CHAPITRE VII l'année
I. Précieuse lettre de Lamartine. — II. Mort de mon grand-père. — III. Quelques mots sur sa vie. — IV. Sentiments de Lamartine pour lui et de lui pour Lamartine.
Pendant l'hiver de 1853, les rapports de mon père avec Lamartine se resserrèrent encore davantage s'il est possible. Tous les jours, plutôt deux fois qu'une, il allait chez son noble ami pour l'aider, soit dans des démarches d'affaires, soit dans la réalisation de ses pensées charitables.
Après des mois d'une intimité si absolue dont j'ai été témoin, il est évident que les rapports ont dû se continuer par correspondance; je n'ai cependant retrouvé qu'une seule lettre de cette année-là.
Mais son importance pour les miens et pour moi n'échappera à personne.
Elle est datée du 9 novembre.
La voici :
« Monceau, 9 novembre i853.
« Mon cher ami,
Je pars pour Paris du 25 novembre au 1er décembre, • bien heureux de vous retrouver, car vous êtes mainte-
v- nant le spes altéra Romœ. La mort enlève les hommes, « les feuilles et les amitiés. Vous serez pour moi la sève k d'automne. Votre lettre me console; peu importe à un « homme qui, comme vous, n'a ni dettes ni embarras, « plus ou moins de billets dans son portefeuille. Tout ce a qui a une retraite rurale, inviolable aux huissiers, et « où il peut dormir dans le lit de son père et man- « ger les pommes de terre de son jardin, est heureux. « Regardez plus bas! et même regardez-moi et remerciez « Dieu.
a J'ai moi-même, grâce à la Providence et à un travail a d'araignée qui refait sa toile autant de fois qu'on la lui u brise, un bien-être de sécurité momentanée. J'en jouis « en fermant les yeux pour ne pas voir plus loin que « l'année. C'est une intermittence à la fièvre.
« Les journaux me disent malade, je ne le suis que « d'affaires. J'ai un peu de grippe, mais elle s'en va. Je « suis levé à quatre heures du matin.
« Non seulement je n'ai pas fait de récolte avec mes « soixante-dix vignerons, mais il faut faire vivre cent « familles un an.
« Résultat : 150,000 francs de différence! Et cepenb dant, je tiendrai bon. Gloire à Dieu et reconnaissance « aux libraires.
« Amitiés tendres à vous.
En face d'une pareille lettre où le langage de l'amitié se pare d'une si tendre et touchante délicatesse, qui pourrait s'étonner de l'attachement exceptionnel que Lamartine excitait chez ses amis et qu'il a inspiré à mon père en particulier?
Qui pourrait s'étonner de la joie, de l'orgueil même que
provoquaient chez ce dernier les témoignages d'une aussi douce et aussi illustre affection? Il ne parlait, disait-on, que de Lamartine, parce qu'il y pensait sans cesse et qu'il considérait comme quelque chose d'un peu à lui ce Lamartine qui avait été pour ainsi dire la seconde atmosphère de sa vie.
Qui pourrait s'étonner enfin de mon émotion en écrivant ces lignes?
Je suis ému sans doute en face d'uue pareille amitié, mais je ne le suis pas moins en face du spectacle de tant de grandeur survivant à tant d'infortune.
Quoi de plus touchant que de voir ce grand lutteur du travail contre la ruine détourner les yeux du gouffre et les fermer, comme il le dit lui-même, dans l'espoir de goûter un peu de calme, parce qu'il a devant lui quelques mois d'une sécurité relative? Quelle réponse péremptoire à ces critiques implacables qui n'ont jamais voulu juger Lamartine qu'à travers l'injustice de leurs passions! Il se pare de son malheur, disaient-ils, il en abuse pour faire parler de lui, pour attirer l'attention et l'argent. Son infortune est surtout dans la mise en scène ! Il n'y avait pas de mise en scène possible vis-à-vis de mon père, au courant de tout, et cet éclair de soulagement, parti vraiment du cœur, ne fait qu'accentuer la vérité des cris de douleur qui l'ont précédé et qui vont le suivre.
