LA PROYOCVTION DE L'ASSEMBLÉE EN
(Voir page 78.) LAMARTINE, mémoires, livre XXXV, p. 451.
« Un dernier acte de la commission de « permanence et de la Chambre posa lé- « mérairement la question entre le prince « et l'Assemblée. La commission de perce manence fat insensée. Provoquer quand « on est le plus fort, c'est abuser de sa « force ; mais provoquer à la fois le pouvoir « exécutif, la Chambre et la raison publi- « que, quand on n'est qu'un petit groupe c< en face d'une nation, il n'y a pas de mot, « excepté ceUii de suicide^ pour caracté-
« riser celle folie. J'avais prévu nulle sor- « liesdeiarépublicjue : je n'avais pas [uévii <( celle-là. Nitici coiiiiiiL'iil cela se passa : et Le «ZL'ik'ral Cliaiigariiier, (pii avail rerii (lu président cl de la Chambre le conunandenient «général des Iroupes de la garnison de Paris, caiu[tail aux Tuileries. Le }»rince résidail à l'Elysée. Le prince, niéconlenl du général, le deslitue. La Commission de permanence, mécon- Icnle à son tour, propose de diviser l'armée de Paris en deux parties : l'une pour défendre le président, l'autre pour protéger l'Assemblée. C'était organiser de sa propre main la guerre civile sur les deux rives de la Seine. C'était le coup d'État iwrr PAU l'Assemblée contre le pouvoir
EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE Ct COUtrC le
pouvoir universel de dix millions de suf-
f rages populaires. De ce jour, je vis la république perdue sans ressources. Je me voilai le front pour ne pas voir ce qui allait se passer.
c( Un coup d'Etat en appelle un autre. Je reçus la nouvelle du coup d'État impérial accompli par le prince sur les généraux de la Chambre et sur les chefs de la représentation. Je fus plus affligé que surpris.
« Le prince, facilement vainqueur, proposa à la France de restaurer en lui le gouvernement impérial. A sa place, j'aurais combatUi énergiquement l'Assemblée, mais j'aurais combattu pour la république réformée. La France n'hésita pas à le proclamer empereur. Je me relirai dans la solitude et dans l'abstention, prêt à l'exil, heureux de n'être pas persécuté. Quelles
qii*eusscnl é[ô ma vi^iieur c[ ma sagesse conliv l;i (li'ma<;ogie, il ne m'apparlcnail pas (lestuvir, ni direclemenl, ni indirectement, celui (jni, à bttn droit on à manvais droit, renversait la lt('pnltli(pn\ .ic devais mourir eiloyen allrislé, mais inolfensif. Mon rôle était fini ; j'acceptai mon destin. »
HKLATIUNS DE LAMARTCSE AVEC L'EMl'KUEL'R NAK»LÉUN m.
(Vcir p. 81.) LAMARTINE. Mémoires, livre XXII p 56
Je ne connaissais point le prince devenu piésidenl, mais j'étais fermement résolu à me rallacliei', non par goût, mais
par patriotisme, à son gouvernement désormais légal, contre toutes les factions ou contre toutes les oppositions mécontentes qui pourraient chercher à l'entraver. Le prince chercha d'abord vainement à se composer un ministère et s'adressa aux hommes principaux de toute couleur propres à l'éclairer et à le défendre. Ils refusèrent à peu près tous. Il perdit patience, et il songea à se jeter dans les bras des hommes compromis dans la fondation de la république, mais qui y avaient manifesté des principes d'ordre agréables à la masse du pays.
M. Duclerc auquel il s'était adressé lui proposa de faire une démarche désespérée auprès de moi, espérant que j'en serais flatté et que je ne me refuserais pas, dans la nécessité urgente oii il se trouvait.
(raccoplor de lui \c principal iui!ii>lî'i'e. Sans me ))r('veiui', le prince monta à cheval à la nuit lombanle et galopa, snivi de M. Dnclerc, vers ma maison de Saint- James au fond du bois de Roiilofiçne. Il m'envoya M. Duclerc seul pour m'annoncer qu'il était là et qu'il m'attendait dans une allée de sapins voisine et sombre, où il me priait de me rendre pour un entretien secret.
