‹ Lamartine inconnuChapitre 40 sur 50 · PORTRAIT DU COMTE DE CHAMBORD PAR LA GL'ÉROXXIÈRE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU COMTE DE CHAMBORD PAR LA GL'ÉROXXIÈRE

u Je n'approche de ce nom et de cette figure qu'avec une respectueuse indépendance. Dans cette figure, c'est la plus grande

race royale du monde qui apparaît. Dans ce nom, c'est le passé le plus glorieux de la France qui retentit. M. le Comte de Chamhord est plus qu'un exilé et un prétendant, plus qu'un roi sans couronne et un Fiançais sans patrie. 11 est un principe. Amis et ennemis lui reconnaissent ce caractère. Les uns peuvent l'accepter, les autres peuvent le repousser; tous doivent l'honorer, sous peine de se renier eux-mêmes dans cette vie nationale qui est la source commune de toutes les familles d'idées et d'opinions.

« Le Comte de Chambord est l'une des plus belles tètes de prince de l'Europe. Sa beauté physique n'est sur ses traits que le reflet de la beauté morale. La franchise, la loyauté, la bienveillance éclairent son regard. L'intelligence illumine son front. L'ensemble de la figure présente celte harmonie et cette pureté de lignes dont le pinceau de Raphaël ou le ciseau de Phidias peuvent seuls reproduire le caractère et les effets. Tout en lui, l'expression des yeux, les tons du visage, l'accent de la voix, la cadence des gestes, les mouvements de la main, décèlent cette virilité d'une âme saine qu'aucun souffle n'a desséchée, qu'aucun poison n'a altérée, qu'aucun vice n'a dégradée.

« Ainsi s'explique l'espèce de fascination qu'exerce ce roi sans royaume sur tous ceux qui l'approchent. Sa tête est découronnée de son diadème, et cependant il y a sur son front une sorte de rayonnement qui n'est que l'échappement de la lumière intérieure dans la vie physique. Ce qui frappe au premier aspect, ce n'est ni la perfection des traits, ni la finesse des lignes, ni l'harmonie des proportions, ni rien de ce qui constitue la beauté matérielle. \on ! c'est la sympathie rehaussée par la dignité, en un mot quelque chose qui nous reporte à la grandeur et à la beauté de sa race

« La nature explique l'esprit. Après avoir montré M. le Comte de Chambord tel qu'il est dans son aspect extérieur, je le jugerai facilement tel qu'il doit être dans son organisation morale. Avant tout, il sent en lui la vie d'un principe. Né dans un berceau royal au pied d'un trône donné à sa race comme la compensation du

crime qui avait frappé son père, sorti comme par miracle, rameau inespéré, des racines d'une tige fauchée par le couteau d'un assassin, il a concentré en lui toute la sève de cette monarchie dont il est le dernier représentant. Il y est assimilé par toutes ses impressions, par toutes ses sensations, par tous ses regrets, par toutes ses espérances, par tous les mouvements de son intelligence et de son cœur. Il y a puisé en quelque sorte une nature nouvelle. En un mot, il s'est fait roi; et, à ses yeux, celte royauté, mêlée avec son sang et avec son nom, est tellement inaltérable, que s'il n'en porte pas le sceptre dans la main, il en porte .toujours le droit dans sa conscience. „

« Ce respect absolu du principe dont il est le représentant forme le principal trait du caractère que j'étudie. Mais cette inflexibilité n'a pu cependant ni comprimer ni fausser une nature expansive et ouverte à toutes les impressions vraies, à tous les sentiments généreux, à toutes les idées jeunes. M. le Comte de Cbambord croit à son dogme comme y croyait Jacques II dans le château de Saint-Germain. Pas plus que lui, il n'aurait voulu consentir à abdiquer, en faveur d'un autre Guillaume d'Orange, un droit qu'il considère comme une vérité. Mais, à la différence de Jacques II, si le sang est vieux, l'esprit est nouveau. M. le Comte de Chambord n'a aucun préjugé. L'éducation de l'exil, ses recueillements, ses méditations, ses enseignements ont triomphé de tout ce que les traditions de famille ou de caste auraient pu lui suggérer de faux et de contraire à l'esprit du temps. Sa loyauté, sa franchise, sa fermeté de conscience, sa pureté de cœur l'ont guidé et lui ont fait toucher à beaucoup de vérités et à beaucoup de réalités qui ne sont pas toujours à la portée du regard des princes. Intelligence curieuse et chercheuse, il a voulu tout voir, même ce qu'on aurait voulu lui cacher. Ses voyages, accomplis simplement, sans cortège et sans appareil, lui ont appris le monde et les hommes. »

