lion au roi, lui répondit M. de Villèle. « — En ce cas, dit M. Berlin, souvenez- (t vons que les Débats ont déjà renversé les « ministères Decaze el Richelieu, ils sau- « ronl bien aussi renverser le ministère c( Villèle. — Vous avez renversé les pre- " miers en faisant du royalisme, re- « prit M. de Villèle ; pour renverser le « mien, il vous faudra faire de la révolu- « tion. »
u 11 n'y avait pour M. de Villèle rien de «rassurant dans cette perspective, el tt l'événement le prouva bien ; mais treize
« ans après, M. Berlin de Yeaux se souvea nait de l'averlissement. Lorsque, en « 1837, dans des circonstances donl je « parlerai à leur jour, je me séparai de « M. Mole, il me dit avec franchise : « J'ai « pour vous à coup sûr bien aulanl d'ami- « tié que j'en ai jamais eu pour Chateau- « briand j mais je ne vous suivrai pas dans « l'opposition, je ne recommencerai pas « à saper le gouvernement que je veux fonce der. C'est assez d'une fois. » (Mémoires, t. F'-, ch.vi.)
Aucune considération n'arrêta l'ardent lutteur. Tous les moyens lui parurent bons. Omnia pro dominatione.
La coalition de 1839, reproduction de celle del827fut lemodèle de la coalition de 1847 et c'est cette dernière qu'a imitée la coalition de 1869.
Li coalilitui de i8'27 a piodnil la ivvolulioii do \H7AK Los coalilions de 185î> el 1847 onlcondiiil à la r(5voliiliondt' 1840; cl c'est de la coalilicui de 18(V.) (|u'('>l sorli le 4 se|»leinl)ie.
On pi'ul donc dire sans exagéralion qne ce sont les coalilions qui corroni|>enl, dénioralisenl noire pays el le niainliennenl dans un élal révolulionnairc pernianeiil. Ur M. (Juizot, qui s'est porté dans ses écrits rennenii de Tespi il révolulionnairc, « cet empoisonneur des plus belles espérances humaines, » aélélcplusardenlorganisa leur des coalitions de 1827 elde 4859, el il a élé bienveillant pour le 4 septembre ! Et l'on s'indigne que de pauvres ouvriers soient révolulioniiaires î Kl l.nidis que les Calon de la veille devenus les coureurs de places du lendemain, se partagent les
dignités et les emplois, des barricades où la déception le jette, on envoie le penple aux casemates, aux pontons, à l'exil, au supplice !