‹ Lamartine inconnuChapitre 5 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Lamartine au pouvoir. — H. Les élections générales. — III. Le 15 mai. — IV. Les journées de Juin. — V. Louis-Napoléon président. — VI. Le Conseiller du peuple.

L'enthousiasme de mon père pour son illustre ami allait tous les jours grandissant. Il l'avait entendu exposer maintes fois ses vues si élevées, si chrétiennes, soit sur les questions politiques, soit sur les questions sociales. Il savait que Lamartine avait dit souvent devant lui, et lui avait écrit dans la lettre placée en tête de l'ouvrage sur le paupérisme, qu'il n'était pas un faiseur de révolutions; mais il pressentait que si les secousses d'une révolutiou imposaient le pouvoir à de pareilles mains, non seulement ces mains resteraient pures de sang, de violence et de honte, mais que l'homme, par les inspirations de son génie, le rayonnement de son âme, la grandeur de son courage, le dévouement désintéressé de son patriotisme et la générosité même de ses illusions, était capable de devenir, pour la patrie et la société, une sorte de bouclier enchanté contre les inquiétudes des rois et les fureurs du peuple. Il pies-

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sentait que rot homme laisserait ainsi dans l'histoire un sillon d'unique et éblouissante lumière à travers les noirceurs de la politique de tous les temps.

On ne s'étonnera donc pas que, sans renier aucune de ses traditions et de ses préférences, mon père se soit lancé ardemment dans la mêlée pour soutenir la politique de modération, d'ordre et de paix de son illustre ami. On ne s'étonnera pas qu'il ait accueilli la République de Lamartine avec d'autant moins d'effroi qu'elle mettait fin par un châtiment mérité à l'usurpation monarchique de Juillet.

Après avoir pris les instructions de son noble ami et en avoir reçu toutes sortes d'encouragements, mon père partit pour sa province, afin de s'y préparer aux grandes luttes des élections générales, qui devaient avoir lieu le 27 avril suivant, jour de Pâques, et pour lesquelles il était caudidat. Lamartine désirait que mon père fût uommé et lui écrivit le 12 mars 1848 une petite lettre, qui fut rendue publique le 22 suivant et qui était ainsi conçue :

« Mon cher et excellent ami,

« J'apprends avec bonheur que le vœu de plusieurs « départements vous convie à la candidature pour l'As- « semblée nationale. Je vous ai dit publiquement à une u autre époque, je vous redis avec plus de joie dans celle-ci,

combien je vous crois apte à représenter les grandes et

LA REPUBLIQUE DE 1 8 V s . 13

« généreuses idées dout nous avons enfin conquis la forme « et dont vous avez laborieusement étudié les applications. Venez donc à ce congrès de tous les cœurs patriotiques « et de tous les esprits libéraux, et sachez d'avance que « vous y trouverez un ami.

« Lamartixe. »

Néanmoins, les attaques passionnées des commissaires de Ledru-Rollin ses compétiteurs, impuissantes à enlever la grande majorité à mon père, dans son arrondissement, réussirent à le mettre en minorité dans certaines parties du déparlement. Le scrutin de liste l'empêcha donc d'être élu, mais il avait recueilli plus de vingt-six mille suffrages et suivait de très près le dernier nommé.

Furieux de cet échec, les électeurs de son canton l'en dédommagèrent de leur mieux en le nommant conseiller général dans des conditions de succès particulièrement flatteuses.

Quant à Lamartine, il nous apprend au livre dix-neuvième de ses Mémoires politiques ce qu'il fit le jour des élections, qui était le jour de Pâques, comme il a été dit.

« Les églises étaient pleines d'une foule agenouillée qui invoquait l'inspiration divine et l'esprit de paix sur la main des électeurs. On se sentait exaucé avant d'avoir prié. Le calme avec lequel s'accomplissaient les opérations électorales était un pressentiment du choix qui émanait du cœur du peuple. L'anarchie ne pouvait pas sortir d'une si unanime inspiration du bien.

