MM. 11 AR DOUX
Vicomte de La Bourdoxxaye,
Baron de Chamboraxt de Périssat,
François Coppée,
A. Debard,
Desmarest,
Alfred Firmix-Didot,
E louis,
De Lacretelle,
Emile Ollivier,
Victor Salxeuve,
De La Sicotière.
Parmi ces hommes venus de points bien opposés, j'ai toujours vu régner la meilleure entente au sujet de Lamartine et de l'esprit supérieur de désintéressement qui devait guider la Société de ses œuvres.
Cette affabilité entre les membres vivants s'y complète dignement par un culte respectueux pour les membres morts.
Mon devoir est de le proclamer! je le fais avec émotion.
Ainsi, mon père que j'avais remplacé et qui, par conséquent, en fait, n'était plus de la Société, nous ayant été enlevé en 1887, le gérant s'exprimait en ces termes dans son rapport du 29 mai 1888 :
« Nous prions M. de Chamborant de Périssat, membre du Conseil de surveillance, de nous croire frappés avec lui par laperte de son père, le baron de Chamborant. Il accompagna Lamartine dans son second voyage en Orient, ami constant et intime des derniers jours, et reporta sur notre Société tout l'intérêt qui s'avive d'une illustre affection. Dans l'hommage sympathique de notre gratitude, nous réunissons le père qui fit partie du Conseil pendant six années et le fils qui y perpétue un nom associé aux développements de notre œuvre. »
L'Assemblée générale n'approuva pas seulement le rapport du gérant, elle demanda à l'unanimité la reproduction au procès-verbal de l'anuée suivante d'une motion de M. Salneuve concernant la mort de mon père et celle de M. de Ronchaud survenue la même année.
Voici ce qui regarde mon père :
a La Société a eu le malheur de perdre l'an dernier deux de ses membres : M. le baron de Chamborant et M. Louis de Ronchaud, l'un et l'autre amis d'ancienne date de M. de Lamartine, restés fidèles au culte de cette illustration nationale.
u Le vénérable M. de Chamborant avait été élu, dès l'origine, à votre Conseil de surveillance. La rectitude et la hauteur de son esprit y avaient été fort remarquées.
« Lors de sa retraite volontaire, d'une voix unanime, vous avez honoré de son héritage au sein de ce Conseil M. de Chamborant de Périssat, son digne fils. Il lui a été ainsi créé une sorte de survivance parmi nous. Nos respectueux hommages sont bien dus à sa mémoire. »
Je ne saurais trop dire jusqu'à quel point j'ai été touché
et reconnaissant de ce souvenir donné à la mémoire de mon père sous une forme si honorable pour lui et si bienveillante pour son fils. De pareils procédés, qui sont la tradition de la Société Lamartine, ajoutent la gratitude à l'estime et à la sympathie, dans les cœurs de ceux qui s'y rencontrent.
Les reunions n'ont pas seulement l'attrait de la grande mémoire qui en est l'objet; on est heureux de s'y trouver, tant est grande la cordialité entre ses membres et commune la générosité des intentions ! Et comment pourrait-il en être autrement? Lamartine n'est-il pas là eDCore pour unir les amitiés qui entourent sa gloire? Il n'y est pas seulement par son souvenir, mais presque en réalité par lui-même. Sa digne héritière reçoit chez elle les membres du Conseil et de l'assemblée des actionnaires. Elle veut bien assister à toutes les séances. N'est-ce pas encore une portion du cœur du grand homme qui éclaire, charme et encourage notre Société ?
D'ailleurs, il est bon de se mêler parfois à des hommes honorables qui n'ont pas les mêmes opinions que vous. Le contact ne diminue en rien la fermeté dans les principes. Mais il amène à plus de tolérance et d'impartialité. Il apprend à mieux se respecter les uns les autres. Il convainc qu'avec une bonne foi égale certains hommes professent sur beaucoup de points des idées opposées. . Aussi, quand ces hommes de bonne foi ont trouvé un terrain commun, ils doivent être heureux de s'y rencontrer, de s'y unir, d'y travailler, côte à côte, avec une égale générosité. C'est ce qui arrive dans notre Société pour la gloire de Lamartine, c'est-à-dire pour la gloire de Dieu et de la patrie française.
