LE SECOND VOYAGE E\T ORIE.YT
« ce banquet; j'étais aa lit, souffrant; ma conduite valut
a mieux que mes paroles, et j'ai du moins la consolation
« d'être complètement innocent de la révolution où fut
« précipité mon pays. »
C'est ainsi que mon père eut, dans un village d'Orient, la primeur de cet humble, mais si glorieux med cutyà de l'homme politique. Treize ans plus tard, Lamartine devait s'en frapper publiquement la poitrine. Dans ses Mémoires politiques, il revient deux fois sur cet acte de sa vie pour le condamner sévèrement; on va pouvoir comparer ce qu'il en dit, avec la narration de mon père.
Au livre septième de ses Mémoires, Lamartine, après avoir reproduit son véhément discours à la réunion de l'opposition chez Durand et avoir constaté le mouvement de recul persistant des principaux hommes politiques réunis, constate que les conséquences funestes de ses paroles furent par le fait écartées, et il ajoute :
« Mais si ces considérations excusent cette faute de Lamartine, elles ne suffisent pas pour l'absoudre. L'élan qu'il avait donné à l'opposition aurait pu aboutir à un conflit, autant que l'obstination du gouvernement. Lamartine livrait quelque chose au hasard. La vertu ne livre rien qu'à la prudence, quand il s'agit du repos des Etats et de la vie des hommes. Il tentait Dieu et le peuple. Lamartine se reprocha depuis sévèrement cette faute. C'est la seule qui pèse sur sa conscience dans le cours de sa vie politique. Il ne chercha à l'atténuer ni à lui-même ni aux autres. C'est un tort de renvoyer à Dieu ce que Dieu a laissé à l'homme
d'État : la responsabilité. H y avait là un défi à la Providence. L'homme sage ne doit jamais défier la fortune, mais la prévoir et la conjurer. »
Dans le livre trente-cinquième et dernier de ses Mémoires, Lamartine revient avec insistance sur cette faute (1).
Cette confession publique de 1863 est d'une noblesse qui n'a été égalée que par les aveux sublimes de la critique de V Histoire des Girondins. Elle est un de ces actes de conscience, inusités, qui placent Lamartine hors de pair audessus des plus illustres, aussi bien par le caractère que par le génie.
Après avoir visité en tous sens sa concession de Burgaz- Oua, et avoir acquis la certitude qu'elle était très productive, Lamartine retourna à Smyrne avec ses compagnons de voyage, dans le but de se rembarquer pour la France.
Pendant ce second séjour dans la capitale de l'Asie .Mineure, il fut l'objet des plus chaleureuses démonstrations de la part de la colonie française. Une députation, conduite par M. Couturier, homme de bien et d'intelligence, resté l'ami de Lamartine jusqu'au dernier jour, et mort récemmeul en laissant les plus vifs regrets à tous ceux qui l'ont connu, invita l'illustre voyageur à présider deux solennités publiques scolaires : la distribution des prix du collège des
(1) Voir l'Annexe, document B.