LE SECOND VOYAGE EN ORIENT
demain à se réveiller dans ce beau pays et chez son illustre ami. C'était un dimanche, et au bout d'un moment, ayant entendu la cloche du village sonner une messe, il se rendit de suite à l'église pour y assister. A la sortie, voulant faire une politesse au curé, il entra à la sacristie. Le pasteur s'apprêtait à partir pour Monceau où, tous les dimanches, avec autorisation de son évoque, il allait dire une seconde messe, et déjeuner. Mon père rentra avec lui à Monceau dans la voiture du château et assista néanmoins à la messe dite dans la chapelle. Invités et serviteurs y étaient réunis; si Lamartine manquait, c'est que la fièvre le retenait au lit, où il resta la plus grande partie de la journée.
Au milieu du jour, mon père accompagna madame de Lamartine dans un village des environs de Monceau oii elle voulait faire quelques visites et assister aux vêpres. De même que tous les autres habitants, le curé avait fait à mou père l'éloge le plus ému de M. et madame de Lamartine.
Dans la soirée du 16 juin, la fièvre ayant beaucoup baissé, Lamartine se trouva mieux, fit même une petite promenade à cheval et, convaincu que le changement d'air lui serait bon, décida le départ pour le lendemain 17. On partit, en effet; le 18 on était à Lyon, le 19 a. Avignon et le 20 à Marseille. L'embarquement eut lieu le 21, au milieu d'une ovation magnifique de la population marseillaise :
« Comme au 15 mai, dit mon père dans ses notes, je me
ibligé do lui faire un rempart de mon corps contre l'empressement île ses admirateurs. Toutes les classes étaient confondues dans cette masse qui se composait pourtant plus particulièrement d'ouvriers. En entendant la foule exprimer sos sentiments, je ne pouvais m'empêcher de répéter au foud de moi-même : Oui! la popularité de Lamartine a été si vraie, si profonde, si légitime, que son nom, malgré l'ingratitude de ceux qu'il a sauvés, reste encore le plus grand du pays.
Au moment où mon père écrivait ces notes, un journal de Marseille faisait paraître les lignes suivantes, qui les justifient pleinement :
a Pendant que certains journaux de Paris dépeignent M. de Lamartine comme l'objet de l'indifférence ou de la répulsion générales et obligé de fuir sa propre impopularité, nous venons d'être témoin de tout autre chose. Il a passé dans notre ville la journée du 20 juin. Aussitôt que le public a été informé de son arrivée, il n'a cessé de recevoir des visites des nombreux amis de toute classe et de toute opinion qu'il compte à Marseille plus que partout ailleurs.
« Quand on a su qu'il devait s'embarquer dans la soirée, une masse considérable d'hommes de tous rangs s'est rassemblée spontanément dans la Canebière, sous les fenêtres de Y Hôtel des Empereurs; il a été obligé pour se rendre au port de fendre avec peine cette foule compacte d'amis; il a reçu pendant tout le trajet des marques du plus touchant intérêt. Il était accompagné de madame de Lamartine et de \I.\I. de Chamborant et de Champeaux, ses deux compagnons de voyage.
« Ce n'est pas sans efforts que les voyageurs ont pu se