Voici maintenant comment est jugée la conduite politique du prince :

« Deux caractères principaux apparaissent dans la conduite politique de If. le Comte de Cliambord depuis qu'il est homme; ces caractères sont la réserve et la patience. Sa réserve n'est pas seulement de sa part la dignité de son rang, elle est aussi la prudence de son esprit; il n'y a en lui rien de tranchant ni d'absolu ; son honnêteté, sa droiture, sa passion du bien, le portent naturellement à la conciliation. D'un autre côté, l'inflexibilité de son dogme, le sentiment de son droit lui donnent une sorte de décision calme et confiante qui est plutôt la conséquence de sa situation que la preuve de sa fermeté.

« La conduite politique et privée de M. le Comte de Cliambord telle que je viens de la montrer, est irréprochable devant son pays comme elle le sera devant l'histoire. Il n'y a pas eu de sa part, depuis qu'il est homme, un acte ou une parole qui ait démenti la prudence et l'abnégation dont il a fait la dignité de son exil. La France ne doit donc à ce jeune prince, pour son attitude, pour ses sentiments, comme pour la grandeur de son infortune et de son nom, que des sympathies et des respects.

« Mais si M. le Comte de Cliambord a fait tout ce qu'il devait pour réserver sa situation et mériter l'estime de son pays, le parti légitimiste a-t-il bien fait tout ce qu'il pouvait pour rajeunir sa cause et pour conquérir l'avenir? Je ne le crois pas.

« Les trois révolutions qui ont ébranlé ce siècle ne permettent pas d'illusion sur ce point. La force monarchique a été déracinée du sol. Désormais, il n'y a qu'un moyen, un seul, d'avoir un gouvernement fort, incontestable et durable : c'est de lui donner pour base l'assentiment national. Cela peut être un malheur; mais cela est un fait. L'autorité ne peut se refaire que par en bas. La société ne peut se protéger que par la liberté, et une monarchie elle-même, si elle était possible, ne serait qu'une démocratie couronnée ; ou, si elle n'était pas cela, elle serait tout au plus une tyrannie de quelques jours, une dictature éphémère, ayant pour appuis la peur d'un côté et la terreur de l'autre. »

Cette étude, si curieuse elle-même à étudier, dont la pensée dirigeante se découvre déjà derrière tant de couronnes de fleurs accumulées, se termine par les deux pages suivantes qui ne laissent plus aucun doute sinon sur le respect théorique de l'écrivain pour la tradition, du moins sur ses prévisions politiques et sur son désir impatient de les voir se réaliser.

Le portrait de Louis-Napoléon Bonaparte se termine par un conseil ou plutôt par une adjuration solennelle. Il en est de même de celui du Comte de Chambord.

Au nom du patriotisme, il adjure le Prince Président de se décider enfin à Vaction.

Au nom du même patriotisme, il adjure aussi pathétiquement le Roi de l'exil de rester résigné aux coups du destin, c'est-à-dire de se renfermer dans une véritable abdication!

Voici en quels termes :

« Quelle sera la destinée de ce jeune prince dont je viens d'esquisser le buste et d'étudier la vie? Grande et terrible question qui n'est pas seulement le problème de la vie d'un homme et qui est aussi le problème de la vie d'un peuple. Xous sommes à une de ces heures de l'humanité où tout paraît incertain, où rien ne parait impossible. Dieu seul peut frapper d'une incapacité éternelle et absolue les institutions que l'humanité répudie.

u Sans doute la royauté a eu un passé fécond et glorieux. Elle a été tout pendant douze siècles ; elle a été la civilisation, la nationalité, la société, la liberté. Elle a tiré de la barbarie les éléments de notre grandeur et de notre puissance. Elle a taillé avec son épée l'unité des peuples dans le bloc européen. Elle a construit pièce à pièce l'édifice social. Elle a affranchi les communes. Elle a protégé les serfs et les bourgeois contre la féodalité. Elle a été en un mot la forme vivante et glorieuse de la France.

