‹ Lamartine inconnuChapitre 14 sur 50 · LE SECOXI) VOYAGE EN ORIENT · texte numérisé non relu

LE SECOXI) VOYAGE EN ORIENT

« Il me répugnait de faire violence à cette réserve de mon compagnon de voyage et de mon ami. Mais je savais que tout ce qui sort du cœur mérite d'en être arraché, et que, dans ces sortes d'entretiens du voyageur avec luimême, l'art suprême est de ne point montrer l'artiste. Une justesse de sens, un coup d'œil élevé, une sensibilité sans recherche, un style sans effort, une sincérité sans respect humain, une phrase de premier mot et qui rend la pensée au vol : voilà tout ce qui nous charme dans les récits du voyageur. Il doit sentir et peindre comme il voit, c'està-dire en courant et en ébauchant. Pensée ambulatoire et style équestre, qui comportent dans l'impression l'abandon et la liberté de la nature.

« Dans les pages de ce genre, comme dans les miennes ici, l'écrivain disparaît pour laisser voir l'homme. Qu'importe, en effet, l'écrivain , quand l'homme intéresse et remue? Or, il y avait de l'un et de l'autre dans les souvenirs de M. de Chamborant. Je le suppliai que la lacune laissée dans mes notes fut comblée par ces deux fragments de son voyage, comme on incruste dans la même mosaïque deux cailloux du même torrent. Le cours de ses idées et celui des miennes étaient assez semblables pour que rien ne jurât trop dans ses impressions. Quand on sent à peu près de même, on a le droit de parler l'un pour l'autre, et de répondre d'un sentiment pour deux. »

Il était impossible à Lamartine de présenter à ses lecteurs d'une manière plus aimable son modeste suppléant.

Page 1