« A la chute du jour, Lamartine errait seul, et le cœur chargé de reconnaissance, dans un quartier populeux de

r, i. 1MARTINE I.YCOWl .

Paris. Il vit la foule monter et descendre les marches d'une église, l-o parvis semblait déborder d'adorateurs, hommes, femmes, enfants, vieillards, jeunes gens, tous, les yeux pleins du regard sur l'avenir, l'attitude concentrée, la physionomie au repos. Les sous de l'orgue se répandaient jusque dans la rue quand les portes ouvraient passage au bruit de l'instrument et aux échos des psaumes.

■ Il entra. Il se glissa inconnu dans les ténèbres parmi cette foule qui remplissait l'église. Il s'agenouilla à l'ombre d'uue colonne et rendit grâces à Dieu. Son œuvre était accomplie. De grands dangers personnels pouvaient encore le menacer avant le jour où l'Assemblée nationale entrerait à Paris et prendrait possession du pouvoir.

< Je puis succomber en effet, encore, moi, se disait-il, dans la foi intime de son cœur, mais, à l'heure qu'il est, la France ne peut plus succomber ! Qu'importe que je meure ? La France est sauvée. »

Une pareille citation n'a pas besoin de commentaires.

L'ouverture de l'Assemblée nationale eut lieu le 4 mai 1848. Mon père revint à Paris pour cette date, décidé à se consoler de ne pouvoir pas prendre part aux débats de cette grande assemblée en assistant «lu moins à ses séances du haut des tribunes avec toute l'assiduité que lui permettraient ses nombreuses relations. Il ne manqua, eu effet, aucune journée importante.

Il eut l'émotion, le 7 mai, d'entendre Lamartine lire, au nom du gouvernement provisoire, la déclaration par laquelle tous ses membres remettaient leurs pouvoirs entre les mains

LA REPUBLIQUE DE 1848. t:,

de l'Assemblée. Il eutcndil les longs applaudissements qui la suivirent.

Sans doute la roche Tarpéiennc était près de ce Capitole d'enthousiasme et de reconnaissance; mais, parmi les honnêtes gens, parmi les adversaires du lendemain qui ont si amèrement critiqué certains actes de Lamartine, quels sont donc ceux qui n'auraient pas été émus d'un pareil langage?

Parmi ceux-là même dont la clairvoyance aurait vu apparaître des ombres d'utopie derrière les principes éblouissants de la nouvelle République, quelles sont les âmes capables de vibrer qui ne se seraient pas senties tressaillir en écoutant un poète presque divin parler du peuple et de Dieu dans un style politique inconnu, presque aussi sublime que ses plus beaux vers eux-mêmes !

Cette déclaration qu'on trouvera dans ses Mémoires politiques se terminait ainsi :

« La Providence a favorisé nos efforts. Amnistiez notre dictature involontaire ! nous ne demandons qu'à rentrer dans les rangs des bons citoyens.

a Puisse seulement l'histoire inscrire avec indulgence, au-dessous et bien loin des grandes choses faites par la France, le récit de ces trois mois passés sur le vide entre une monarchie écroulée et une république à asseoir, et puisse-t-elle, au lieu des noms obscurs et oubliés des hommes qui se sont dévoués au salut commun, inscrire dans ses pages deux noms seulement : le nom du peuple qui a tout sauvé, et le nom de Dieu qui a tout béni sur les fondements de la République! »

Pendant toute cette période de crise, mon père ne restai! jamais longtemps loin de son illustre ami, surtout daDS les grandes journées. Le 15 mai, il était à l'Assemblée.

On sait que le 15 mai, par suite d'hésitations fâcheuses dans le commandement, la garde nationale ne put empêcher l'Assemblée d'être envahie, et qu'elle ne vint que tardivement à sa délivrance.

