LE SECOND VOYAGE EN ORIENT. V
Lazaristes et celle de l'école des Sœurs de la Charité. Dans chacune d'elles il fit un discours, et dans chaque discours l'éloge des maîtres; celui adressé aux Sœurs se terminait ainsi :
« Ces saintes et laborieuses servantes des pauvres ne me permettraient pas de les louer; mais elles ne sauraient me défendre de les honorer, de les admirer et de les bénir. »
Mon père, travaillé depuis quelque temps par la pensée de revenir en France par la Russie, où se trouvait transplantée depuis l'émigration une branche de la famille de Chamborant, se décida à mettre son projet à exécution. Il fut chargé par son illustre ami de commissions importantes pour le Sultan et le grand vizir à son passage à Constantinople.
Il quitta M. et madame de Lamartine, après avoir échangé avec eux les témoignages de la plus vive affection.
A l'égard de son illustre ami, ce voyage n'avait fait que développer encore des sentiments fortement enracinés; visà-vis de Madame de Lamartine, il avait été une véritable révélation. Mon père s'exprime ainsi dans ses notes :
« Depuis que j'avais eu l'honneur d'être présenté à Madame de Lamartine jusqu'à notre voyage, je ne savais d'elle rien de plus que tout autre. Je prenais sa timidité
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et sa résolu1 pour de l'indifférence. J'étais plein de respect pour sa personne, mais je me sentais retenu dans un certain éloignement. Je savais de tout temps combien elle était digne de celui à qui Dieu l'avait unie. Mais, après avoir vécu avec elle pendant des semaines entières dans l'intimité de la vie de famille, il me fut impossible de ne pas reconnaître les trésors de sensibilité, de dévouement, de religion, de charité chrétienne qu'elle essayait de tenir modestement cachés dans son cœur. Je compris tout ce qu'avait dû souffrir comme mère, comme épouse, comme chrétienne, cette femme vraiment supérieure. La gloire de son mari avait sans nul doute rejailli sur elle; mais la gloire n'est pas un bouclier contre la douleur.
« Je reconnus que Madame de Lamartine, par l'étendue de son esprit, la distinction de son talent artistique et les vertus de son cœur, avait un mérite assez grand pour se couronner, si elle eût voulu, des rayons de sa propre gloire, mais qu'elle s'était toujours volontairement effacée et amoindrie devant celle de son mari.
« Il n'y a point de sacrifice qu'elle n'ait fait à M. de Lamartine; elle vit exclusivement de son air, de sa vie; on sent qu'elle l'aime du même amour que quand elle était jeune femme, amour doublé de celui des enfants qu'elle a perdus, et excité encore par l'injustice publique et l'ingratitude des contemporains. Pendant le gouvernement provisoire, tandis que son mari luttait seul, sans d'autres armes que son courage et son éloquence, contre les passions de la démagogie et les menaces des assemblées, elle ne trembla jamais pour elle-même, mais l'inquiétude pour son mari la tint attachée au calvaire de toutes les angoisses.