Dans toutes ou presque toutes ses lettres précédentes, on a pu le remarquer, Lamartine parlait de mon grand-père avec vénération et lui envoyait son souvenir. Dans celle-ci, il n'est question de rien de tout cela. Hélas! mon grandpère était mort au mois de mars pendant un de ses courts séjours à Paris. Il fut enlevé par une attaque d'apoplexie que rien ne faisait prévoir. Le résultat funeste fut très rapide. Néanmoins il conserva quelques heures de pleine lucidité qui lui donnèrent le temps de remplir tous ses devoirs. Du reste, il n'avait pas attendu jusque-là pour baisser son front et frapper sa poitrine.
Cette année-là, moins heureux que la précédente, j'étais interne à Sainte-Barbe où je faisais ma rhétorique et où je devais, l'année suivante, suivre à Y école préparatoire les cours pour Saint-Cyr. Mon grand-père avait été frappé la nuit. Dès le matin, au réveil, pendant qu'un prêtre ami lui administrait les derniers sacrements, j'étais demandé à la hâte. J'accourus au plus vite; mais il était trop tard; quand j'arrivai, le malheur était consommé. Je me rappelle ma profonde émotion.
Peu de jours après, nous rapportions mon vénéré grandpère dans sa ville natale, où eurent lieu ses obsèques au milieu d'un concours immense de population. Les honneurs rendus à sa tombe étaient le digne couronnement de tous les témoignages d'estime dont on avait entouré sa vie.
Quant à Lamartine, qui éprouvait pour lui une si réelle sympathie, il avait donné à mon père, au moment de notre départ, toutes les consolations qu'un cœur comme le sien pouvait lui suggérer; il n'avait donc pas à écrire, et il est tout naturel que je n'aie retrouvé aucune lettre de lui sur cet événement.
Que mon grand-père ait été estimé dans son pays, à cela rien de bien étonnant. Dieu merci! il y avait de son temps, et il y aura dans tous les temps, espérons-le, des gens estimables et qu'on estime.
Mais que cet homme, tout estimable qu'il fût, ait pu, après l'enfance que la Révolution lui avait faite et la vie éteinte qui en avait été la conséquence , exciter chez un homme comme Lamartine des sentiments aussi vifs et aussi fréquemment exprimés, c'est une sorte de phénomène qui demande son explication. Je ne puis la donner qu'en faisant comprendre ce qu'était mon grand-père, en montrant ce qu'avaient fait de lui les traditions de son origine, la nature de son caractère et son genre de vie.
Xé le 19 décembre 1780, il avait à peine l'âge de raison au moment de la crise révolutionnaire. Par point d'honneur, son père fit comme les gentilshommes les plus honorables, il émigra. Sa mère fut mise en prison; lui, confié par la nation à une série successive de maîtres ouvriers, entre autres à un chapelier. Le chapelier devait
lui apprendre le civisme, un état manuel et la simplicité des mœurs républicaines. Il se préoccupa surtout de gagner le plus possible sur la pension payée par la municipalité. Le pauvre enfant arrosa souvent de ses larmes le morceau de pain noir qui était le plus clair de sa nourriture.
Et pourtant, à ses yeux, son père n'avait fait que son devoir en partant, et il ne lui vint jamais à l'esprit de l'en blâmer; mais il accusa toujours la Révolution, qui avait imposé à son père un pareil devoir, qui en lui arrachant sa mère lui avait laissé pour toutes caresses la férule brutale d'un grossier patron, et qui, pour couronner ses bienfaits, l'avait aussi bien que ses parents dépouillé de tout.
Il ne faut pas s'en étonner! Sans doute, on peut penser que les émigrations sont des fautes; moi-même, je suis très porté à le croire, et si, demain, en face d'une révolution, je partais seul, laissant mes enfants exposés au pétrole et à la dynamite, je me croirais très coupable. Mais est-ce que je puis prétendre pour cela que si j'avais été à la place de mon bisaïeul, j'aurais agi autrement que lui? Certainement non!