Dans ses Mémoires politiques, parlant des divers efforts faits pour délivrer l'Assemblée, Lamartine s'exprime ainsi, livre vingtième :

« M. de Chamborant, homme d'initiative et d'audace, ami de Lamartine, parvint, à travers mille dangers, à faire exécuter par une légion, sous sa responsabilité, en se livrant lui-même en otage, l'ordre de faire battre le rappel. »

Dans un autre de ses ouvrages, dans son Nouveau Voyage en Orient, Lamartine, après avoir fait le portrait de mon père pour le présenter à ses lecteurs comme un de ses compagnons de route, revient sur sa conduite au J5 mai en ces termes :

■ Au 15 mai, M. de Chamborant s'élança de la salle

après l'invasion des factieux et courut armer et entraîner sa

D pour revenir délivrer et venger la représentation

nationale. Je le vis encourager de la parole et du geste la colonne qui se formait autour de mon cheval, et qui s'armait, quand nous marchâmes contre l'Hôte] de ville pour y étouffer l'insurrection déjà maîtresse de cette citadelle des révolutions. »

Je n'ai pu m'empêcher de rappeler ici ce souvenir honorable et de le compléter à l'Annexe du volume (1).

Le mois suivant eut lieu la terrible insurrection des journées de Juin. Lamartine, dans ses Mémoires politiques, en explique parfaitement les causes et en décrit tous les signes précurseurs. Il raconte le rôle prépondérant qu'il a joué dans la nomination de Cavaignac, les avis qu'il lui a donnés ensuite pour bien défendre Paris contre l'émeute, enfin les promesses formelles qu'il avait reçues du général d'être prêt avec ses troupes au moment voulu, promesses dont l'incomplète réalisation a certainement rendu la répression plus tardive et occasionné une plus grande effusion de sang. Néanmoins il n'accuse pas Cavaignac d'hésitation dans la volonté, mais seulement d'une certaine négligence dans l'exécution d'un plan convenu, et d'une certaine mollesse dans ses préparatifs. Mon père eut l'occasion d'assister à plusieurs des entrevues et conférences

(1) Voir document A.

L8 i, kUARTINE IVCOWl .

dont il <-st question, entre Lamartine et Cavaignac; celles dont il n'a pas été témoin, il les a entendu immédiatement

raconter, et ses souvenirs personnels maintes fois rappelés devant moi concordent d'une manière absolue avec les Mémoires de Lamartine. Ils ont donc servi à les authentiquer à mes yeux sur ce point , de même que la concordance parfaite d'autres souvenirs les a authentiqués sur tous les points.

Du reste, ces Mémoires sont marqués au coin de la plus haute, de la plus noble sincérité, et ils offrent, c'est le cas de le dire, l'intérêt le plus palpitant; il n'y a pas de roman capable de vous remuer davantage. Qu'est-ce que les passions d'un cœur, qu'est-ce que les souffrances et les luttes pour la vie d'un être isolé, à côté du spectacle des passions entre-choquées de millions de cœurs, au milieu desquels un homme, seul avec son génie et avec l'idée de Dieu, lutte pendant des mois pour la vie d'une nation et, en définitive, l'empêche de succomber?

Et voilà pourtant une des œuvres du graud écrivain les moins lues et les moins connues même par ceux qui prétendent avoir le droit de le juger le plus sévèrement; leur sévérité n'est que de l'injustice.

Pendant les journées de Juin, mou père, qui combattit en volontaire, avait pour voisin de rang un de ses voisins de quartier, le général de Lauriston, propriétaire de ce bel hôtel des Champs-Elysées qui fut acheté plus tard pour la duchesse d'Albe, sœur de l'impératrice Eugénie, et après la mort de la duchesse devint la rue d'Albe, aujourd'hui rue Lincoln. Le général le sauva non pas d'une balle insurgée, mais de la balle maladroite ou malveillante d'un camarade

de second rang. Cet agréable frère d'armes, sous prétexte de tirer dans une fenêtre, ajustait la tète de mon père, et lui aurait brisé le crâne sans la dextérité courageuse du général. Au risque d'exposer son bras, il pencha vivement la tête de mon père. La balle passa dans les cheveux, audessus de l'oreille.