« Xous la respectons profondément, nous l'honorons, nous l'admirons, nous l'aimons dans tout ce qu'elle nous a légué d'impérissable et d'immortel.

u Mais, lors même qu'elle sortirait de ses ruines, aujourd'hui,

serait-elle ce qu'elle a élé ? retrouverait-elle sa puissance, sa grandeur et son éclat? Voyons ! Je suppose que M. le Comte de Chambord soit Louis XIV. Je suppose qu'il soit assez privilégié pour rencontrer à côté de lui un Turenne et un Colbert. Ressuscileia-t-il le règne de Louis XIV? Xon. Pourquoi? Parce qu'il ne trouverait plus la France des privilèges et de la gloire.

u La France est changée ; cela est certain ! Elle a d'autres besoins, d'autres mœurs, d'autres idées, d'autres manières de sentir et de juger. Elle doit avoir aussi un autre gouvernement. Sans doute la transition est orageuse et tourmentée ; mais elle n'en est pas moins irrémissible et rapide.

■ Xe nous plaignons pas, si elle doit nous conduire au but. Il n'y a pas une étape de l'humanité qui ne laisse des générations entières fatiguées et épuisées sur la route. 11 n'y a pas un progrès, pas une vérité, pas une liberté dont le triomphe ne soit acheté par des deuils, par des regrets, par des déchirements de l'âme et du cœur. Plus le sacrifice est grand, plus il est agréahle à Dieu. Les soldats qui tombent n'y perdent que leur vie. Les rois qui succombent y perdent leur droit. Soldats ou rois, tous ont mieux à faire que de se révolter contre les arrêts du destin, c'est de s'y résigner. La résignation n'est pas seulement l'héroïsme du malheur, elle en est aussi le patriotisme! M. le Comte de Chambord pouvait être un prétendant. II pouvait agiter et troubler son pays. Il l'a respecté. Que ce soit sa seule vengeance contre les révolutions qui l'ont proscrit. C'est la plus digne de son sang et de son nom.

c Septembre 1851. »

PROJET DE TRAITÉ POUR BURGAZ-OUVA REDIGE PAR MOX PÈRE SELOX LA PEXSÉE DE LAMARTIXE.

M. A. de Lamartine, agissant en sa qualité de concessionnaire d'un territoire important , situé dans la vallée du Caystre en

Asie Mineure, et qui lui a été concédé par la Porte en vertu d'un

firman de 1849, concède et transporte à M. X , demeurant à

***, agissant en son nom personnel, ou en qualité de représentant de M. V..., tous les droits, privilèges et actions qui lui incombent dans les termes du firman ci-dessus, aux clauses et conditions suivantes :

Article premier. — M. de Lamartine se réserve une étendue de deux mille hectares à prendre à son choix sur le territoire de Ramouler en se dirigeant sur Bainder et Tyra, entre les montagnes contiguës à droite, y compris la partie du fleuve de Caystre, les sources et autres cours d'eau traversant ou prenant leur source sur ladite étendue de terrain de deux mille hectares.

Art. 2. — La concession, consentie par M. de Lamartine, et ainsi restreinte, sans garantie de mesure et de contenance, avec toutes les circonstances et dépendances, et l'usage des eaux conformément au code civil, sera jouie par ledit concessionnaire, au même titre et dans toute l'étendue du droit accordé à M. de Lamartine lui-même en vertu de son firman de concession.

Art. 3. — Le sous-concessionnaire payera à M, de Lamartine : 1° une somme de deux cent vingt mille francs ; 2° une rente annuelle de trois francs par hectare.

Les articles 4, 5, 6 sont sans intérêt.

Art. 7. — Il est bien entendu que M. de Lamartine reste toujours seul responsable vis-à-vis de la Porte de l'administration des villages, hameaux, habitants et habitations de toutes natures, conformément aux mœurs, usages et législations du pays, ainsi qu'il y est tenu par son firman de concession ; et que dans le cas où il viendrait à surgir des difficultés entre les habitants grecs ou turcs de la concession, ces difficultés seraient soumises à M. de Lamartine qui en demeure l'arbitre et juge souverain.

Art. 8. — La pêche des sangsues pouvant être d'un grand produit, et toute discussion à ce sujet devant être autant que possible évitée, il est bien entendu que les preneurs ne pourront exercer le droit de pêche que dans les marais de la portion à eux

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concédée sur les cours d'eau qui la traversent et seulement dans l'étendue de leur parcours sur ladite portion. M. de Lamartine, de son côté, et ses ayants droit, conserveront le droit de pêche, mais seulement sur les marais et cours d'eau des deux mille hectares réservés, dans l'étendue de cette réserve.

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