LE SEC0XD VOYAGE EN ORIENT
I. Préparatifs de voyage. — II. La navigation. — III. Constantinople ; audience du Sultan. — IV. Smyrne. — V. La terre de Burgaz-Ovva; primeur d'une confession historique. — VI. Retour et séjour à Smyrne; mon père quitte M. et madame de Lamartine pour revenir par la Russie. — VII. Relations du voyage dans les Foyers du peuple.
Le sultan Abd-ul-Medjid, voulant faire acte de munificence envers le grand poète français qui avait chanlc l'Orient en vers et en prose avec tant d'enthousiasme , manifesta l'intention de concéder à Lamartine pendant vingt-cinq ans une propriété immense de vingt mille hectares dans la plaine de Burgaz-Owa.
Au milieu de l'automne de 1849, mon père, alors à la campagne, apprit par un entrefilet de journal que son illustre ami avait le projet d'aller visiter cette propriété. Peu de temps après, rentrant à Paris au commencement de la saison d'hiver, il reçut de la bouche même de Lamartine la confirmation de cette nouvelle, et madame de Lamartine joignit ses plus pressantes instances à celles de son mari pour engager mon père à les accompagner.
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Très heureux île faire un si beau voyage dans de pareilles conditions, mon père accepta cordialement une invitation si cordiale. L'impression que causa ce projet de voyage autour de lui est racontée dans ses notes. Chacun faisait des efforts pour l'en détourner. Ma mère était très émue d'une pareille séparation, et, avec mon cœur de douze ans, je partageais les émotions de ma mère.
a Quant à mes amis, dit mon père, égarés pour la plupart par le faux courant de l'opinion publique sur le compte politique de M. de Lamartine, ils ne pouvaient se résigner à la pensée de voir ma ferme amitié lui donner ce nouveau témoignage d'admiration et de sympathie. Les uns me disaient : « M. de Lamartine est ruiné; ,vous êtes « généreux, dévoué, déjà trop prévenu; il vous charmera, b il vous fascinera et vous entraînera avec lui dans l'abîme. » Les autres, au contraire : « Nous comprenons votre admia ration ; mais vous savez le proverbe : il n'y a pas de grand « homme pour son valet de chambre, vous verrez Lamartine '■ trop souvent et de trop près. Si vous partez amis, vous
reviendrez ennemis. Fuyez ce voyage afin de conserver » vos illusions et un ami si illustre. »
Mon grand-père seul approuva hautement son fils.
Du reste, la résolution de mon père était prise; les larmes de sa femme et de son fils l'attendrirent sans l'ébranler; le reste, en irritant son affection, ne fit que le confirmer dans son projet.
Madame de Lamartine, secrétaire de son mari alité, écrivit à mon père d'être à Monceau le 15 juin. Mon père fut exact au rendez-vous et reçut l'accueil le plus chaleureux.
Il raconte, dans ses notes, le plaisir qu'il éprouva le len-