A cette époque, les questions les plus graves se succédaient rapidement. L'Assemblée nationale était en train de faire la Constitution et en était arrivée à ce point d'interrogation capital : par qui sera nommé le président de la République, par le Parlement ou par le pays?

Malgré l'ingratitude et l'abandon qu'il voyait monter autour de lui , Lamartine ne crut pas devoir garder le silence dans une circonstance aussi solennelle. Convaincu que l'ordre est le premier bien d'une nation , que le chef du gouvernement pour assurer cet avantage indispensable a surtout besoin d'autorité, et que cette autorité ne pouvait jaillir en France, à ce moment, que du suffrage universel, Lamartine, au risque même de faire les affaires du prince L. N. Bonaparte, se prononça nettement pour l'élection directe par le corps électoral tout entier; et à la suite de son grand et décisif discours du C octobre 1848, sa manière de voir fut adoptée par l'Assemblée. L'élection présidentielle eut lieu le 10 décembre; Louis-Napoléon l'emporta

Sn LAMARTINE INCONNU.

sur Cavaignac à une immense majorité. Quanta Lamartine, il n'obtint que dix-huit mille suffrages.

l'ai à peine besoin de dire (jue mon père fut un de ces <li\-lmit mille électeurs. Inspiré par son amitié persistante pour Lamartine, il ne subit pas l'influence du courant qui poussa les royalistes à voter eu masse pour Louis-Napoléon ; mais mon grand-père, préoccupé avant tout de combattre la Révolution dont il avait tant souffert, se décida, malgré l'ardeur de ses convictions royalistes et une répulsion ancienne toute particulière contre l'idée napoléonienne, à faire une propagande active en faveur de Louis-Napoléon.

A ce propos , je me souviens d'une petite scène de famille, que je relate, parce qu'elle montre bien l'état des esprits à ce moment. Notre cercle intime s'en est amusé longtemps.

Mon grand-père, voulant faire voter pour Bonaparte, comme on disait alors, mais d'autant plus désireux cependant de ne pas froisser l'amitié de son fils pour Lamartine qu'il éprouvait lui-même la plus vive admiration envers le grand homme, n'osait pas se procurer des bulletins imprimés au nom de Louis-Napoléon; il n'osait pas davantage demander à ma mère de lui en écrire, il était donc dans un grand embarras, lorsque, pour lui faire plaisir, une de nos jeunes parentes, de la branche des Chamborant devenue russe à la suite de l'émigration, et qui se trouvait depuis plusieurs mois en visite chez mes parents, lui offrit de faire les fonctions de copiste à je ne sais combien d'exemplaires du nom de son candidat. Elle se mit donc à l'œuvre, dans une pièce où l'on allait très rarement; mais, soit hasard, soit soupçon, mon père, avec lequel je me trouvais

à ce moment, dirigea ses pas de ce côté et entra inopinément dans la pièce en question. Alors, coup de théâtre! exclamations , rires bruyants ; arrivée de ma mère et de mon grand-père, discours politique de mon père, mêlé de reproches, moitié sérieux, moitié plaisants, à l'auteur de ses jours et à notre pauvre jeune cousine devenue d'un rouge violet de congestion. En résumé, scène bouffonne d'un vaudeville qu'on aurait pu intituler le Flagrant Délit électoral!

Le plus curieux, c'est que, le jour de l'élection, mon grand-père, bourrelé de remords, a été un des dix-huit mille, et lui aussi a voté pour Lamartine.

Quoique déjà à demi dans la retraite, le grand homme ne se désintéressait pas de la chose publique. Il ne boudait pas. Il ne détournait pas la tête d'une patrie qui devait pourtant lui paraître si ingrate. Il essayait de donner de bons conseils à ses concitoyens, en définissant la République telle que la comprenait toujours sa grande âme. Pour cela, il écrivait une sorte de revue politique mensuelle appelée le Conseiller du peuple, où il y a des pages vraiment admirables non seulement par la sublimité de la pensée, mais par la magnificence d'un style enchanteur.