C'est à force de confondre leurs intérêts, de se confondre eux-mêmes avec l'idée de patrie, que nos Rois avaient formé la France; est-il donc étonnant qu'au milieu d'une si troublante confusion les plus honnêtes gens aient cru trouver la patrie du côté du Roi, légitime possesseur du sol à leurs yeux, plutôt que du coté du sol dépossédé de son Roi? Us étaient dans l'erreur, je le veux bien; mais leur erreur est une de celles qu'on respecte tout en les regrettant, de celles qu'on ne partage pas, mais qu'on conçoit très bien que dans d'autres temps d'autres aient pu partager.
Il n'y a doue pas à s'émouvoir des déclamations enfiellées et des indignations factices d'une certaine histoire. On peut juger mille choses bien différemment qu'il y a cent ans, on peut désirer que toutes sortes de progrès sortent de en mouvement perpétuel des idées et des hommes qui est la loi providentielle de l'humanité, que les devoirs sociaux soient mieux compris , que Dieu inspire aux heureux de la terre de penser davantage au peuple et de regarder de plus près les misères du pauvre; on peut, en face des souffrances des classes ouvrières, sentir son cœur battre d'élans de justice et de nobles indignations que la froide raison arrive seule à tempérer; on peut enfin croire que la question sociale, niée par un tribun sonore, doinine toutes les autres, et ne pas rougir d'être I'arrière-petit-fils d'un émigré.
Pour mon grand-père, la Révolution qui est restée le mal était déjà l'ennemi. Eu criant qu'elle émancipait tous les hommes, elle l'avait mis hors la loi. Elle lui avait tout pris, et, en échange, ne lui avait rien donné, rien pour son âme, rien pour son esprit, rien pour son corps.
Il n'en avait reçu ni instruction religieuse, ni éducation classique, ni position sociale. Et il entrait ainsi dans une vie qui, forcément, serait manquée. Avec une autre nature que la sienne, il aurait fait comme beaucoup : il serait resté où on lavait fait descendre; mais son imagination ardente avait besoin d'être apaisée par la lecture, sa sensibilité excessive de s'égarer dans tous les rêves qu'il ue pourrait jamais réaliser, son légitime ressentiment contre la Révolution d'être rendu plus légitime encore par l'étude de l'histoire. Les livres devinrent ses plus intimes amis, sa
distraction favorite. Séparé des hommes nouveaux, il se mit a vivre dans la société des anciens. Seul avec des dictionnaires et des traductions, il se mit à étudier tant bien que mal dans leur langue les auteurs grecs et latins; Virgile et Homère charmaient son imagination; Horace, sa sensibilité et sa mélancolie. Tacite et Plutarque lui présentaient les plus grands enseignements de l'antiquité.
Et c'est ainsi qu'il se refit à lui-même une sorte d'éducation, qui n'était pas conforme à la règle et ne pouvait lui être d'aucune utilité pratique, mais qui lui donna une culture d'esprit supérieure à celle de la plupart de ses malheureux contemporains.
Par une exception presque incroyable, sous Xapoléon I", ce grand faucheur d'hommes qui allait chercher partout le bétail humain pour le faire servir au triomphe de son inextinguible ambition, mon grand-père, malgré sa grande force physique, son sang et ses traditions militaires, a été laissé à son foyer, reconstitué de quelques épaves sur les ruines de l'émigration.
