UU
y~-tlt^^
/-^TtV
-^zC^L* J
~7^îZ^ji-^
^L^A^^^ /^^z^zx^^
« désespérer sous le poids d'une charge qu'il s'est donnée « d'abord pour son pays, et ensuite pour les malheureux et s les pauvres honteux dont il a sauvé la vie et l'honneur « depuis neuf années, vraiment, il y a de quoi succomber, « et je chancelle !
« Je répète bien : Que la volonté de Dieu soit faite! Mais « est-ce bien sa volonté, de laisser périr un homme à « qui on ne peut pas reprocher un vice comme cause de b ruine? Je défie d'en trouver un seul : Prodigalité de « générosité! Oui! mais pas pour lui-même, pas pour une « satisfaction personnelle, pas pour un vice.
b Mais je vous dis ce que vous savez déjà.
a Répondez-moi, mais en deux parties, car je ne veux « pas que mon mari sache que je vous ai écrit. Je ne me « mêle jamais d'affaires. Mon rôle serait de le consoler si « toute chance de salut se perd; mais, hélas! ce serait « trop tard.
« Vous ne savez peut-être pas que le Cours est empè- « ché de paraître... faute d'argent.
« M. de Lamartine n'a pas de quoi payer le tirage
« Adieu, ami, et merci de votre sollicitude zélée.
a' M. E. de Lamartine. »
Après avoir entendu l'accent d'un témoignage aussi véridique et aussi sacré, quel est celui qui conservera encore des doutes injurieux pour le souvenir d'un de nos plus grands hommes ? La cause du cœur, qui est ici celle du bon sens, n'est-elle pas gagnée chez tous les honnêtes gens?
Touchés par les accents déchirants d'une femme qui a été l'ange sans tache du mariage, tous, quelle que soit leur tendance politique, ne voudront-ils pas monter enfin dans les régions sereines de la bonne foi et de l'impartialité? Et, de là, s'ils contemplent Lamartine au milieu du dédale de
ses affaires, ils y trouveront le malheur, jamais le mal ; l'illusion généreuse, jamais le vice; la grandeur et la dignité, toujours; uue auréole de plus, la souffrance soumise à Dieu.
Mon père avait écrit à son illustre ami qu'il avait vu M. de Morny et l'avait trouvé dans les meilleures dispositions pour appuyer la demande d'autorisation annoncée, mais que certaines explications complémentaires semblaient utiles. Lamartine réplique par la lettre détaillée que voici :
< Monceau, 18 février 1858.
« Merci ; mais il y a longtemps que je ne vous remercie « plus. *
a J'ai reçu votre lettre.
« Voici mon opinion :
« Le gouvernement, s'il est éclairé et bien inspiré, a accordera au Comité maçonnais, pour la liquidation des « dettes et la vente des terres de M. de Lamartine, l'aub torisation que ce pays tout entier désire avec une passion b impartiale qui l'honore.
« Le Comité, qui s'est formé tout à fait en dehors de moi « et sans aucune acception d'opinions politiques, légili- « mistes, bonapartistes, fonctionnaires publics, simples ■ citoyens, noblesse, bourgeoisie, grand commerce, petit « commerce, cultivateurs, etc., etc., devient d'heure en
heure plus complet et plus unanime. Je ne croyais pas
« un cœur si sympathique à cette noble mais froide con- « trée. Tout le moude .signe avec enthousiasme et avec « larmes, même mes ennemis. Il y a des scènes qui attenu driraient si on les racontait à loisir; le préfet le dit sans a doute au gouvernement, car c'est un grand mouvement « du sol, un tremblement de cœurs dans cette région jusci qu'à Lyon. J'étais bien éloigné de me croire si aimé; « cela me convertit et m'attache à cette admirable popua lation.
« Ce Comité, qui compterait, en huit jours, toute la a ville et cent mille signatures dans le département, s'ar- « rêtera à un nombre borné de signataires d'élite de toutes u les classes et de tous les partis, pour ne pas donner b d'ombrage par la masse et pour ne pas exercer d'autre b pression que la pression d'un bon sentiment public.
« Il enverra une petite députation à Paris pour demander b l'autorisation et la motiver sur deux choses :
o L'exception dans l'homme qu'elle désire sauver d'une h catastrophe ;
ci L'exception dans la participation d'une contrée tout u entière à la liquidation d'un de ses citoyens aimé du « pays.
« Selon le Comité et selon moi, ce seront des motifs sufb lisants pour que l'autorisation soit non seulement justice fiée, mais, je vous le dis sans exagération, acclamée.