Dans le premier numéro, paru en avril 1849, on trouve :

« Voulez-vous consolider la République, rendez-la

acceptable efl sûre pour toutes les opinions et tous les intérêts, car elle est à ce prix. »

Dans le second, il fait l'éloge du clergé.

Dans le numéro de juin, numéro paru après la manifestation du 13 juin 1849 contre l'Assemblée nationale, il montre tous les dangers des doctrines démagogiques, et il termine par cette virulente objurgation :

« Gardez-vous des démagogues, ou les démagogues vous mèneront en huit mois du club à l'insurrection, de l'insurrection à l'anarchie, de l'anarchie à la guerre générale, et de la guerre générale à l'invasion, à la monarchie par l'étranger et au morcellement de la patrie. *

Encore deux courtes citations, l'une sur la République :

« Vous le savez bien! notre devise n'est pas : Malheur aux vaincus ! \on ! Respect aux vaincus, c'est la devise de la vraie république. »

La seconde touchant Lamartine lui-même. Parlant des attaques violentes et injustes dont il est l'objet, il s'écrie :

« Je devais m'y attendre et je m'y attendais; j'ai assez vécu avec les hommes de mon temps et j'ai assez causé avec les hommes de l'histoire, pour savoir d'avance qu'un homme qui jette, pour le salut d'une idée ou pour le salut de son pays, son nom dans la fournaise ardente d'une révo-

lutiou, ne retrouve jamais ce nom qu'en cendres pendant sa vie et en problème après sa mort. »

Qu'on les rapproche du paragraphe par lequel Lamartine, dans ses Mémoires politiques,, termine l'histoire de ses quelques mois au pouvoir :

«. Tel est le récit des principaux événements auxquels j'ai participé pendant les deux premières périodes de la révolution de 1848 et de la fondation des institutions républicaines en France. La destinée de la République est passée depuis dans d'autres mains. C'est à l'avenir de rétribuer selon les actes. De grands services ont été rendus; des fautes ont été commises; je prie Dieu, mes contemporains et la postérité de me pardonner les miennes. Puisse la Providence suppléer aux erreurs et aux faiblesses des hommes! Les Républiques semblent plus directement gouvernées par la Providence, parce que l'on n'y voit point de main intermédiaire entre le peuple et sa destinée. Que la main invisible protège la France, qu'elle la soutienne à la fois contre les impatiences et contre les découragements, ce double écueil du caractère de notre race! Qu'elle préserve la République de ces deux écueils : la guerre et la démagogie! et qu'elle fasse éclore d'une République conservatrice et progressive, la seule durable, la seule possible, ce qui est en germe dans cette nature d'institution : la moralité du peuple et le règne de Dieu, n

Voilà le gouvernement idéal de Lamartine! A mesure que les passions du passé s'éteignent, la postérité qui com-

Il LAMARTINE I\ CONNU.

meucc el qui cherche en vain une lueur de cet idéal dans les flammes impures qui jaillissent du choc des ambitions contemporaines, devient plus impartiale. Peut-être doitelle dire que ce n'était là qu'un rêve irréalisable! Mais en face d'une humanité vouée fatalement à l'erreur, comme est la nôtre, il y a des erreurs tellement généreuses que, môme sans les partager, on peut aimer, admirer, respecter ceux qui les éprouvent. Les eût-on partagées, il n'y aurait point à rougir de s'être trompé à la suite d'un pareil homme.

A moins cependant que cet homme, drapé pour la postérité, n'ait jeté au public des sentiments de commande démentis par ceux de sa vie intime; et c'est là que les témoins les plus humbles, pourvu qu'ils soient honnêtes, peuvent intervenir utilement!

Mon père accompagna Lamartine pendant son second voyage en Orient; il eut le temps et les occasions d'apprécier son illustre ami. Nous allons voir son impression.

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