Ce terrain commun se trouve bien souvent rappelé en termes généraux dans les rapports qui la qualifient :
« Société désintéressée d'amis des lettres, sans acception de partis, d'opinions politiques ou d'écoles littéraires, sans autre but que de prolonger pour les écrivains éminents et pour leurs familles l'honneur, le fruit et la durée de jouissance des travaux de l'esprit. »
Les volontés unies des actionnaires du Conseil et du gérant ont encore précisé davantage le préambule des statuts, rédigé par Lamartine lui-même. On peut y ajouter sans crainte d'être démenti :
« Société décidée à tous les efforts et même à tous les sacrifices pour arriver à faire bien connaître, au moyen de ses œuvres de toutes sortes, non seulement le grand génie, mais la grande âme de Lamartine : double grandeur, qui est une des parts les plus nobles et les plus pures de l'héritage que l'humanité doit à la France. ><
La Presse nu 21 mai 1848 et l'adresse.
Dans le journal la Presse du 21 mai 1848 on trouve :
« Vers midi et demi, au moment de l'invasion populaire dans l'Assemblée nationale, Courtais a été violemment interpellé pour avoir fait ouvrir les portes de la grille, sous prétexte de faire entrer les délégués.
« M. de Chamborant, capitaine de la garde nationale de Confolens, qui se trouvait là, a dit en termes énergiques à Courtais et à Ledru-Rollin les conséquences de celle première concession aux clubs.
« M. de Cbamborant a eu à soutenir plusieurs luttes, soit dans le péristyle, soit dans la cour de l'Horloge, contre quelques individus exaltés qui criaient à toute voix : A bas l'Assemblée nationale!
« Vaincu à la porte d'entrée, M. de Chamborant fut le premier à demander que le rappel fût battu dans tous les quartiers, alors que Barbes déclarait traîtres à la patrie tous ceux qui prendraient les armes en cette occasion.
« M. de Chamborant obtint l'ordre écrit de battre le rappel, de l'honorable citoyen Degoussée, questeur de l'Assemblée nationale. Il s'empressa alors de le faire battre sur le territoire de la première légion. L'ordre, ne portant que la signature de M. Degoussée, fut un instant contesté par l' adjoint-maire du premier arrondissement, et M. de Chamborant eut la douleur d'être mis en arrestation par celui-là même qui aurait dû s'empresser de lui offrir son concours.
« Mais les paroles énergiques et généreuses que M. de1 Chamborant prononça devant le lieutenant-colonel et le major de la
première légion portèrent leur fruit. Ces officiers prirent sur eux de faire battre le rappel, et M. de Chamborant ne quitta la mairie du premier arrondissement que lorsqu'il eut seize tambours, pour appeler aux armes les citoyens qui ignoraient jusqu'à quel point les factieux pouvaient pousser l'audace. »
Après l'article de journal, voici l'adresse de félicitations. Elle fut envoyée à mon père par la garde nationale de Confolens dont il était l'un des capitaines. Elle était précédée de la suscription suivante et couverte de trois cents signatures :
« La compagnie de Saint-Michel de Confolens à son capitaine Charles de Chamborant.
u Capitaine,
> Lorsque le vœu de l'arrondissement de Confolens vous désignait à une immense majorité pour la candidature à l'Assemblée nationale, tous connaissaient la pureté de vos principes.
« Fidèle à ses sympathies, la compagnie de Saint-Michel vous a nommé, à l'unanimité moins trois voix, son capitaine. En faisant cette nomination, elle savait que partout et toujours vous la représenteriez dignement.
« L'occasion ne devait pas se faire attendre ; aussi la garde nationale de Confolens n'a pas été étonnée quand elle a appris votre noble conduite à l'Assemblée nationale lors de la répression de l'émeute dirigée par quelques insensés.
« Recevez, capitaine, le nouveau témoignage de notre estime et de notre amitié. La majorité de la garde nationale de Confolens se joint à nous pour vous adresser ses félicitations.
u Salut et fraternité. »
Suivent trois cents signatures; suit aussi la phrase suivante de la main du commandant du bataillon :
u Le commandant du bataillon joint à ces honorables témoignages, que vous avez conquis son estime particulière.
u Signé : Edouard Nassau. »
ci Post-scriplum. — La garde nationale d'Ansac s'est jointe spontanément à ses camarades de Confolens, et si la compagnie de Saint-Michel n'avait pas été impatiente d'envoyer cette adresse à son capitaine, la garde nationale entière de l'arrondissement se serait jointe à cette manifestation. »