« Vous pouvez lire cette lettre, heureusement véridique, ! à M. de \Iorny, dont les bons sentiments dans cette « occurrence ne m'étonneut pas, parce que, toute politique - à part, j'en ai toujours eu de semblables pour lui. Son » opinion sera saus doute d'uu grand poids dans la résolua tion de l'administration supérieure. Ici, l'administration " dira ce que je vous écris, le préfet est, dit-on, parfait. Il ci sera à désirer que si l'autorisation est accordée au Comité « maçonnais, elle le soit promptement, car le feu s'éteint « comme il s'allume dans les cœurs.
« Voilà, mon cher ami, où en sont les choses, littéraleb ment.
u Si l'autorisation est refusée, il y aura une grande peine a dans le pays. Je livrerai tout à la merci des revendeurs b de biens, coalisés par la cupidité qui dissèque les morts. a Je crois même qu'en ce cas je serai forcé d'aller vous « demander asile; car, après mes payements de un million b cent mille francs cette année, et mes pertes, il ne me « reste pas en ce moment même de quoi faire imprimer b et paraître mon Cours littéraire. Je perdrai ainsi cet .< énorme capital. Ne trouveriez-vous pas un banquier qui « me prêterait vingt mille francs pour trois mois, à cet u usage? Malheur aux vaincus!
« Tout ceci est entre nous, car ce n'est plus moi qui « agis en rien dans tout ceci; c'est le Comité maçonnais.
Cela est convenable; mais, de plus, cela est vrai. Ne l' ouït bliez pas.
b Adieu et tendres amitiés quand même.
b De mon lit, où la grippe obstinée me retient encore.
« Lamaktixe. »
Cette lettre, destinée à être lue en grande partie à M. de \Iorny, n'est que le développement de la lettre précédente, elle la confirme, la complète, elle n'y ajoute et n'y retranche rien d'essentiel; il serait donc inutile d'y insister, si elle n'indiquait pas, par la nécessité où Lamartine s'est trouvé placé d'insister sur l'esprit de mesure et de convenance du Comité maçonnais, que quelques tiraillements se faisaient déjà sentir à Paris. Mon père, qui avait rencontré les meilleures dispositions chez M. de Morny, rapporta certainement une impression un peu dilférente de sou entourage. Là, en effet, on entendait directement toutes les voix
influentes du régime ou on en recevait l'écho. Toutes les critiques se faisaient jour, tous les inconvénients étaient soulignés, toutes les prévisions pessimistes énumérées. Peut-être même était-il possible de pressentir les difficultés de toutes sortes qui devaient, en fin décompte, empêcher la réussite du mouvement national en rendant l'autorisation accordée improductive. Rien n'est plus vraisemblable que cette supposition. En effet, peu de jours après, l'inquiétude devient manifeste dans sa correspondance, puisqu'à la date du 25 février Lamartine écrit à mon père que, trouvant son avis parfaitement sage et raisonné, il va tâcher d'arrêter la loterie.
n Monceau, 25 février 1858.
« Mon cher ami,
« Je trouve votre avis parfaitement sage et raisonné. Je « vais tâcher d'arrêter le Comité de Màcon sur l'idée de « la loterie.
« Ne croyez pas que je néglige le Cours de littérature. « Si je ne parais pas encore, c'est faute de 20,000 francs « pour trois mois. Cherchez, cherchez, cherchez!
« Dans huit jours, je serai à Paris.
« Merci ! merci !
Trois jours après, l'idée de loterie avait repris le dessus, mais avec des modifications qui semblaient au Comité de Màcon être de nature à calmer les susceptibilités et arrêter les objections du gouvernement.
Lamartine joint à l'envoi de ce nouveau plan le petit mot suivant :
« Monceau, 28 février 1858.
« Urgent.
IfOl CHER AMI,
Le Comité de Màcon tournerait ainsi la difficulté; . expliquez-le au gouvernement et répondez-moi vite si oui ou non le gouvernement tolérera le mode qui s'accomplira sans journaux et sans bruit, par circulaires sous u bandes.
Le Comité aime ce plan, et moi aussi ! a Monceau se vendra à une compagnie, si on peut la . trouver comme on en a l'espoir.
« Vite, vite, réponse.
Malgré les nouvelles propositions du Comité maçonnais, la demande d'autorisation rencontrait tous les jours de nouvelles difficultés et de nouvelles objections; on dut même la croire définitivement repoussée; mon père avait annoncé cette triste nouvelle à son illustre ami en lui communiquant, sans doute pour le consoler un peu, les moyens de salut indiqués par les uns et par les autres.
Lamartine lui écrivit de Monceau, le 3 mars 1858 :