‹ Lamartine, orateurChapitre 15 sur 108 · MADAME DE · texte numérisé non relu

MADAME DE

Mère du

Poète

(D'après

un portrait

conservé

au château de Saint-Point.)

Lamahtixk.

PI. t, page 8.

Digiti

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LES ANNÉES DE FORMATION

à sa mission, mari attaché à sa femme dont il apprécie chaque jour davantage Taffection solide et utile, il s'intéresse d'autant moins aux affaires publiques que ses fonctions Téloignent de France. Mais c'est une trêve et non ud renoncement. Qu'une occasion surgisse, ou même qu'un prétexte s'offre, la passion que Lamartine a enterrée sans l'étouffer surgit et s'exhale. L'année 1825 en fournit deux exemples saisissants.

C'est d'abord Le dernier chant du Pèlerinage d'Harold, où il achève le poème de lord Byron. L'Avertissement défend le poète, au nom même de ses opinions politiques et religieuses, contre le reproche de scepticisme que les journaux Ira ont fait. Il ajoute : « La liberté qu'invoque dans ce nouvel / ouvrage la muse de Childe Harold n'est pas celle dont le nom profané a retenti depuis trente ans dans les luttes des fac-j tions, mais cette indépendance naturelle et légale, cette liberté, fille de Dieu, qui fait qu'un peuple est un peuple et qu'un homme est un homme ; droit sacré et imprescriptible dont aucun abus criminel ne peut usurper ou flétrir le beau nom. ï9 Cette explication nuageuse ressemble beaucoup à une précaution. Et de fait, pour le public qui avait salué dans les Médiiùiions l'expression du sentiment religieux, revêtu d'une forme nouvelle et magnifique, la précaution n'était pas absolument inutile. Quoique le poète se défendit de ne pas partager tous les sentiments de son héros, il était impossible de ne pas attribuer au poète lui-même des doutes comme ceux-ci :

Toi dont le nom sublime a changé tant de fois, Dieu, Jéhovah, Sauveur, Destin, qui que tu sois..- Je t'évoque! Réponds, fût-ce aux coups de la foudre, Et qu'un mot vienne enfin me confondre ou m'absoudre!

L'instinct de Mme de Lamartine ne l'avait pas trompée sur l'indépendance d'esprit dont ces vers étaient la manifestation imprévue. Elle fit à son fils des représentations, mais, comme elle le dit elle-même, « V esprit souffle oà il veui^ et que peut une faible main de mère entre le flambeau de la foi et le vent du siècle qui veut l'éteindre?... Il y a des passages

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LAMARTINE ORATEUR ^OLITIQUE

qui me font de la peine; je crains qull n'ait un enthousiasme dangereux pour les idées moderngs de philosophie et de révolution, contraires à la religion et à la monarchie, ces / deux jalons de ma route qui devrait être aussi la sienne... » (4 janvier 1825).

Un autre poème de Lamartine, ayant paru la même année, devait causer à la mère du poète im désagrément d'une autre sorte. C'était le Chani du Sacre dont il exagère à peine Finsuf* fîsance en le qualifiant «c d'horreur des horreurs poétiques ». Il l'avait lait « par pure conscience royaliste et pour témoigner une juste reconnaissance à qui de droit ». Ce n'était pas, on le voit, une inspiration passionnée et enthousiaste. Libre de tout engagement envers le duc d'Orléans, il avait passé son nom sous ^encedans l'énumération laudative des guerriers et des princes de la famille royale. Cette omission calculée, qui répondait au mépris hérité de son père pour la branche cadette, fut connue de sa mère, à laquelle il lut ses vers. Élevée dans la maison du duc d'Orléans, elle le supplia d'associer le nom de ce prince à l'hommage rendu aux Bourbons. Il ne céda qu'après une longue résistance, vaincu par les larmes maternelles, mais « il fut malheureux dans Texpression d'un sentiment qu'il n'éprouvait pas ».

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