Je fis seller mes chevaux et je pjîrtis à l'instant pour aller, comme par hasard, rencontrer le prince. Il faisait nuit et il n'y avait plus aucun autre cavalier que nous dans le bois. J'entrai dans l'allée de sapins où le prince m'attendait. Dès qu'il m'aperçut, il dirigea son cheval vers moi. lUiclerc me présenta à lui et se retira })ournous laisserlibrement nousentrelenir.
Le prince aborda tout de suile la question en liomme d'affaires qui désire avoir une solution. Après quelques complimenls sur la manière dont j'avais manié les affaires dans le gouvernement le plus difticilequi fût jamais ; « C'est pour cela, me dit-il, que je viens. J'ai mon ministère à former ; je me snis adressé à tous les hommes de patriotisme et de talent que leurs noms m'indiquaient; j'ai été malheureux partout, et, s'il faut vous le dire, je n'ai pas trouvé en eux la résolution et l'intrépidité patriotique que j'avais lieu d'espérer. Je ne connais qu'un homme qui ait fait preuve de ces qualités et dont, j'ose augurer qu'il répondra favorablement si je lui fais appel : c'est vous, et c'est pourquoi vous me voyez ici. »
Je remerciai cordialement le prince. Je
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lui ilis qu'en elTel jo iriiésiteniis jtns m rno dévouer une seconde fois avec lui au sa- Iiiltln pays, si je pouvais nio ci'oirc encore ulile, mais que je nie croyais sincèrement non-seuleinenl le inoiii^ utile, mais le plus dangereux des miiiislies pour le nouveau gouvernement. « Je suis à toil ou à droit le plus compromis et le plus dépopularisé de tous les Français. Je me suis élancé dans la révolution au moment où elle avait chassé le roi des Tuileries, ei j'en ai pris résolument la tète. Tous les orléanistes m'attribuent une révolution que je n'ai pas plus faite que vous-même. J'ai dû proclamer larépubliipie provisoire pour donner satisfaction au parti i'é})ublicain, et par ce nom seul j'ai tout calmé ; mais j'ai suscité les craintes unanimes de
1795 par le moyen même dont je rendais
son relour impossible. J'ai donc contre moi les monarchistes et tous les peureux. Tout ce qui est démagogie, socialisme, terrorisme doit m' avoir en horreur. J'ai combattu votre propre parti en écartant la guerre pendant moïi ministère. Tout le parti bonapartiste et militaire doit m' abhorrer. Ces quatre inimitiés me rendent inacceptable à tous les partis en France et vous dépopulariseriez votre gouvernement naissant, en y laissant soupçonner mon nom. Je vous supplie donc de n'y point persister; je me perdrais sans vous servir. »
Je vis sur sa figure les m.arques d'une véritable affliction.
« Pour ce qui est de la popularité, me dit-il en souriant, n'y pensez pas vousmême, fen ai pour deux. »
(( Je le sais , repris-je ; mais tout en
vous donnanl les laisous irrélïi labiés de mon refus, si d'ici à demain vous n'avez pas réussi à convaincre et à rallier les lionnnes que je vais vous indiquer, je vous donne ma parole que j'accepterai les yeux liandés le ministère à défaut de tout autre, et que nous nous sauverons ou nous nous perdrons ensemble... »
Le prince continuant à se promener Ti cheval, à côté de moi dans Tobscurité, insista longtemps comme un homme désespéré qui fait les derniers efforts. Mais la raison me rendait aussi obstiné dans mon refus que l'urgence le rendait pressant dans ses offres.
« Enlin, me dit-il, j'emporte votre parole. Mais quels hommes me conseillezvous de prendre ? »
Je lui nommai M. Odilon Barrot et M. de Tocqueville.
« — Les avez-vous abordés? lui dis-je.
— Non, me dit-il.
— Eh bien, j'ai peine à croire qu'ils refusent, et s'ils refusent, je vous répète que je suis à vous ! »
Il me serra la main avec amitié, et nous nous séparâmes. Le lendemain matin, de très-bonne heure, il me fit dire qu'il avait trouvé et qu'il me dégageait de ma parole.