C'est à une croyance populaire et à l'intervention énergique des croyants eux-mêmes qu'il a dû cette exception. .Votre famille possédait un remède contre la rage; je n'entends nullement prétendre qu'il fût infaillible, mais il était réputé très efficace, et mon grand-père en était alors le dispensateur. Ses concitoyens, fout spontanément et eu très grand nombre, signèrent une pétition dans le but de conserver au milieu d'eux l'intermédiaire, toujours abordable et absolument désintéressé, d'une pareille guérison. La pétition fut écoutée; mais ce ne fut pas sans bien des luttes intérieures, des hésitations et des regrets, que mon
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grand-père se soumit à une pareille inaction. Malgré son peu d'attrait pour Bonaparte, dont le génie ne l'avait pas fasciné, parce qu'il voyait en lui l'ennemi des Rois légitimes, il allait céder à la pensée de la gloire et à la promesse d'un brevet de garde d'honneur. Il était décidé, lui aussi, à servir le grand hypnotiseur de toute cette génération, lorsque l'odieuse et injustifiable exécution de Vincennes creusa un abîme définitif entre le cœur honnête du rojaliste indigné et l'implacable bourreau du dernier Condé. Mon grand-père laissa ses amis de toutes classes faire de nouvelles démarches, qui furent écoutées, et il demeura dans cet écartement volontaire.
Plus tard, dans la suite de son obscurité généreuse, sou jeune frère, généreux d'autre sorte, s'offrait pour verser son sang à l'appel de la gloire. Sorti de Saint-Cyr, il débuta par la campagne de Russie, où il fut blessé et décoré sur le champ de bataille. Il en revint néanmoins, participa aux affaires suivantes, mais fut encore plusieurs fois blessé, et si grièvement qu'il mourut des suites de ses blessures peu de temps après le retour des Bourbons.
La Restauration causa une joie immense à mon grandpère. II fut un des instigateurs du mouvement royaliste dans son pays. Adjoint au maire de sa ville, le chef-lieu de l'arrondissement, il profita de sa situation pour échauffer le zèle de ses concitoyens. A une époque où les phrases tenaient si peu de place et où l'encre était pour ainsi dire figée dans les encriers, il lança à ses administrés nombre de petites circulaires pleines de bous et loyaux conseils en faveur de la monarchie.
L'une d'elles m'a paru assez curieuse, comme signe du
temps, pour pouvoir être citée à l'Annexe de ce volume. On n'y trouvera pas seulement la preuve du royalisme de mon grand-père et, si l'on veut que je le dise, de certains préjugés de son temps, on y sentira la marque de cette éducation refaite et de cette fréquentation des anciens que je signalais tout à l'heure. Ce sont même deux lignes latines de Tacite qui sont le texte de ce petit prône politique (l).
Ou y verra enfin cet ancien élève du brutal chapelier, ce gentilhomme de trente-quatre ans, avec ses erreurs et ses illusions, mais aussi avec sa bonne foi et sa générosité.
S'il aime tant ses Rois, c'est que pour lui aussi la patrie se confond avec eux et non avec Bonaparte, génie taché de sang, du sang des victimes nuitamment égorgées et du sang de cette génération de soldats héroïques qui s'est effondrée, pour sa gloire d'aventure, dans de gigantesques combats à travers le monde. Et, poussant jusqu'à une naïveté qui a bien quelque chose de sublime, l'imitation de son prince légitime, il appelle a M. Buonaparte ■• le grand Xapoléon, ce demi-dieu des batailles, ce soleil de jeune et souveraine puissance, autour duquel gravitaient naguère comme d'humbles satellites les souverains des plus antiques lignées. Faut-il que cet homme, jeune pourtant, soit aveugle, fanatique, arriéré! Il croit sans nul doute que les rois sont d'une essence supérieure, et que le plus grand des hommes n'est pas fait de la même substance qu'eux!
Mais non! Ce forcené royaliste est plus libéral que les hommes de révolution ; il proclame qu'il y a quelque chose au-dessus de tout ce qui est de la terre, qu'au-dessus des
(1) Voir document G.
i;, LAMARTINE INCONNU.
rois eux-mêmes il y a Dieu et sa loi. Il proclame que les hommes sont les frères des rois, et que les rois ont, non pas la faculté généreuse, mais l'obligation absolue de protéger leurs frères, plus humbles dans le temps, mais égaux de\;iut l'éternité. En résumé, il a les idées les plus nobles, les plus généreuses, les plus chrétiennes; mais il va chercher trop en arrière ou trop haut leurs moyens d'application.
!Uon grand-père, lui aussi, montait à sa manière dans les régions de Y idéal. C'est un pays où les habitants ne peuvent que s'estimer et s'honorer les uns les autres, où les géants du génie ne peuvent refuser le salut aux modestes soldats de la bonne volonté. C'est là que Lamartine a dû rencontrer pour la première fois le père de son fidèle ami. Tous deux, avec des forces bien différentes, soutenaient leur idéal particulier: l'un, l'idéal d'une royauté d'âge d'or qu'on ne verra plus; l'autre, l'idéal d'une république surhumaine qu'on ne verra pas. Que l'un ou l'autre eût triomphé, l'humanité aurait progressé; la conscience aurait été libre, la vie protégée, Dieu loué et adoré. Leur but était le même. L'affinité de leurs esprits s'explique et explique tout.
Elle explique que le Lamartine de 1848 n'ait pas effrayé le royaliste de 1814, et qu'après tant d'hésitations, lorsque ce dernier a dû mettre dans l'urne présidentielle son vote
personnel, il y ait placé le nom de Lamartine de préférence à celui de Bonaparte. C'était du moins rester encore fidèle à l'idéal !
Elle explique aussi que, sans autre point commun que la similitude de leur origine noble, royaliste et chrétienne, et malgré tant de dissemblance dans tout le reste, ces deux hommes se soient sentis, au premier contact, attirés l'un vers l'autre par la plus réelle sympathie du cœur.
Le jour est arrivé, en effet, où ils se sont trouvés face à face : l'un avec ce génie de grandeur et d'honnêteté qui, malgré toutes les amertumes, l'a fait triompher dans la gloire de tous les pièges de la destinée; l'autre avec les reflets d'intelligence qui illuminaient sa verte vieillesse, mais vaincu dès l'aurore dans la vie par la Furie fatale qui avait coupé les ailes de son destin. Ils se sont rencontrés à la même table, celle de mon père. Quoique bien jeune alors, je n'oublierai jamais mon émotion à? enfant et celle de mes parents aussi, au moment de cette entrevue où devait rayonner pour la première fois, aux yeux de mon grand-père, le génie de l'illustre ami tant aimé. Je vois encore le vieillard, entrant dans le salon où tout le monde était déjà réuni, s'arrêter en face de Lamartine, lui lancer fièrement un premier regard scrutateur, éclairé bien vite par le charme de la première impression, et lui adresser immédiatement une de ces phrases du cœur qui sont un trait d'union entre deux hommes.
Lamartine répondit avec un tact, une déférence, une bonne grâce enfin, qui fascinèrent mon grand-père. La séduction commençait, irrésistible. Le reste de la soirée devait l'achever. La conversation fut intarissable; il fut
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question de mille sujets élevés. Sur tous, le vieux gentilhomme fit haute contenance devant le grand homme, auquel il donna toujours heureusement la réplique, en appuyant des citations les plus opportunes les idées les plus élevées et le langage le plus noble. Il acheva de gagner Lamartine par sa franchise pleine de courtoisie. Aux éloges sur tant et tant d'œuvres irréprochables, il sut mêler de graves réserves, de sérieuses critiques même sur certains points des œuvres historiques. Lamartine se défendit victorieusement, mais en agissant comme il a agi depuis si généreusement devant tout le public, en ne défendant pas ce qui n'était pas défendable, et en donnant au reste sa véritable signification. Mon grand-père fut ravi. Ces deux hommes s'étaient compris et conquis. Ils étaient désormais l'un à l'autre. Leurs nouvelles rencontres ne firent que les confirmer dans leur mutuelle sympathie.
Depuis, mon grand-père s'intéressait vivement à toutes les tentatives littéraires de l'illustre ami de son fils.
Quant à Lamartine, il ne cessait de témoigner sous toutes les formes sa sympathie déférente pour le père de son ami. Dans ses lettres, il l'appelait tantôt l'excellent père, tantôt le modèle des pères, tantôt le patriarche, etc. Il insistait sur le plaisir qu'il aurait à faire avec lui de longues et philosophiques causeries! Et cela devait durer ainsi jusqu'à la mort.