Tels furent mes premiers rapports avec celui qui est aujourd'hui empereur. Je suis très-él oigne de porter sur lui les jugements légers qu'on portait alors. Après une première conversation suivie de beaucoup d'autres, dans des circonstances graves, je reconnus, malgré mes préventions contre son nom, l'homme d'Etat le
plus sérieux cl \o plus loil de tous ceux, sans nucune excepliou, (juc j'eusse connus dans ma lon^aïc vie jtarnii les hommes (rKtal. J'en parlai ainsi à tous ceux de mes collègues (pii , m'inloiTogeant conlidenliellemenl sur lui et sachant mes relations, me demandèrent mon avis. « Mon avis, leur répondis-je, c'est ([uc la Providence, plus sage que nous, nous a réservé un homme qui me semble supérieur à son rôle. Ne croyez pas vous jouer d'un tel homme. La multitude a mis, par hasard ou par inspiration, la main sur un grand nom pour l'histoire. »
Je ne le fiai tais pas. Son silence hors des occasions nécessaires laissait les médiocrités dans le doute. Quant à moi, je n'hésilai pas longtemps à le juger tiès-supé-
rieur à son oncle, qui fut le premier sol-
dat, mais un des moindres hommes d'Étal de son siècle.
Je ne dois pas oublier que Bonaparte, devenu Empereur, et entendant parler de mes embarras, m'envoya offrir deux millions de sa cassette pour me libérer. Je refusai à tout risque ; l'honneur me l'interdisait. Récemment encore, il m'a envoyé par un de ses ministres faire les offres les plus larges et les plus spontanées pour le même objet. Je remis à son ministre une note commençant ainsi :
« M. de Lamartine remercie l'Empereur des offres obligeantes qu'il lui a fait faire parM.***; mais l'honneur qui appartient à toutes les opinions élevées lui interdit de les accepter. Tout ce qu'il désire, c'est que l'administration ne s'interpose pas entre lui et le pays qui désire l'aider
dans sa lilM'ialioit {Kir le moyen de la loterie «lniil il lait (leiuaiidcr raiil(»ri>atioii lé^ïale à lailininislrahon. w
(Juelques jours ajucs, i'aulorisalion du luiuislre de riuléiicur me l'ut adressée. La subvention individuelle et volontaire du pays eut la lilterlé de sexercei' eu ma laveur. »
LA LIBERTÉ SOUS LOUIS-PHILIPPE ET LA LIIiEUTÉ SOLS NAPOLÉON III.
(Voir page 82 )
On a souvent affeeté de comparer la liberté dont on jouissait sous le règne de Louis-Philippe avec ce qu'on appelait le despotisme impérial. Sans doute il y eut
plus de parlementarisme sous Louis-Philippe que pendant l'empirCj même après le 2 janvier : mais il y eut moins de liberté populaire et de liberté sociale que sous l'empire, même avant le 2 janvier. Il suffirait de rappeler les lois sur les coalitions et sur les sociétés. Mais voici un autre rapprochement très-significatif.
Sous l'empire , plus de cent mille ouvriers ont pu se réunir librement pour choisir des délégués à envoyer à Londres. Sous Louis-Philippe, un digne industriel, M. Leclaire, ayant manifesté l'intention de réunir un petit nombre d'ouvriers , qu'il avait associés aux bénéfices de son entreprise, pour leur rendre compte du résultat des opérations, reçut la réponse qui suit :
« L'an mil huit cent quarante-trois et
u lo douze octobre, Nous, Anloiue-.Maiir « Bassel, commissaire de police de la \ill<' « de Paris, spécialement du quarlier de « la (Ihaussée-d'Anlin.
« En exéculion des ordres de M. le « conseiller d'Klal, préfet de police, en c< date du "27 septembre dernier, notilions « au sieur Leclaire, entrepreneur de pein- « ture, demeurant rue Saint-Georges, « n° 1 1 , le rejet de la demande qu'il avait c< adressée à M. le préfet de police, afin « d'être autorisé à réunir, dans ses ate- « liers, quatre ou cinq fois l'année, des « ouvriers peintres, dans le but de prendre « une part proportionnelle dans les béné- <i fices produits par son travail.
« En conséquence, nous, commissaire « de police, lui faisons expresse défense « de former lesdites réunions sous aucun
c( prétexte, sous les peines de droit.
« Et alin que le dit sieur Leclaire n'en « prétende cause d'ignorance, lui remet- « tons la présente copie du procès-Ycrbal « de notification en parlant au dénommé « dans l'original. »